Lectures au peuple de France

Collectif (novembre 2014)

 

Communautarisme

 

Notre République française qui est une et indivisible, ne s’est pas inscrite dans une tradition communautaire. La République, notre République, ne reconnait aucune autorité entre elle et le citoyen. Elle ne reconnait donc ni les groupes religieux, ni les groupes ethniques et ni les groupes d’intérêt. Il en va de l’unité de la nation. Par définition, le communautarisme est antirépublicain. A contrario, d’autres pays le reconnaissent jusque dans leur constitution. C’est le cas des Etats-Unis d’Amérique et de l’Angleterre. Le communautarisme qui gagne l’hexagone est donc d’exportation. D’exportation "externe", d’une part, s’il on ose le pléonasme, en provenance des us sociétaux du monde anglo-saxon influencé notamment par son protestantisme qui a engendré en son sein la création de multiples communautés. Cette influence externe est d’autant plus prégnante que les frontières étatiques sont poreuses au regard du soft power que peut représenter l’intrusion d’habitus culturels et sociétaux. D’exportation "interne", s’il on ose l’oxymore, d’autre part. Oui, comme nous l’avons précédemment expliqué autour du terme antiracisme, la mise en avant par stratégie politique des minorités ethniques, sexuelles et religieuses ainsi que la fragilisation du socle familial traditionnel pour que ce dernier ne soit plus un sanctuaire protégé du monde marchand, ont favorisé la création du communautarisme. Ce phénomène s’est renforcé après le vote de la loi Pelven (1972) qui a permis aux associations communautaires de se porter partie civile dans des affaires de discrimination ou d’incitation à la haine raciale qui les concernaient. Par un effet d’emballement, le communautarisme s’est consolidé au travers d’une espèce de concurrence inter communautaire, une concurrence mémorielle, une concurrence à la reconnaissance de souffrances passées, voire ancestrales. Pour quels résultats ? Jean Bricmont se pose la question dans son livre  La République des censeurs :

 

            « Peut-on suggérer que le devoir de mémoire n’est souvent que le nom actuel de ce qu’on aurait appelé jadis l’entretien des haines du passé, qui peut en fait créer des craintes imaginaires et des conflits artificiels ? » 

 

A ce dommage collatéral néfaste qu’engendrent le devoir de mémoire et la compétition qu’il alimente, Jean Bricmont oppose le remède qu’avait apporté Henri IV en 1598 pour mettre fin à la guerre de religion entre catholiques et protestants qui sévissait sur les terres de France et dont le moteur indestructible était la vengeance suivant une chaîne de réactions épidermiques.

 

Dans son Edit de Nantes, il avait imposé par décret le devoir d’oubli.

 

Cette idée est d’autant plus séduisante que l’oubli de l’Histoire ne favorise en aucun cas le recommencement de cette histoire. Combien de jeunes gens de moins de trente ans connaissent le massacre de la Saint-Barthélemy ? Très peu. Et pour autant, cela va-t-il en faire des persécuteurs de protestants ?

Le communautarisme exacerbé enferme en outre les personnes dans des cases prédéfinies, préétablies où on pense pour eux, où on parle pour eux :

 

            « Les Français toujours plus enfermés dans des groupes étanches cautionnés voire suscités par le pouvoir, constatent au final que de métissage il est assez peu question. Voilà l’expérience que vivent depuis deux décennies les Français juifs, pour beaucoup parfaitement assimilés : ils découvrent périodiquement qu’une "communauté" juive est supposée parler en leur nom, et même s’être dotée d’institutions "représentatives". »

Essais, Michel Drac (2005-2009)

 

Des Français de confession musulmane partagent aussi ce sentiment étrange qu’ils doivent forcément former un bloc monolithique aux idées et aux aspérités identiques, dont le porte-parole auto-proclamé serait le Conseil du culte musulman. Ce qui revient à faire de ces Français de confession juive ou musulmane avant tout des juifs et des musulmans de nationalité française. Une hiérarchie diamétralement opposée au pacte républicain. Et comme si l’appartenance religieuse conditionnait unilatéralement l’appartenance politique, idéologique et sociale !! Croire cela est  pour le coup faire preuve d’un racisme d’obédience religieuse !

 

            « Des porte-parole auto-désignés de la minorité appliquent ce conformisme en frappant d’ostracisme ceux qui dévient de la ligne du parti – par exemple ces noirs qui « pensent blanc ». Combien de temps encore l’esprit de libre examen et de débat ouvert peut-il survivre dans de telles conditions ? »

La révolte des élites, Christopher Lasch (1995)

 

Aparté, pour l’immense majorité d’entre nous, il est usuel d’avoir la religion de son sang, de sa terre et de son temps. Ce qui doit tendre à l’humilité religieuse, et qui doit expier tout fanatisme. Si j’étais né au Maghreb (qui signifie Occident) avant le IIIe siècle de notre ère, j’aurais sûrement vécu sous l’influence de croyances phéniciennes, grecques, romaines ou égyptiennes... A partir du IIIe siècle et jusqu’au VIIe siècle, il est de fortes probabilités que je fusse chrétien et aujourd’hui je serais vraisemblablement musulman. Dans un même esprit d’humilité et de tolérance, il s’en est parfois fallu de peu qu’un peuple, via la conversion de ses monarques ou de ses empereurs, en vienne à embrasser une autre religion :

 

            « La généralisation du christianisme dans la principauté [de la Russie kiévienne du Xe siècle] est due à la politique du prince Vladimir le Saint, ou comme on l’appelle encore, Vladimir Beau Soleil. Il avait songé un instant, à se convertir lui et ses sujets, au judaïsme, puis s’était laissé éblouir par la beauté des rituels byzantins. Il procéda, vers 988, à la conversion officielle de tous ses sujets. »

Grammaire des civilisations, Fernand Braudel (1963)

 

Le communautarisme  prend  une  telle  ampleur  qu’il  perturbe notre sens des valeurs et l’ordre des priorités. Il sert de véritable cache-sexe aux excès du pouvoir et de famille de substitution pour ceux qui subissent ce pouvoir et la crise économique et sociale qui l’accompagne.

