Les démons du bien

Alain de Benoist (2013)

 

"Au sein du monde du travail, le harcèlement sexuel apparaît plus scandaleux que l'exploitation de la force de travail ou la précarisation de l'emploi. Le patronat est plus suspect d'être masculin que d'exploiter les travailleurs. La discrimination sexuelle choque plus que la discrimination sociale, l'"intérêt de sexe" est pris en considération plus que l'intérêt de classe.

On recherche, en d'autres termes, l'abolition du pouvoir mâle plutôt que celle du système capitaliste ; et celle des "discriminations" d'origine ontologique (sexisme, racisme, fanatisme religieux) plus que celle des inégalités économiques et sociales bien concrètes due à l'exploitation du travail vivant. La démocratie tend ainsi à se réduire à la critique de l'"essentialisme" et au "dépassement des tabous".

Sans entrer dans le détail de l'affaire, on notera que Dominique Strauss-Kahn a moins été critiqué pour les millions de gens qu'il a contribué à appauvrir en tant que directeur du FMI, c'est-à-dire comme grand argentier au service du Capital, que pour son libertinage et les femmes qu'il a violentées par érotomanie, c'est-à-dire comme "ogre sexuel". De même, Berlusconi a été beaucoup plus dénoncé pour ses parties fines que pour sa contribution au déploiement de l'emprise de ce même Capital."

 

 

Discrimination

 

"Il faut s'arrêter sur le terme de "discrimination", en raison du détournement sémantique dont il fait constamment l'objet. A l'origine, en effet, le mot n'avait aucun caractère péjoratif : il désignait seulement le fait de distinguer ou de discerner. Dans la "novlangue" actuelle, il en est arrivé à désigner une différenciation injuste et arbitraire, éventuellement porteuse d'"incitations à la haine", à tel point que la "lutte contre les discriminations" est devenue l'une des priorités de l'action publique. La loi du 31 décembre 2004, portant création de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), a instauré à cet effet un impressionnant arsenal de mécanismes de délation et de sanctions. Le résultat obtenu (et probablement recherché) est l'effacement de la différence entre distinctions légitimes et différenciations répréhensibles, "à tel point, écrit Anne-Marie Le Pourhiet, que la moindre sélection, préférence ou hiérarchie, ainsi que le seul jugement de valeur, semble devenu intolérable"."

 

 

Différence

 

"La dénégation des différences (de race, de sexe ou de catégorie sociale), ajoute Nathalie Heinich, repose sur un raisonnement implicite : toute différence impliquerait forcément une discrimination. C'est là la classique confusion entre similitude et égalité, qui plombe également une grande part du mouvement féministe actuel, persuadé qu'il faut nier la différence des sexes pour lutter contre les inégalités sexistes. Mais le racisme, contrairement à ce qu'on entend souvent, ne consiste pas à "croire les hommes différents entre eux" : il consiste à croire qu'il existe entre eux des inégalités fondées sur la race."

 

 

L'idéologie du genre

 

"L'idéologie du genre repose sur deux erreurs fondamentales. La première est de croire que le sexe biologique n'a aucun rapport avec l'identité sexuelle ni avec la personnalité, et que le genre se construit sans autre relation avec le sexe que les "conventions" entretenues par la culture, les traditions, l'éducation ou le milieu social. La seconde est de confondre systématiquement le genre, au sens exact du terme, les préférences ou orientations sexuelles, et enfin le degré de masculinité ou de féminité présent en chacun d'entre nous."