Le capitalisme de la séduction

Michel Clouscard

 

Gauche - Droite

 

  "Il s'agit, pour les deux camps, de casser la société traditionnelle selon une division du travail stratégique. Selon un système d'échanges. Chaque partie offre à l'autre des services et reçoit sa récompense. C'est une nouvelle économie humaine. Elle révèle les fondements "spirituels" de la civilisation capitaliste.

La nouvelle gauche -celle de la modernité- a offert :

1. Le discours contestataire du pouvoir traditionnel.

2.  Le nouveau modèle d'usage des objets.

En échange, elle a reçu :

1. L'institutionnalisation de la libéralisation des moeurs, jusqu'à la société permissive.

2. Les pleins pouvoirs administratifs.

 

La nouvelle droite a offert :

1. L'appareil infrastructural de production technocratique et étatique.

2. Les objets fabriqués de la consommation mondaine et de la société des loisirs.

En échange, elle a reçu :

1. La gestion de la crise par la nouvelle gauche : reconduction de l'austérité imposée aux travailleurs (productivisme, inflation, chômage).

2. Le détournement de la révolution technologique et scientifique par ceux-là même qui avaient mission d'en faire profiter les voyageurs."

 

 

Le capitalisme

 

     "En un peu moins d'une génération, un peu plus d'une décade, ce mode de production capitaliste a totalement modifié la vie quotidienne, le genre de vie, la qualité de vie. L'urbanisme sauvage, la cité-dortoir sont le résultat d'un formidable déplacement de population. Avec, comme corollaire, la désertification des campagnes.

Aussi, les temporalités traditionnelles -celles qui autorisaient le rythme villageois de la société préindustrielle et qui s'étaient maintenues même sous le capitalisme concurrentiel libéral- ont été totalement liquidées. Naguère, le temps de travail et le temps de non travail s'organisait autour de la cellule familiale. Et celle-ci dans la communauté villageoise. Le temps de loisir n'existait pas en tant que tel : les temporalités de la famille et de la communauté l'impliquaient, le contenaient, l'organisaient. [...]

C'était une existence au rythme lent, compassé, rural. Celle d'un mode de production précapitaliste. Les temporalités ne se bousculaient pas, ne se disputaient pas le temps. C'était un moment où le temps ne courait pas après lui-même. Où le temps avait le temps. Où l'on prenait son temps.

 

"Pour substituer au rythme rural le productivisme généralisé, l'exploitation capitaliste a désintégré la cellule familiale. C'est le lieu de l'emploi et non plus le lieu d'origine qui fixe la famille, maintenant. Une extraordinaire diaspora des régions recouvre l'hexagone."

 

"Ce qui fait le nouveau rythme social ne dispose plus de l'unité organique famille/village, d'une temporalité apaisant, de longue durée, lente, équilibrée. A la place, deux systèmes spatio-temporels : le temps de travail et le temps de loisir. Et entre les deux, ce monstrueux cancer spatiotemporel : le temps de transport."

 

"La pharmacopée occidentale a volé au secours de l'animation machinale : elle est devenue l'industrie de la drogue. De même que le capitalisme fabrique la pollution et l'industrie antipollutive, il fabrique la pathologie mentale et ses remèdes. C'est encore une double source de profits, pour les monopoles."