Sous nos yeux

Thierry Meyssan (2016)

 

De la main d'œuvre bon marché

 

 

« Le leader de l’industrie lourde allemande, Ulrich Grillo, émet au nom de son syndicat, l’idée de faire venir en Allemagne 800 000 travailleurs immigrés, à la fois pour développer les usines et pour casser les revendications salariales des travailleurs de son pays. Il expose son plan lors de la réunion annuelle du Groupe Bilderberg en 2013, et l’année suivante à l’agence DPA. Il présente alors son idée non pas comme une opportunité, mais comme une forme d’humanisme européen.

 

Comme l’observent les services secrets autrichiens (Österreichischen Abwehramts), le premier accord est conclu par l’administration Obama entre la Turquie, des groupes industriels européens réunis autour d’un des administrateurs du Bilderberg, Peter Sutherland, et des autorités allemandes. Le coup d’envoi est lancé par l’OTAN qui, durant deux jours, diffuse à la « une » de la presse mondiale la photographie de la mort d’Aylan Kurdi sur une plage turque. L’enfant est mort en tentant, avec sa famille, la traversée de la Méditerranée : il faut arrêter ce drame et accueillir les réfugiés syriens en Europe. La gravité de la pression migratoire est confirmée par le Haut-Commissaire aux Réfugiés, le Portugais Antonio Guterres – ce qui lui permettra de devenir secrétaire général de l’ONU. Sachant qu’il venait de supprimer l’aide humanitaire de son agence aux Syriens vivant en Turquie – et à eux seuls –, ceux-ci ne pouvant se maintenir dans ce pays migrèrent en masse en Europe. Ils furent rejoints par des Irakiens et des Afghans qui avaient été préparés de leur côté. Ils furent encadrés par des centaines d’humanitaires subventionnés par les associations de George Soros. En quelques jours, une marée humaine traversa les Balkans et arriva à Berlin en brandissant des portraits de la chancelière Merkel. L’Allemagne qui jadis expulsait les juifs donne aujourd’hui leur chance aux Syriens.

 

D’abord soutenu par l’opinion publique, ce déplacement massif de population pose vite de graves problèmes aux Allemands. Plusieurs Länder suppriment le salaire minimum pour « faciliter l’intégration des réfugiés » ; une décision inacceptable pour les syndicats ouvriers. La colère gronde malgré les tentatives de Berlin d’inhiber les réactions de sa population en diffusant à outrance des faits divers xénophobes.

 

Le patronat de l’industrie lourde allemande a obtenu ce qu’il cherchait, plus d’un million d’immigrés sont entrés dans son pays. Il va falloir maintenant gérer le regroupement familial, les deux tiers des réfugiés étant de jeunes hommes. »

 

Thierry Meyssan, Sous nos yeux (2017)