Le mythe de la bonne guerre

Jacques R. Pauwels (2005)

 

L'ennemi idéal

 

"Une fois la Guerre froide terminée, les Américains ordinaires espéraient que les immenses ressources de leur pays cesseraient d'être utilisées, ou plutôt exploités pour faire des guerres chaudes ou froides, et ils s'attendaient à bénéficier d'un "dividende de la paix".

Voilà qui posait un grand problème pour l'élite du pouvoir. Avec la fin de la Guerre Froide, de leur guerre parfaite, cette élite se retrouvait orpheline de son ennemi parfait, de cet ennemi utile et même indispensable dont la seule existence avait suffi, durant un demi-siècle, pour justifier les dépenses militaires si profitables du warefare state. Il fallait d'urgence trouver un nouvel ennemi. Une démilitarisation réelle de l'économie américaine n'aurait pas seulement tari la source des méga-profits, mais aurait confronté le pays au problème clé du système économique capitaliste : l'insuffisance de la demande.

Le problème du manque d'ennemi fut rapidement compensé par l'arrivée sur la scène, à l'instar de deus ex machina, de nouveaux Hitler" tels Saddam Hussein. Est-ce une coïncidence si ce fut précisément à la fin de la Guerre froide que Saddam Hussein devint soudain une grande menace, nécessitant une intervention militaire massive ? La prétendue menace soviétique ayant disparue et la pression populaire pour "un dividende de la paix" se faisant plus pressante, de nouvelles menaces devaient être inventées d'urgence. Le danger représenté par Saddam Hussein fut incontestablement grossièrement exagéré afin de maintenir les Etats-Unis sur pied de guerre. Or, un seul ennemi, une seule menace, ne suffisait guère à légitimer le couteux système du Pentagone. Durant les années quatre-vingt-dix, Washington rechercha donc avec acharnement de nouveaux ennemis. D'autres "nouveaux Hitler" furent dûment découverts, parmi lesquels Slobodan Milosevic.

Cependant, rien de tout cela suffisait vraiment. Alors Washington proclama une "guerre contre le terrorisme". Du point de vue de l'élite du pouvoir aux Etats-Unis, une telle guerre est parfaitement fondée. En effet, elle offre une sorte de "solution finale" au problème causé par la fin de la Guerre froide. Une guerre contre un ennemi mal défini, une guerre sans limite géographique, une guerre qui durera aussi longtemps que le président nous dira qu'elle devra durer, un guerre qui exige le soutient inconditionnel de tous ceux qui ne veulent pas être perçus comme étant du côté du terrorisme. Une telle guerre étant la panacée ultime."

 


La diplomatie du business


"L'élite du pouvoir aux Etats-Unis est surtout motivée par des intérêts économiques, par des intérêts commerciaux et en fin de compte par la chasse aux profits. Ses véritables centres nerveux sont les gigantesques entreprises américaines telles Ford, General Motors (GM), ITT et IBM. Ces conglomérats géants jouissent d'une énorme influence à Washington, et il n'est pas exagéré de dire que le gouvernement américain cherche principalement à satisfaire leurs besoins et à promouvoir leurs intérêts. Comme l'élite du pouvoir se consacre en premier lieu aux intérêts des entreprises américaines, les Etats-Unis sont en effet, comme Michael Parenti l'a écrit, "un Etat-entreprise". C'était déjà ainsi bien avant la 2ème Guerre mondiale, dans les années vingt, par exemple, lorsque le président Coolidge déclara platement mais franchement que "les affaires constituent la préoccupation première des Etats-Unis". 

Quels sont les intérêts de l'industrie américaine, ou des milieux d'affaires et des grandes entreprises du pays ? De quelle manière l'Etat américain doit-il les défendre et les promouvoir ? Aujourd'hui, comme hier, les dirigeants du monde américain des affaires attendent des politiques intérieure et extérieure de leur pays qu'elles tendent à éliminer toutes les restrictions imposée à leurs activités économique, qu'elles maintiennent les travailleurs américains dociles tout en fixant leurs salaires au niveau le plus bas possible, qu'elles leur assurent un approvisionnement en matières premières ainsi que des marchés pour leurs produits et qu'elles minimisent les risques de compétition tant sur le plan intérieur qu'extérieur. L'objectif final de tout cela étant de permettre aux grandes entreprises - et parfois à certains entrepreneurs isolés - d'engranger les profits les plus élevés. Dans d'autres pays, le monde des affaires exige des leaders politiques en engagement similaire, un même dévouement à la cause de l'accumulation du capital. Une politique assez similaire est d'ailleurs attendue de la part des organisations bureaucratiques supranationales telle que la Commission européenne ; ces organisations ont repris la plupart sinon l'entièreté des fonctions essentielles des gouvernements nationaux. Ces gouvernements étant soumis à des élections et autres procédures pus ou moins démocratiques, ils sont considérés par l'élite du monde des affaires comme beaucoup moins fiables.  Cependant, en dehors des Etats-Unis, il n'y a aucun autre pays au monde où le "big business" exerce une telle influence sur le gouvernement et où le gouvernement montre autant d'indulgence pour assurer une totale "liberté" au "milieu des affaires" et pour supprimer tout entrave au capitalisme."

