Le capitalisme un génocide structurel

Garry Leech (2012)

 

"Le Capital a également cherché à élargir sa sphère de circulation en accroissant les besoins sociaux de ces travailleurs. Mais c'est dans ce processus que la contradiction inhérente du capitalisme, cité par Marx, devient visible. L'exigence du capital de pousser les salaires vers le bas pour accroître la plus-value grâce à des niveaux de productivité toujours plus élevés, et donc des salaires toujours plus bas, entre en conflit avec la capacité des travailleurs de consommer à un niveau suffisant la quantité toujours croissante de biens produits.

En outre, les avancées technologiques permettent au Capital de produire à des niveaux d'efficacité toujours plus élevés et avec de moins en moins de travailleurs et, par extension logique, de moins en moins de consommateurs. En conséquences, ainsi que Marx l'a expliqué, il y a "une tension constante entre la taille restreinte de la consommation sur une base capitaliste et une production qui s'efforce constamment de surmonter ces barrières immanentes", et le résultat est "la surproduction, la contradiction du Capital développé".

La pénurie d'emplois a forcé les gens à s'engager dans une lutte désespérée pour leur survie économique dans les villes, ce qui a contribué à accroitre la criminalité et  le nombre d'actes de violences, ce que Davis a appelé " la violence quotidienne de l'exclusion économique"."

 

 

Concurrence libre et faussée

 

"On ne peut réduire la cause de la souffrance immense qui résulte de la faim à une simple pénurie alimentaire mondiale ou à la surpopulation. Cette souffrance est avant tout la conséquence directe des politiques néolibérales qui entraîne une répartition inégale de l'offre mondiale de nourriture. Les nations africaines ont été obligées de suivre la même voie que la plupart des pays du Sud. Elles ont, malgré elles, donné la priorité aux cultures d'exportation aux dépens des culture destinées à la consommation intérieure. Cette politique a provoqué une insécurité alimentaire massive et la prolifération du nombre d'affamés. Au milieu des années 1960, en pleine période de décolonisation,  l'Afrique était un exportateur net de denrées alimentaires. L'une des raisons de cette inversion spectaculaire est liée aux conditions d'attribution des prêts du FMI et de la Banque Mondiale, qui exige de ces pays qu'ils transforment leurs cultures pour produire des denrées non-alimentaires destinées à l'exportation, afin de générer une quantité suffisante de devises pour couvrir les intérêts de leur dette. En 1986, le ministre américain de l'agriculture, John Block, affirmait que "l'idée selon laquelle les pays en développement devraient se nourrir eux-mêmes est un anachronisme. Ces derniers assureraient mieux leur sécurité alimentaire en s'en remettant aux produits agricoles américains disponibles, dans la plupart des cas à des coûts plus bas". Block n'a pas mentionné que les produits agricoles américains étaient moins chers uniquement grâce aux subventions massives que le gouvernement des Etats-Unis accorde à ses groupes agro-industriels. Parallèlement, les conditions d'attribution des prêts du FMI et de la Banque Mondiale ne permettaient pas aux gouvernements africains de soutenir de manière analogue leur propre agriculture."

 

 

Organisation meurtrière Mondiale du Commerce

 

Le GATT, devenu Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 1995, adopta l'application de l'Accord sur les aspects des droits de la propriété intellectuelle qui touchent au commerce. Le secteur agricole indien fut donc ouvert aux semences GM et hybrides stériles brevetées par des groupes industriels comme Gargill, Mosanto et Syngenta. Ces semences devaient être rachetées chaque année. Ces groupes agro-industriels commencèrent à organiser des ateliers en Inde et dans les autres pays du Sud, pour enseigner aux petits cultivateurs la façon d'industrialiser leurs exploitations, cultiver pour l'exportation et accroître leurs rendements. De nombreux paysans se mirent donc à contracter des prêts pour couvrir les coûts des semences et les autres facteurs de production nécessaires aux cultures commerciales destinées à alimenter le marché mondial. Armés de leur nouvelle connaissance, de leurs nouveaux facteurs de production et de la promesse de revenus plus élevés, des millions de paysans ont abandonné leurs pratiques agricoles traditionnelles qui les avaient si bien servis pendant des générations, pour produire des cultures destinées à l'exportation. Selon les promoteurs de ce modèle néolibéral d'exportation - les gouvernements, les institutions internationales et les groupes agro-industriels - l'achat annuel de semences et autres facteurs de production nécessaires, comme les fertilisants et les pesticides, ne constituerait pas un fardeau financier car les paysans gagneraient des revenus supérieurs grâce à l'augmentation des rendements.

Mais cette promesse d'augmentation des rendements et des revenus ne s'est pas matérialisée. En Inde, on avait annoncé aux paysans que les semences de coton biotechnologiques permettraient de récolter 750 kilos à l'hectare. Or, la plupart d'entre eux n'ont obtenu que 100 kilos à l'hectare. Au lieu de bénéficier de l'augmentation prévue de 5000 roupies à l'hectare, de nombreux agriculteurs en perdaient 3000.

Les cultivateurs furent alors obligés d'emprunter encore plus pour couvrir leurs pertes et acheter les nouvelles semences pour l'année suivante, initiant ainsi une spirale infernale qui les conduisit à s'endetter plus lourdement chaque année.

Selon le gouvernement indien, entre 1997 et 2009, quelques 216500 paysans indiens se sont suicidés.