Stop ! Tirons les leçons de la crise

Olivier Berruyer

 

La résistance des Islandais

    

     "L'Islande a ouvert le bal en 2009, avec une incroyable histoire qu'il convient de résumer. Le pays a décidé de se reconvertir en plaque tournante de la finance internationale dans les années 1990, afin de diversifier ses sources de revenus traditionnelles (pêche et tourisme). Son secteur bancaire est donc parti à la conquête du monde. En sept ans, le petit secteur financier islandais a été multiplié par vingt, pour représenter onze fois le PIB du pays.

Une des principales banques du pays, Landsbanki est ainsi parti à la conquête de l'Angleterre et des Pays-Bas, via sa filiale bancaire en ligne, IceSave, qui proposait de rémunérer l'épargne entre 6,5% et 8% par an. Attirés par ces taux exceptionnels, soit disant "sans risque", ce sont près de 300000 personnes crédules qui ont confiés leurs économies à cette banque, issue d'un pays de 320000 habitants...

Avec la crise financière de l'automne 2008, Landsbanki et ses consoeurs ont été balayés, en raison de pertes gigantesques. L'Etat islandais les a nationalisées pour les sauver de la faillite.

les gouvernements anglais et néerlandais ont alors décidé de rembourser intégralement leurs épargnants (alors que rien ne les y obligeait, chacun étant responsable de ses actes, surtout quand il consiste à confier ses économies à un pays plus petit qu'un arrondissement parisien...). Et ils se sont alors tournés vers le gouvernement islandais, en exigeant de façon abrupte le remboursement de respectivement 3,7 milliards de dollars et 1,9 milliards de dollars.

Un accord a été signé en juin 2009 entre les gouvernements, où l'Islande s'engageait à rembourser 3,8 milliards de dollars sur quinze ans. Cette somme gigantesque représentait 40% du PIB islandais (alors en récession historique de près de 7%), soit près de 50000 euros par foyer, et était majorée d'intérêts annuels de 5,5%.

Pour bien comprendre, imaginons simplement que BNP Paribas ait fait des investissements malheureux auprès de clients islandais, et que le gouvernement islandais exige alors 8000 milliards d'euros au contribuable français pour rembourser ses propres épargnants imprudents...

Après de longs débats, il s'est trouvé une majorité au parlement islandais pour accepter le 31 décembre 2009 les demandes anglaises et néerlandaises, sous des pressions internationales et du chantage étatique qu'on pensait avoir oublié depuis la guerre...

L'histoire aurait pu en rester là, mais le peuple islandais s'est révolté. Plus de 25% des islandais ont alors signé en quelques jours une pétition demandant au président Olaf Ragnar Grimson de ne pas ratifier la loi. Il a alors refusé en janvier 2010, et a convoqué un référendum. Le 6 mars 2010, 93% des électeurs ont voté non, refusant le déraisonnable accord de remboursement. En septembre 2010, le parlement a demandé que l'ancien premier ministre Geir Haarde et plusieurs ministres soient traduits en Haute Cour de Justice en raison de "négligences flagrantes" durant la crise de 2008.

Le 9 avril 2011, les électeurs ont de nouveau refusé à 60% un second accord. Les négociations patinent depuis lors."