Une France sous influence

Vanessa Ratignier et Pierre Péan (2014)

 

Al Jazeera 

     

"En 1991, la guerre du Golfe avait été retransmise en direct par CNN l'américaine, première chaîne info planétaire, qui en façonnait ainsi la perception. l'émir du Qatar l'a bien compris qui, à défaut de disposer d'une armée digne de ce nom (12 000 hommes), mise sur le "soft power", autrement dit l'influence. Grâce à la chaîne qu'il a lancée en 1996, l'émir Hamad al-Thani assoit son pouvoir.

"Hamad a vendu sa souveraineté au Américains contre un plat de lentilles", entendait-on dans les monarchies du Golfe au lendemain du putsch fomenté par Hamad contre son père. Le nouvel émir [jusqu'en 2013] entend se protéger contre les assauts de ses détracteurs, sécuriser son règne et s'affirmer face au rival saoudien. "Quand Hamad a renversé son père en 1995, il s'est définitivement brouillé avec l'Arabie saoudite, se remémore un industriel qui a longtemps travaillé avec les deux pays. Pour les Saoudiens qui vont continuer à soutenir Khalifa [l'émir déchu], le coup d'Etat a signifié la fin du régime." Ils ont ainsi appuyés en sous-main la tentative de contre-putsch de l'ancien émir contre son fils en 1996, tandis que les heurts s'accumulaient aux frontières qataro-saoudiennes. "Quand j'ai renversé mon père, a confié l'émir Hamad à son ancien confident Anis Naccache, Ryad voulait ramasser l'émirat. J'ai envoyé HBJ [le Premier ministre] aux Etats-Unis. Il a arrêté la progression des Saoudiens qui avaient déjà raflé 100 kilomètres carrés de mon territoire. Les Etats-Unis m'ont sauvé..." Entre Doha et Ryad la guerre est déclarée. Et contre son rival, le Qatar mobilise Al Jazeera, chaîne arabe tout info, lancée en novembre 1996. "Entre 1995 et 2000, l'Arabie saoudite a té le principal problème du Qatar, contextualise Mounir Chafiq, un intellectuel palestinien. L'émirat était en confrontation avec Ryad, Le Caire et Damas. Al Jazeera a d'abord été créée pour critiquer ces pays."



Qatar et islamisme


" "Le Qatar ne s'ingère pas dans les affaires du Mali et ne soutient aucune partie contre une autre déclare le ministre des affaires étrangères qatari (HBJ) lors  d'une conférence de presse à Doha le 29 janvier 2013. le Qatar a apporté assistance humanitaire au mali, l'année dernière avec l'aide du Comité international de la Croix-Rouge, et nous avons été accusé de distribuer des armes. Ce sont des fausses allégations, et notre mission n'a été qu'humanitaire."

Vraiment ? Le lendemain, Le Canard enchaîné, relayant les affirmations des services allemands et de militaires français, lâche une nouvelle bombe : "Deux avions gros-porteurs, en mission pour le Croissant-Rouge qatari, ont quitté précipitamment l'aéroport de Gao alors que les troupes militaires françaises se dirigeaient vers cette ville du Nord-Mali." "Ils étaient censés ne plus intervenir pour le moment", précise un membre du CICR - confirmant en creux l'intervention. Malgré la teneur de l'information, rares sont ses relais médiatiques. "L'affaire des deux avions de transport C-130 du Qatar pose la question centrale et récurrente du financement du terrorisme islamiste, de ses filières de recrutement et des camps d'entraînement, insiste Richard Labévière qui rappelle l'âpre bataille que se livrent Riyad et Doha pour le leadership de l'islam radical sunnite."