Les secrets de la monnaie

Gérard Foucher

Les secrets de la monnaie, Gérard Foucher (2011)
Les secrets de la monnaie, Gérard Foucher (2011)

 

Création monétaire

 

"La monnaie est créée par les agences bancaires à chaque fois qu'elles accordent un crédit à quelqu'un. Le crédit que l'emprunteur reçoit apparaît aussitôt sur son compte bancaire, exactement comme s'il avait effectué un dépôt. L'argent est immédiatement utilisable et devient de la monnaie en circulation dès qu'il est dépensé. En créant un crédit, les banques créent donc simultanément un dépôt, qui devient de la monnaie.

Quand vous êtes entré dans la banque pour aller signer votre accord de prêt qui venait juste d'être accepté, l'argent n'existait pas encore. Il a existé, d'un seul coup, à l'instant où le banquier a ouvert votre compte sur son ordinateur, a tapé la somme désirée sur son clavier, et a tapé la touche "Enter". Et presto ! Votre compte est crédité. Voilà, vous pouvez acheter votre maison :

C'est de la magie, oui, et de la magie qui rapporte très gros.

Les banques peuvent faire plein de "prêts" de cette façon, avec toujours la même petite quantité de "vraie" monnaie en réserve : la monnaie de base émise par la banque centrale.

A la question que nous nous posions : "Au moment où quelqu'un entre dans une banque pour demander un prêt, où se trouve l'argent du prêt ?", la réponse est donc : "Nulle part".

Voilà d'où vient l'argent : du néant !

 

 

Banque mondiale et FMI

 

La conscience populaire croit, et c'est bien ce que les éléments de communication externe du FMI tendent à laisser croire, que le FMI est un centre de regroupement de fonds destinés à être prêtés aux pays en difficulté. Les Etats se cotisent, en quelque sorte, pour constituer un genre de pot commun, où chacun pourra puiser en cas de besoin. C'est une belle légende, qui correspond à une vision très généreuse de la finance internationale. Mais ce n'est pas du tout comme ça que ça marche.

En fait, le FMI fonctionne exactement comme s'il était soumis au régime de réserve fractionnaire : les fonds que versent les Etats sous forme de "cotisation" ne sont jamais utilisés, ils servent seulement de garantie aux montants de monnaie qui peuvent être crées. Résultat, quand le FMI "prête" de l'argent au Burkina Faso ou à la Grèce, c'est comme vous quand vous achetez votre appartement. Hop, une ligne d'écriture dur l'ordinateur, et le Burkina Faso est endetté pour trente ans, avec de l'argent qui n'existait pas avant, et qu'il va devoir rembourser le double ou plus. Rembourser avec quoi ? Ce qu'il veut, peu importe : travail, ressources, services publics, richesses du sous-sol, terrains, édifices, monuments, ports, aéroports. Tout ce qui rapporte. Le système est un gigantesque aspirateur. Un trou noir.

Résumons :

1. La Banque Mondiale crée des reconnaissances de dettes (obligations).

2. Les banques commerciales prennent ces obligations en gage et créent de l'argent en contrepartie pour les acheter.

3. l'argent nouveau rentre dans les caisses de la Banque Mondiale.

 

Le prêt est consenti sous réserve que l'utilisation de l'argent soit connue et vérifiée, mais en plus, attention, la destination de l'investissement est obligatoire, imposée par le créancier. Vous êtes grec ou burkinabé et vous voulez investir dans le bonheur et le bien-être de votre peuple, construire des écoles, implanter des puits dans les villages, acquérir des outils de culture maraîchère ? Débrouillez-vous ! Pas de prêt pour ça, désolé. Non, les prêteurs vous imposent bien autre chose, car il n'est pas question que cet argent créé de toutes pièces serve à autre chose qu'à enrichir le financier, pour ne pas dire l'usurier.

Les fonds accordés le sont seulement à une condition : que les montants soient redépensés au profit exclusif des créanciers ! Un pays pauvre ou appauvri ne peut emprunter au FMI que si, et seulement si, il s'engage en même temps à acheter des biens ou des services aux pays qui lui ont prêté !

 

 

Dette d'Etat

 

"Le procédé, quand on est un responsable d'Etat, est simple comme bonjour : on écrit des sommes d'argent sur des morceaux de papier (c'est la somme que l'on désire emprunter) et on promet d'en rendre plus (ce sont les intérêts que l'on s'engage, au nom du pays, à verser aux prêteurs).

Les reconnaissances de dette émises par les hommes d'Etat se transforment en monnaie utilisable par deux circuits différents.

Première possibilité : des épargnants investissent leur épargne en dette d'Etat (obligation, bon du trésor) -précisions que cette épargne n'aurait pas pu exister s'il n'y avait pas eu de monnaie mise en circulation en amont- et cette épargne est alors réinjectée par le gouvernement dans les dépenses d'Etat, éducation, défense... et dans les intérêts de la dette.

Deuxième possibilité : les reconnaissances de dettes sont acceptées par des banques. Les banques achètent ces papiers non pas avec de l'argent existant, mais en utilisant leurs réserves existantes comme garantie pour créer l'argent nécessaire et le donner aux Etats. C'est donc de toute façon de l'argent nouveau qui entre dans les comptes de l'Etat, et que l'Etat peut dépenser. Aucun compte n'est réduit, aucun compte n'est débité de quoi que ce soit. la banque se crée à elle-même de l'argent pour acheter la dette de l'Etat...

Les créanciers-prêteurs (banquiers, particuliers, entreprises ou autres états) se présentent chaque année aux gouvernements, non pas pour récupérer la mise, mais pour demander les intérêts convenus. Les hommes d'Etat sont bien entendu dans l'incapacité totale de rembourser le capital, qui a été instantanément dépensé. Ce qui compte, c'est le flux. Il faut payer les intérêts. Ils en sont bien incapable aussi, puisque la raison même de la création des reconnaissances de dette, au départ, était d'obtenir de l'argent frais pour couvrir le surplus de dépense par rapport aux rentrées d'impôt.

Donc, les Etats vont prendre de nouveaux morceaux de papier, inscrire dessus le montant des sommes à payer en intérêts pour l'année en cours, et ils vont les donner à de nouveaux prêteurs. Les nouveaux prêteurs donnent l'argent de leurs économies, les politiciens le prennent, et ils le rendent aux anciens créanciers !

L'année prochaine, il faudra bien entendu payer les nouveaux intérêts aux nouveaux créanciers, alors les Etats émettront de nouvelles reconnaissances de dettes pour trouver l'argent pour payer les intérêts en cours. Etc., etc., etc."