Les Egarés

Jean-Michel Vernochet

 

Islam

 

 "Beaucoup refusent d'opérer quelque distinguo que ce soit entre Islam et islamisme, entre l'islam spiritualité et l'Islam politique voyant dans le second le prolongement du premier en phase d'expansion agressive et conquérante. L'idée n'est pas absurde en soi, l'un des attributs ou l'une des implications de la Foi étant le devoir de prosélytisme. Reste que c'est sur ce point spécifique que le bât blesse parce qu' à priori le temps des guerres de conquête de l'Islam primitif -au sens originel- est objectivement révolu et que la Guerre sainte n'est pas, ni ne peut être le credo des musulmans auxquels s'impose de facto une inévitable modernité. Ceci d'autant plus que contrairement à un préjugé tenace, les premiers conquérants musulmans n'aspiraient pas tant à convertir qu'à conquérir. "  

 

"Cinq jours avant son assassinat par un salafiste, l'intellectuel Chokri Belaïd écrivait : "Si la religion musulmane est pratiquée dans ses trois fondements que sont la soumission à Dieu dans la paix, la Foi, et l'excellence, elle permet un épanouissement total, une joie profonde, un équilibre parfait de la personnalité, et donc un sens des valeurs humaines très développé... or le wahhabisme/salafisme amène l'individu qui suit cette pseudo doctrine au contraire. On ne juge un arbre qu'à ses fruits. Quels sont les fruits du wahhabisme/salafisme ? La haine, le mensonge, la persécution, l'intolérance, le rejet de la science et de la spiritualité. Regardez ce qui s'est passé en Libye, ce qui se passe en Syrie. Voilà l'oeuvre de ces gens. Ca ne vous suffit pas comme exemple ? C'est ça l'Islam ?

Tuer des enfants, des femmes, des vieillards, égorger des hommes, leur couper la tête en criant Allahu Akbar et en plein mois de ramadan ? Avec des imams en Arabie saoudite et au Qatar qui prêchent la haine et le meurtre au nom de l'islam ?"...

"...Cette hérésie a été mise en place pour essayer de détruire de l'intérieur l'Islam authentique pour le remplacer par cette horreur wahhabite [...]"

 

 

     "En 1973, le Cha d'Iran, avec l'accord du président américain Nixon et de son Secrétaire d'Etat Kissinger, "prit l'initiative, au nom de l'OPEP, de procéder à une importante augmentation du prix du pétrole". L'excédent de pétrodollars ainsi engendré va être naturellement utilisé par l'Arabie pour exporter le fondamentalisme islamique et renforcer son influence au Maghreb, au Machrek, en Asie centrale et en Indonésie... En particulier par le biais d'organisations humanitaires caritatives non gouvernementales, toutes soutenues en sous-main par Washington. Les Frères Musulmans bénéficieront ainsi de cette manne financière, de même que la ligue islamique mondiale fondée en 1962 à La Mecque par le prince Fayçal dans le but non dissimulé de promouvoir le panislamisme par opposition au panarabisme de l'Egypte nassérienne entrée en alliance avec la Syrie (1958/1961) contre laquelle s'étaient coalisés les royaumes saoudiens, irakiens et jordaniens. Bref, un régime précurseur des nationalismes arabes à venir.

Enfin, la Révolution iranienne de 1979 confortera l'alliance de Washington et de Riyad en ouvrant un troisième front et en créant un nouvel ennemi commun. Les Etats-Unis renforcent alors leur dispositif au Proche-Orient en pérennisant le pacte de protection militaire passé avec le royaume séoudien en 1945. Celui-ci se voit en contrepartie chargé de diffuser le wahhabisme avec pour objectif de faire obstacle au regain d'influence du chiisme... regain apparu avec la naissance de la République Islamique d'Iran dont l'onde de choc révolutionnaire s'est propagée en profondeur dans le monde arabo-musulman. Dans ces circonstances, le sombre rayonnement de l'Arabie salafo-wahhabite va s'étendre au fil des années très au-delà de la Péninsule arabique sur l'ensemble de l'aire culturelle islamique. Cela d'autant que Riyad apparaît peu ou prou comme la tête de file des puissantes pétromonarchies du golfe...parmi lesquelles l'émirat du Qatar dont la courbe ascensionnelle est en passe de s'amorcer."

 

 

La laïcité

 

     "Les mêmes mots possèdent évidemment des significations parfois fort différentes en fonction du contexte culturel, du moment et de la situation géographique. Ainsi "laïcité" est souvent aujourd'hui en Europe - en vertu d'un brouillage sémantique généralisé - le masque d'un athéisme militant et sectaire. En orient le mot laïcité se rapportera plus volontiers à l'Etat de droit -Etat juge et arbitre - ainsi qu'aux libertés individuelles, à commencer par une réelle liberté d'opinion, laquelle a quasiment et subrepticement disparu d'un Occident orwellien traquant désormais avec ardeur le "crime contre la pensée" unique."

 

 

Al-Jazirah

 

     "La journée du 8 juillet 2013 aura en effet marqué un pénible tournant dans l'histoire d'Al-Jazirah : ayant été officiellement interdite en Egypte, dès le 2 juillet, son bureau au Caire n'a pas voulu obtempérer et pire, "il a persisté dans son travail d'incitation à la violence et d'intoxication, comme le montre ses derniers reportages où des images de massacres d'enfants en Syrie étaient transposées en Egypte". Ce qui a conduit ses "deux correspondants à annoncer, à quelques heures d'intervalle, leur démission à l'antenne en direct : "La chaîne sème la discorde entre le peuple égyptien, un agenda existe contre l'Egypte et de nombreux pays arabes, des instructions ont été données pour soutenir les Frères musulmans". Une démission collective suivie de celle de 6 journalistes du bureau du Caire, le même jour et pour le même motif : "désinformation et mensonge sur les évènements qui secouent actuellement leur pays". Le même jour un nouvel épisode achevait de discréditer la chaîne qatariote sur la scène égyptienne : des journalistes locaux appartenant à différents organes de presse, expulsèrent leurs confrères d'Al-Jazirah lors d'une conférence de presse tenue par des membres de l'état-major de l'armée, au siège de la Garde républicaine, quelques heures après des violences qui avaient fait 51 morts"."