Le livre noir du communisme

Collectif de chercheurs au CNRS

 

Les "Malgré-Nous"

 

"Un dicton qui circulait dans les camps rend parfaitement compte de la multitude des origines de la population carcérale : "Si un pays n'est pas représenté au Goulag c'est qu'il n'existe pas." La France eut aussi ses prisonniers au Goulag, des prisonniers que la diplomatie ne mit pas beaucoup d'acharnement à défendre et récupérer.

Les trois départements de la Moselle, du Bas et du Haut-Rhin furent traités de manière particulière par les nazis triomphants : L'Alsace-Lorraine fut annexée, germanisée et même nazifiée. En 1942, les nazis décidèrent d'incorporer contre leur volonté les classes 1920 et 1924 dans l'armée allemande. Beaucoup de jeunes Mosellans et Alsaciens qui n'éprouvaient nulle envie de servir sous l'uniforme allemand tentèrent d'échapper à ce "privilège". Jusqu'à la fin de la guerre, ce fût au total 21 classes d'âge qui furent mobilisées en Alsace et 14 en Moselle, soit 130 000 jeunes hommes. Envoyés en majorité sur le front russe, 22 000 "Malgré-nous" tombèrent au combat. Les Soviétiques, informés par la France libre de cette situation particulière, lancèrent des appels à la désertion, promettant le retour dans la France combattante. De fait et quelles que soient les circonstances, 23 000 Alsaciens-Lorrains furent fait prisonniers ; c'est le nombre de dossiers que les autorités russes remirent en 1995 aux autorités françaises. Un grand nombre d'entre eux furent regroupés au camp 188 de Tambov sous la garde du MVD [services secrets soviétiques] dans les conditions de survie effroyables : sous-alimentation, travail forcé dans les forêts, habitats primitifs (des cabanes de bois à demi-enterrées), absence de tout soin médical. Les rescapés de ce camp de la mort lente estiment que près de 10 000 de leurs compagnons y moururent en 1944 et 1945.

A l'issu de longues négociations, 1500 prisonniers avaient été libérés à l'été 1944 et avaient été rapatriés à Alger. Si Tambov est le camp où le plus grand nombre d'Alsaciens-Lorrains furent internés, il existait d'autres camps où ces derniers furent retenus prisonniers, dessinant ainsi une sorte de sous-Archipel particulier à ces Français qui ne purent combattre pour la libération de leur pays."

 

 

Bolcheviks et ouvriers

 

"A la fin de 1919 et au début de 1920, les relations entre le pouvoir bolchévique et le monde ouvrier se dégradèrent encore d'avantage, à la suite de la militarisation de plus de deux mille entreprises. Principal artisan de la militarisation du travail, Léon Trotski développa, lors du IXème Congrès du Parti, en mars 1920, ses conceptions sur la question. L'homme est naturellement porté à la paresse, expliqua Trotski.

Sous le capitalisme, les ouvriers doivent chercher du travail pour survivre. C'est le marché capitaliste qui aiguillonne le travailleur. Sous le socialisme, "l'utilisation des ressources de travail remplace le marché". L'Etat a donc pour tâche d'orienter, d'affecter, d'encadrer le travailleur, qui doit obéir tel un soldat à l'Etat ouvrier, défenseur des intérêts du prolétariat. Tels étaient le fondement et le sens de la militarisation du travail, vivement critiquée par une minorité de syndicalistes et de dirigeants bolchéviques ; elle signifiait, en effet, l'interdiction des grèves, assimilées à une désertion en temps de guerre, le renforcement de la discipline et des pouvoirs de la direction, la subordination complète des syndicats et des comités d'usine, dont le rôle se bornait désormais à mettre en oeuvre la politique productiviste, l'interdiction pour les ouvriers de quitter leur poste de travail, la sanction de l'absentéisme et des retards, fort nombreux en ces temps où les ouvriers étaient à la recherche, toujours problématique, de nourriture."