 


Monde libre ?


"Alors qu'en théorie les gouvernements américains ont toujours proclamé leur amour pour la démocratie, en pratique, ils ont souvent préféré la dictature. Pour ne retenir que le cas de l'Amérique latine, bien avant la Deuxième Guerre mondiale déjà, nombre de dictateurs tels Trujillo (en République dominicaine) et Somoza (au Nicaragua) débutèrent leurs longues carrières grâce au soutient actif de l'Oncle Sam. De plus, même après la Deuxième Guerre mondiale, c'est-à-dire après avoir vécu des expériences traumatisantes avec des fascistes comme Hitler et Mussolini, et au moment même où les Etats-Unis se sont chargés de la direction d'une communauté internationale qui s'appelait fièrement "le monde libre", Washington toléra la présence au sein de ce "monde libre" de dictatures brutales, civiles ou miitaires, par exemple en Espagne, au Portugal, en Turquie, en Grèce, en Iran, à Taiwan, en Indonésie, aux Philippines, en Argentine et au Chili. En fait, la plupart de ces dictatures ne seraient pas parvenues à se maintenir au pouvoir sans le soutien actif des Etats-Unis et de leurs experts en contre-révolution."

 


Pétrolier américains et l'Allemagne nazie


"En 1940 et 1941, l'industrie américaine profita principalement du commerce avec la Grande-Bretagne, mais cela n'empêcha pas les trusts pétroliers américains de faire également des affaires, secrètes mais fort profitables, avec l'Allemagne nazie. D'énormes quantités de pétrole furent ainsi livrées à l'Allemagne via des pays neutres tels que l'Espagne, fait dont la Maison Blanche était d'ailleurs informée. La part américaine dans les importations allemandes d'huile pour moteurs, un produit pétrolier d'importance vitale, augmenta rapidement, de 44% en juillet 1941 à non moins de 94% en septembre 1941. Les chars allemands n'auraient jamais pu atteindre la banlieue de Moscou sans les produits pétroliers fournis par les trusts américains. En fait, selon Tobias Jersak, un historien allemand expert dans la question des livraisons américaines de pétrole à l'Allemagne nazie, ni l'attaque allemande contre l'Union soviétique ni les autres grandes opérations militaires de l'Allemagne en 1940 et 1941 n'auraient été possibles sans les produits pétroliers provenant des Etats-Unis."


 

La propagande d'Hollywood et de la presse américaine

 

Pour faire accepter à l'opinion publique que les USA entrent en guerre, dans le même camps que les communistes soviétiques, contre l'Allemagne Nazie, il fallut le concours de la presse et d'Hollywood :

"Les soviétiques furent l'objet d'une métamorphose tout aussi remarquable, en passant de bolcheviks "sans-dieu" à d'héroïques patriotes "russes". Hollywood, qui n'avait manifesté que peu d'intérêt et encore moins de sympathie pour l'Union soviétique avant la guerre, donna le ton - de toute évidence à la suite d'un signal donné par Washington - avec des films pro-soviétiques tels que Mission à Moscou, L'étoile du nord et La chanson de Russie. Les magazines populaires américains comme Life, le Saturday Evening Post et le Reader's Digest, qui avaient auparavant diffusé avec enthousiasme de la propagande anti-communiste et anti-soviétique et qui le feront à nouveau après la guerre comme l'écrivent les historiens Clayton R. Koppes et Gregory D. Black, et publièrent des articles pro-soviétiques de leur cru. Les habitants du lointain "paradis des travailleurs", jusque-là décrits des spécimens résolument sinistres, étaient désormais présentés comme des gens braves, diligents, modestes et décents qui, comme le prétendait Life en 1943, "ressemblent aux Américains, s'habillent comme les américains et pensent comme les Américains". Staline devint même la coqueluche des magazines américains qui, pour ainsi dire, l'adoptèrent dans la grande famille américaine sous le nom d'"Oncle Joseph". Des photos flatteuses de Staline furent publiées en couverture des magazines et en 1943, Time le proclama "l'homme de l'année"."

