Vers la sobriété heureuse

Pierre Rabhi (2010)

Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi (2010)
Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi (2010)

 

La vraie richesse

 

"Mon ami Laotien, membre d'un village reculé, nous dit :"Un jour, un expert mandaté par la Banque mondiale séjourna parmi nous pour étudier notre système de vie ; après avoir examiné tous les paramètres, il fit son rapport. Ce rapport, destiné, donc, à la banque mondial, avait pour conclusion que cette communauté, certes sympathique, ne pouvait se développer parce qu'elle consacrait trop de temps à des activités improductives."

Ce qu'il faut ici comprendre, c'est que, bien que répondant magnifiquement à tous ses besoins essentiels, elle ne créait pas de richesse financière. C'est ainsi que, dans le langage de la pseudo-économie, on ne vit pas des biens de la terre, mais de dollars : le dollar traduit le niveau de richesse. Il est heureux qu'un nombre important de communautés traditionnelles continuent de vivre de vraies richesses ; mais comment faire entendre cette évidence ?

Nous voici donc, avec ces considérations, au coeur de la problématique qui bouleversa toutes les structures sociales traditionnelles, auxquelles il est souvent reproché par la "civilisation" d'annihiler la liberté individuelle par l'obligation de se conformer aux règles du corps social. C'est à l'argent, maître absolu, qu'il revient de décider ce que sont les richesses, la pauvreté ou la misère."

 

"Lors d'une émission télévisée, on demandait à un homme devenu très riche s'il ne se sentait pas prédateur ; invoquant la lutte des espèces pour survivre, il prétendit appliquer simplement la règle établie par la vie. Cette question absolument fondamentale a été éludée : il aurait fallu remontrer à ce monsieur que la prédation humaine n'est pas de même nature que la prédation des espèces animales. Quand un lion mange une antilope, il se contente de cette offrande de la vie. Il n'a ni banque, ni entrepôt d'antilopes. C'est pourquoi l'on peut voir sur certaines photographies le lion s'abreuver à côté du zèbre, de l'antilope ou de toute autre espèce dont il est le prédateur ; dès lors que la nécessité de s'alimenter ne se fait pas sentir, ils peuvent boire à la même mare, même s'il arrive que certains prédateurs saisissent cette occasion, qui facilite leur prédation.

Bien éloigné de la réalité élémentaire, fondée sur la survie et la perpétuation de l'espèce, l'être humain est pris au piège de ses fantasmes. Il donne à des métaux ou à des pierreries une valeur symbolique exorbitante et en fait des objets d'enrichissement pour ceux qui en possède. Voyant déferler les hordes de conquérants européens en quête frénétique d'or, source de violences et de meurtres, certains peaux-Rouges croyaient véritablement que ce métal rendait fou, et se gardaient bien d'y toucher pour ne pas être atteints par la démence qu'il provoque."