Semeur d'espoir

Pierre Rabhi

Semeur d'spoir, Pierre Rabhi (2013)
Semeur d'spoir, Pierre Rabhi (2013)

 

Comportement individuel

 

     "L'humanité s'est habituée au relatif. Bien sûr, on trouve à travers l'histoire de belles expériences au milieu des champs d'horreur. Nous nageons en pleine ambiguïté et nous n'en sortirons qu'en prenant conscience que seul le changement de comportement individuel peut changer le monde. C'est, encore une fois, la clé absolue, sinon on n'en sortira jamais. La quête perpétuelle de boucs émissaires ne peut me dédouaner de ma propre responsabilité. C'est donc à moi de changer, de devenir bienveillant, d'accueillir l'autre. Cela m'incombe totalement, et sur ce point je n'ai aucune excuse. Même si je devais être le seul parmi des milliards, oui, cette responsabilité m'incombe. Le bien et le mal ne relèvent pas d'un simple manichéisme, mais de l'intelligence fulgurante. Et l'intelligence me dit que je ne dois pas causer de préjudice à d'autres, que je ne dois pas détruire la nature, que je ne dois pas polluer. Parce que la pollution, c'est aussi de la violence. Il ne faut pas réduire cette notion aux seuls humains qui s'entre-égorgent. Quand je tue des animaux sans véritable nécessité, par inconscience ou pour le plaisir, c'est toujours de la violence.

On pourrait pourtant s'attaquer aux racines du mal en commençant par apprendre aux élèves à se montrer généreux les uns envers les autres. Demain, à la place de la concurrence, de la compétitivité, des éternelles comparaisons entre le bon et le mauvais, le supérieur et l'inférieur, le dominant et le dominé, il serait possible d'instaurer une pédagogie de la paix où les valeurs seraient mutualisées à l'avantage de tous. Aucun être ne doit être subordonné à un autre."

 

 

Paysan

 

« Il y a belle lurette que les vrais paysans ont disparus ! Il ne reste, pour la plupart, que des exploitants agricoles, voire des industriels de la terre perchés sur leurs énormes tracteurs avec cabine insonorisée, climatisée, et la radio pour atténuer l’ennui des grands espaces dénudés à l’infini dans un désert où le silence évoque celui de la mort.

 

On n’a pas cessé d’asséner que les paysans étaient des attardés. Puis, quand la modernité est arrivée, on les a plus enfoncés encore en les présentant comme des gens sans instruction, abrutis par leur charrue et leur mode de vie. Dans la psychologie collective, c’est ce regard-là que la société portait sur le paysan, qui l’avait lui-même intégré en se dévalorisant.

 

Et puis, un jour, on est venu lui dire qu’il pouvait sortir de sa condition en devenant un technicien de la terre. Il a sauté sur cette occasion pour se réhabiliter à ses yeux et aux yeux des autres, proclamer qu’il n’était pas un plouc, qu’il pouvait travailler sur des tracteurs, avec des ordinateurs et pratiquer une agriculture intensive pour surproduire une nourriture frelatée. Ces agriculteurs ont perdus leurs valeurs et leur âme. »