 

            « On recherche, en d'autres termes, l'abolition du pouvoir mâle plutôt que celle du système capitaliste ; et celle des "discriminations" d'origine ontologique (sexisme, racisme, fanatisme religieux) plus que celle des inégalités économiques et sociales bien concrètes dues à l'exploitation du travail vivant. La démocratie tend ainsi à se réduire à la critique de l'"essentialisme" et au "dépassement des tabous".  Sans entrer dans le détail de l'affaire, on notera que Dominique Strauss-Kahn a moins été critiqué pour les millions de gens qu'il a contribué à appauvrir en tant que directeur du FMI, c'est-à-dire comme grand argentier au service du Capital, que pour son libertinage et les femmes qu'il a violentées par érotomanie, c'est-à-dire comme "ogre sexuel". De même, Berlusconi a été beaucoup plus dénoncé pour ses parties fines que pour sa contribution au déploiement de l'emprise de ce même Capital. »

Les démons du bien, Alain De Benoist (2013)

 

Nous rajoutons aux exemples concrets d’Alain De Benoist, celui de Bill Clinton, destitué pour une relation extraconjugale mais non pas pour sa politique favorable au monde néolibéral et financier. Proche des milieux de Wall Street, il a participé à paupériser une grande partie  de  la  population  des  Etats-Unis  ainsi  qu’une  partie  de celle  du  reste  du  monde.  Il  a  notamment  mis  fin  au  vertueux Glass-Steagall act, lui qui nous aurait en grande partie protégé du ruineux renflouement des banques en 2008 car il instituait la séparation des banques de dépôt et des banques d’affaires. Il a aussi ouvert à la déréglementation dans les télécommunications et l’agriculture laissant ainsi les multinationales américaines, subventionnées à l’export, littéralement étouffer des milliers de petites et moyennes entreprises,  américaines  comprises.  Il  a  ratifié  l’accord  de  libre-échange ALENA, entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada, qui a détruit complètement l’économie mexicaine, créant des drames sociaux considérables. Et donc, bizarrement, ce ne fut pas pour sa politique néolibérale destructrice qu’il passa devant le Congrès américain pour une procédure de destitution (impeachment), mais pour avoir eu des relations sexuelles avec une employée de l’administration américaine. Une relation consentie, enfin "une relation mutuelle, mutuelle à tous les niveaux, dès le début où elle a commencé et tout au long de sa durée" si on se réfère aux révélations de Mme Lewinsky en 2004, la première concernée. Il ne s’agit point ici d’éluder toute souffrance qu’elle soit d’ordre du sexisme ou autre, mais de démontrer que la mise en avant volontaire de certaines souffrances sert de pare-feu, d’information  « fumigène », permettant d’occulter un plus grand mal qui touche tout un chacun. D’un mal létal, le néolibéralisme prosélyte  qui  conquiert  le  monde  en  lui  collant  l’arme  militaro-médiatico-propagandiste sur la tempe.

Le communautarisme se revendique aujourd’hui au travers d’un égalitarisme à toute épreuve. Il fut pourtant un temps où les minorités et leur particularisme criaient au droit à la différence, faisaient de leurs particularisme une force, une fierté à défendre coûte que coûte. Aujourd’hui, on veut avoir le droit d’être identique, Une minorité agissante de la communauté homosexuelle semble vouloir à présent se marier et avoir des enfants comme un hétérosexuel lambda. Les générations gay précédentes doivent se retourner dans leurs tombes en criant à l’embourgeoisement de la communauté ! En dernière instance, le monde marchand se frotte les mains de voir à l’avenir des enfants devenir objets de commerce ! Et, la prochaine revendication ne serait-elle pas un véritable mariage devant monsieur le curé ? Dans un esprit similaire, une minorité de femmes, au féminisme libéral égalitarien, va jusqu’à refuser l’exercice de procréation que la nature leur a offert, n’y voyant que soumission, qu’un rôle ingrat dont l’homme est dispensé, alors que ce don de procréation, ce don du vivant, devrait être magnifié. Autre exemple d’égalitarisme primaire et de revendication communautaire, en Suède, le Left Party a déposé le 28 mai 2012 une motion au conseil du comté de Sörmland pour favoriser l’implantation de toilettes qui permettent à tout le monde, hommes et femmes, de faire pipi assis. Oui, vous avez bien lu ! Des querelles de pissotière qui vont jusqu’à nier les particularismes physiques. Monde asexué nous voilà ! Un monde d’"idiots utiles" du marché, et heureux de l’être ! Tout ceci dans la négation complète de notre part biologique qui forge une partie intangible de notre identité, dans la négation des caractères innés qui nous gouvernent, dans la négation de la diversité qui doit se vivre comme une richesse.

 

Il est des gens pour penser qu’une différence est une inégalité.

 

Estomper les différences, c’est uniformiser le monde, c’est détruire les doux particularismes qui épicent nos vies. C’est en définitive une vie sans vie. Un monde à l’encéphalogramme plat.

 

            « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels. Toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu et non un être factice crée par mon orgueil et mon ennui. »

On ne badine pas avec l’amour, Alfred De Musset (1833)