 

1er débarquement alliés en Normandie

(2ème Guerre mondiale)

 

"Le 19 août 1942, quelques milliers de soldats envoyés d'Angleterre tentèrent de débarquer à Dieppe. Ils y furent taillés en pièces par les Allemands. Ce n'est pas surprenant car Dieppe était une des positions allemandes les plus fortes sur la côte atlantique française. Tous ceux qui y arrivent par la mer se rendent immédiatement compte que ce port, entouré de hautes et raides falaises, a dû constituer un piège mortel pour les assaillants. Aux yeux d'un reporter allemand qui assista au carnage, le débarquement apparaissait comme "une opération qui violait toutes les règles de la logique militaire et de la stratégie". Quant aux autorités militaires et politiques qui étaient responsables de cette opération, elles ne fournirent jamais rien de plus que des explications contradictoires et peu convaincantes. Cet épisode sanglant est parfois dépeint comme étant tout simplement une triste erreur stratégique ; plus souvent, il est ardemment justifié comme constituant une sorte de répétition générale du débarquement de Normandie de juin 1944. Nus sommes supposés croire que d'importants renseignements militaires furent recueillis grâce à l'opération de Dieppe, par exemple, que les défenses allemandes étaient particulièrement fortes dans les ports et leurs alentours. Or, de telles informations allaient de soi, et auraient en tout cas pu aisément être obtenues au moyen de reconnaissances aériennes. A posteriori, on peut également s'interroger sur la pertinence d'informations glanées en 1942 en vue d'une opération menée en 1944, surtout en sachant que, dans l'intervalle, les fortifications du "mur de l'Atlantique" furent érigées. Si l'opération de Dieppe de 1942 représentait vraiment une "répétition générale", pourquoi le vrai débarquement n'eut lieu que deux ans plus tard, en 1944 ? Jusqu'à ce jour, la tragédie de Dieppe demeure enveloppée d'un voile de propagande et de désinformation qui laisse entrevoir une autre possibilité : cette opération, y compris son échec sanglant, peut s'expliquer comme étant une façon très efficace de réduire au silence ceux qui réclamaient à cor et à cri l'ouverture d'un deuxième front. Bien qu'aucune preuve documentée ne soit aujourd'hui disponible pour supporter une telle hypothèse, celle-ci expliquerait pourquoi les "moutons" qui furent conduits au massacre à Dieppe n'étaient ni des Britanniques ni des Américains, mais bien des Canadiens. Ceux-ci constituaient en effet une chair à canon parfaite pour ce genre d'entreprise, leurs dirigeants n'appartenant pas au club exclusif du haut commandement américano-britannique qui avait organisé l'opération et qui, évidemment, aurait été peu disposé à sacrifier ses propres troupes."

 


Haute trahison


"Une semaine après Pearl Harbor, le président Roosevelt adopta discrètement une mesure permettant aux entreprises américaines, moyennant une autorisation spéciale, d'avoir des relations d'affaires avec les pays ennemis ou avec des pays neutres, amis des pays ennemis. Cet ordre exécutif contrevenait évidemment aux lois, prétendument très strictes, contre toutes formes de "relations commerciales avec l'ennemi" et contraste fortement avec la manière dont des lois similaires sont appliquées aujourd'hui encore, par exemple en ce qui concerne Cuba : les citoyens américains ne peuvent même pas faire entrer aux Etats-Unis des cigares de La Havane achetés au Canada."


"Les nazis avaient besoin d'un nombre sans cesse croissant d'avions et de camions, produits en masse, par exemple, par la Ford-Werke. Depuis que Henry Ford avait introduit la chaîne de montage et autres techniques "fordistes", les entreprises américaines avaient été les fers de lance dans la production industrielle de masse, et leurs filiales en Allemagne, y compris la filial Opel de General Motors, ne faisaient pas exception à cette règle. Les quotas fixés par Berlin furent même régulièrement dépassés. les autorités nazie en furent ravies et décernèrent à l'usine Opel le titre honorifique d'"entreprise de guerre exemplaire". pour les managers et les propriétaires américains de GM et de Ford, peu importait qui était nommé pour servir de dirigeant dans leurs filiales en Allemagne, quels produits sortaient de leurs chaînes de montage, et si les activités de leurs filiales allemandes contribuaient à faire durer la guerre. Ce qui comptait pour eux-mêmes et pour leurs actionnaires ce n'était que les profits."

