Le capitalisme malade de sa monnaie

Edouard Husson et Norman Palma

 

Le Dollar

 

Jacques Rueff a dit un jour : "Choisissez l'ordre monétaire ou vous aurez l'esclavage". La formule devrait être précisée : "Choisissez le bon gouvernement monétaire ou vous aurez l'esclavage". En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes bien dans un ordre monétaire, celui de l'étalon dollar. Mais cet ordre est particulièrement asymétrique, car il implique le privilège exorbitant du pays qui détient, par là même, le droit d'acheter les biens et les services du monde avec du simple papier. Or, ce sont les automatismes du système de l'offre et de la demande, de la loi quantitative, qui poussent ce système vers sa propre fin. Mais, pour la conscience dominante, il n'y a d'autres solution que d'assurer la permanence et la continuité de cet ordre, quel que soit le prix à payer ; même si c'est au prix de la liberté et du bonheur des autres nations.

 

 

Abolition des barrières douanières

 

Il n'est pas difficile de comprendre qu'il s'agit de l'axe principal du néolibéralisme au niveau du marché international. Les pays riches pratiquent le protectionnisme, tandis que les pays pauvres doivent fonctionner en libre échange. Cela dit, il convient de remarquer que cette politique ne se réduit pas simplement à l'existence ou à la non-existence de barrières douanières. Car, comme nous l'avons dit, les pays riches pratiquent aussi le dumping, c'est-à-dire les subventions à la production et aux exportations agricoles. De sorte que les pays dits du Tiers-monde sont obligés, à cause de l'absence de fiscalité douanière, de taxer de plus en plus leurs propres exportations. Ainsi, les pays riches subventionnent fortement leurs productions et leurs exportations agricoles, tandis que les pays pauvres taxent les exportations.

Dans le cas du coton, on fait souvent la comparaison entre les Etats-Unis et l'Afrique francophone de l'Ouest. Les Etats-Unis, sont, en effet, de loin le premier producteur et exportateur de coton du monde, tandis que l'Afrique de l'Ouest, de la zone franc CFA, en est la deuxième. Le fait est qu'environ dix millions de personnes vivent de l'or blanc en Afrique de l'Ouest et subissent non seulement l'effet de quelques "4 milliards de dollars versés par Washington à ses 25000 producteurs américains", mais aussi de la dépréciation du billet vert. Le franc CFA est en parité pure avec l'Euro de sorte que la dépréciation du billet vert a rendu les produits de cette zone monétaire moins compétitifs que ceux de l'espace dollar, comme l'Amérique Latine par exemple.