Sabordage

Christian Harbulot (2013)

  

Au nom de la démocratie

 

"S'il pèse désormais sur cette guerre au terrorisme le soupçon d'un prétexte, cette "théorie du complot" ne suffit pas à masquer une évidence aux conséquences beaucoup plus graves pour l'avenir de la première puissance mondiale. La mission autoproclamée des Etats-Unis d'apporter la démocratie au monde est devenue au mieux une utopie, au pire une phrase de propagande. La lutte contre les totalitarisme avait permis à l'Amérique d'incarner la légitimité de la puissance en devenant la porte-parole de la défense des démocraties du monde libre. Nous savons aujourd'hui que les Etats-Unis ne peuvent plus prétendre incarner un tel mythe à cause de leurs contradictions internes :

- la criminalisation du champ social (2,3 millions de personnes emprisonnées, les ghettos urbains des minorités moires et hispaniques et l'emprise du commerce de la drogue).

- les déficiences récurrentes du mode de vie américain (alimentation industrielle à la source de nombreux problèmes de santé publique).

- les limites du système démocratique (intrusions répétitives et amplifiées par la société de l'information du système sécuritaire dans la vie privée des citoyens)."

 

 

La perfidie de l'invincible Albion

 

"Le retour à la paix après la défaite de Waterloo n'élimina pas la menace que faisait peser l'économie britannique sur notre politique de développement. Londres envoya en France un homme d'influence, John Bowring pour dénoncer la politique protectionniste de la France. Pour promouvoir le free trade, cet agent d'influence parcourut la France en cherchant des points d'appui à partir des anciennes terres anglaises. Il cibla dans un premier temps des acteurs économiques faciles à convaincre. les producteurs de vin du Sud-Ouest, opposés aux taxes qui pénalisaient leurs exportations, souhaitaient leur suppression et soutinrent son initiative.

L'innovation de Bowring fut le déclenchement d'une guerre de l'information en faisant publier des dizaines d'articles dans les journaux français. Son efficacité rhétorique porta sur l'angle d'attaque qu'il choisit : Bowring présenta le libéralisme comme une idée d'avenir et le protectionnisme comme une idée du passé. Il ne remporta pas immédiatement la victoire car il fut expulsé. Mais le milieu affairiste proche de Napoléon III relaya ce message en imposant la modernisation de l'appareil industriel comme le seul levier de développement crédible. La réussite de la stratégie d'influence menée par John Bowring se traduisit dans les faits par une disparition du débat sur la finalité des affrontements économiques entre Londres et Paris. La polémique amorcée sur la nuisance de l'impérialisme marchand britannique se perdit au début du second Empire dans l'application des idées libérales qui devint la grille de lecture universelle du fonctionnement de l'économie de marché. Ce mode de raisonnement a réduit la vision de la puissance à la protection du territoire et à l'approvisionnement extérieur en ressources stratégiques."

 

 

Influence par la culture

 

"Entre 1947 et 1974, Washington soutenu par Londres investit des moyen humains et financiers importants dans un programme secret de propagande culturelle en Europe occidentale. Les nombreuses remises en cause de l'ordre ancien amorcées  depuis le début du XXe siècle avaient créé un terrain propice à de nouveau vecteurs d'influence de nature culturelle. Les Soviétiques exploitèrent habilement les états d'âmes des membres de l'intelligentsia occidentale en situation de rupture avec le système capitaliste.

Impactés par cette dynamique subversive durant l'entre-deux-guerres, les Etats-Unis réagirent à cette menace sur le plan intérieur par la répression symbolisée par le Maccarthysme et sur le plan extérieur par une stratégie d'influence centrée sur la dénonciation du totalitarisme et des initiatives culturelles défendant la liberté de création.Ll'épine dorsale de cette stratégie d'influence était le Congrès pour la Liberté et la Culture (CCF) dont la mission était de rassembler les intellectuels libéraux et socialistes dans une "internationale" anticommuniste. le comité de soutien de CCF comprenait des personnalités comme le philosophe allemand Karl Jaspers, le socialiste Léon Blum, des écrivains comme André Gide et François Mauriac, ainsi que des universitaires tels que Raymond Aron.

 

Le CCF a été dirigé de 1950 à 1967 par un agent de la CIA, Michael Josselson. Il était présent dans trente-cinq pays et menait de nombreuses opérations de communication (publication de vingt revues, organisation de conférences internationales et de manifestations artistiques)."