"L'usine Opel de Brandebourg changea ses activités pour produire des camions pour la Wehrmacht, tandis que celle de Rüsselsheim travailla désormais principalement pour la Luftwaffe, en assemblant des avions tels le JU-88, cheval de bataille de la flotte de bombardiers allemande. On estime qu'ensemble General Motors et Ford contribuèrent, à un certain moment, pour près de la moitié de la production allemande totale de chars. Incidemment, les chars allemands étaient généralement de meilleur qualité que ceux produits aux Etats-Unis."



Nazis aux Etats-Unis


"Un grand nombre de médecins ayant travaillé dans les camps de concentrations et impliqués dans des recherches sur des cobayes humains, ainsi que d'autres scientifiques et experts, furent transférés aussi rapidement que possible aux Etats-Unis. Cette opération fut d'abord entreprise sous le nom de code de Overcast et, plus tard de Paperclip. Ils travaillèrent pour le pentagone ou pour d'autres institutions et entreprises américaines, publiques ou privées. Washington s'intéressa par exemple à la technologie allemande des fusées, une discipline qui se trouvait être la spécialité d'un ancien SS, Werner Von Braun. C'est ainsi que beaucoup de nazis purent mener une vie longue et paisible dans le pays qui prétendait être entré en guerre par répugnance du nazisme."


CIA et mafia italienne


"En Italie en général, et particulièrement en Sicile, les Américains collaborèrent intimement avec la Mafia, qu'ils considéraient comme un "bastion anti-communiste". Parmi les protagonistes de cette "Opération mafia", se trouvaient le célèbre gangster new-yorkais Lucky Luciano et, non sans ironie, J. Edgar Hoover du FBI. Cette initiative sicilienne instaurera une coopération peu glorieuse mais étroite entre les services secrets américains et le milieu international du crime organisé, surtout dans le domaine du trafic de stupéfiants. La CIA utilisera, durant de nombreuses décennies, l'argent généré par cette collaboration pour financer des activités contre-révolutionnaires dans le monde entier. Parmi celles-ci, les tentatives d'assassinat de Fidel Castro, planifiées en collusion avec la mafia, et la guerre secrète contre les sandinistes au Nicaragua. Ces opération clandestines violaient la loi américaine et ne pouvaient donc bénéficier de fonds approuvés par le Congrès."


Bombardement de Dresde


"Comme l'écrit l'historien militaire britannique Alexander McKee, "Churchill voulut inscrire une leçon dans le ciel nocturne de Dresde", à l'intention des Soviétiques. Toutefois, comme la USAAF fut également impliquée dans le bombardement de Dresde, nous pouvons supposer que Churchill agit avec la connaissance et l'approbation de Roosevelt."


"Directement ou non, volontairement ou non, les instructions adressées aux aviateurs révélèrent occasionnellement la véritable fonction de l'attaque. Ainsi, une directive de la RAF, portant la date du 13 février 1945, formule explicitement la double intention : "Frapper l'ennemi allemand [mais aussi] montrer aux Russes, une fois arrivés [à Dresde], ce que nos Bombardiers peuvent faire." Un Canadien donna la réponse suivante lorsque, une vingtaine d'années après la fin de la guerre, il fut questionné sur les objectifs de la mission à laquelle il avait participé :

"Je pense que ce qui s'est passé, c'est que les Russes avançant très rapidement, les Alliés [occidentaux] décidèrent qu'ils allaient leur montrer qu'outre une armée formidable, ils disposaient également d'une force aérienne formidable. "Dès lors, ne soyez pas trop sûrs de vous, amis russes, ou bien nous vous montrerons ce que nous pouvons faire dans les villes russes." C'était une idée de Churchill et d'autres. Il s'agissait d'une atrocité calculée, sans aucun doute."


"Cette lecture des faits historiques permet d'expliquer l'apparent non-sens du bombardement de Dresde, y compris l'ampleur de l'entreprise, la peu ordinaire participation dans un seul raid de la RAF et de la USAAF, le choix de la cible, l'énormité - voulue ! - de la destruction, le timing de l'attaque, et le fait que ni la gare ferroviaire, présentée comme une cible d'importance cruciale, ni la banlieue, avec ses installation industrielles et l'aérodrome de la Luftwaffe, ne furent visées. Le bombardement de la capitale de la Saxe n'avait que très peu, ou même rien du tout, à voir avec la guerre contre l'Allemagne nazie, une guerre alors quasiment terminée : la destruction de Dresde ne fut rien d'autre qu'un signal britannico-américain à Staline, un signal qui coûta la vie à des dizaines de milliers de personnes."



Hiroshima et Nagasaki

 

"A la conférence de Potsdam, qui dura du 17 juillet au 2 août 1945, Truman reçu le message tant attendu lui annonçant que la bombe atomique avait été testée avec succès le 16 juillet à Almagoro, au Nouveau-Mexique. Le président américain se sentit alors assez fort pour prendre l'initiative. Il ne se soucia alors plus de présenter des propositions à Staline mais, en lieu et place, il fit un tas de requêtes ; en même temps, il rejeta catégoriquement toutes les propositions qui émanaient du côté soviétique, comme par exemple, celles qui concernaient les réparations allemandes, dont le principe avait déjà été accepté à Yalta. Staline ne montra toutefois aucun signe de faiblesse, pas même lorsque Truman essaya de l'intimider en lui soufflant à l'oreille que l'Amérique avait acquis une nouvelle arme terrifiante. Le sphinx soviétique, qui avait certainement déjà été informé du projet Manhattan par ses espions, écouta dans un silence de plomb. Truman en conclut que seule une démonstration concrète des effets de la bombe atomique pouvait persuader les Soviétiques de plier. Aucun accord sur les questions importantes ne fut donc atteint à Potsdam."


"Pour terminer la guerre contre le Japon sans sacrifices supplémentaires, Truman disposait d'un nombre suffisant d'options. Il pouvait accepter la condition japonaise, somme toute insignifiante, concernant l'immunité pour leur Empereur. Il pouvait également attendre que l'Armée Rouge attaque les Japonais en Chine, forçant ainsi Tokyo à accepter une capitulation inconditionnelle. Finalement, il pouvait instaurer un blocus naval qui aurait forcé Tokyo à demander la paix, tôt ou tard. Truman et ses conseillers ne retinrent aucune de ces options. Ils décidèrent plutôt d'assommer le Japon avec la bombe atomique. Cette décision fatidique, qui devait coûter la vie à des centaines de milliers de personnes, présentait des avantages considérables pour les Américains.  Par exemple, la bombe pouvait forcer les Japonais à capituler avant que les Soviétiques ne s'engagent dans la guerre en Asie. Dans ce cas, il ne serait pas nécessaire de permettre à Moscou de participer aux décisions futures concernant le Japon d'après-guerre, les territoires qui avaient été occupés par le Japon (tels que la Corée et la Mandchourie), l'Extrême-Orient et l'ensemble de la région Pacifique De cette manière, les Etats-Unis jouiraient d'une hégémonie totale dans cette partie du monde, hégémonie qui avait été le véritable but, bien qu'inavoué, de Washington dans le conflit avec le Japon."


"Il était inutile que Truman utilise la bombe atomique pour mettre le Japon à Genoux. Comme le reconnaît sans ambages le Rapport des bombardements stratégiques américains, le Japon aurait capitulé "certainement avant le 31 décembre 1945, même si la Russie n'était pas entrée en guerre, et même si aucune invasion n'avait été envisagée ou planifiée." La bombe nucléaire permettait donc aux Américains de forcer Tokyo a capituler sans conditions, de fermer la porte de l'Extrême-Orient aux Soviétiques et, fait non moins important, d'imposer la volonté de Washington au Kremlin concernant les affaires européennes. Hiroshima et Nagasaki furent pulvérisées pour ces raisons-là. Beaucoup d'historiens américains en sont bien conscients.

Sean Dennis Cashman écrit :"Avec le temps, beaucoup d'historiens ont conclu que la bombe avait été utilisée aussi pour des raisons politiques. Vannevar Bush [le chef du bureau américain de recherches et de développement scientifiques] déclara que la bombe "fut employée afin d'éviter de faire des concessions à la Russie à la fin de la guerre". Le secrétaire d'Etat James F. Byrnes n'a jamais démenti une déclaration qui lui fut attribuée, dans laquelle il déclarait que la bombe avait été utilisée pour démontrer la puissance américaine aux Soviétiques, de manière à les rendre plus dociles en Europe." "


"Tokyo ne réagit pas immédiatement au bombardement d'Hiroshima. Apparemment, le gouvernement japonais ne comprit pas immédiatement ce qui s'était passé à Hiroshima, car beaucoup de raids aériens conventionnels avaient produit des résultats catastrophiques similaires. Par exemple, les bombardements du 9 au 10 mars 1945 sur la capitale japonaise avaient causé plus de victimes que Hiroshima. Les autorités japonaises n'ont peut-être pas tout de suite réalisé qu'une telle destruction avait été provoquée par un seul avion et une seule bombe. C'est pourquoi la capitulation inconditionnelle tant désirée par les Américains prit un certain temps, ce qui permit à l'URSS de faire son entrée dans la guerre contre le Japon. Cela rendit Washington extrêmement impatient, et un jour après la déclaration de guerre soviétique du 9 août 1945, une seconde bombe fut lâchée, cette fois sur Nagasaki."