La République des censeurs

Jean Bricmont (2014)

 

 

Associations communautaires

 

"Le problème posé par la loi Pelven (1972) est sérieusement aggravé du fait que cette loi reconnaît à toute association qui se propose, "par ses statuts, de combattre le racisme" et est "déclaré depuis cinq ans au moins", le droit de se constituer partie civile dans tout procès relié à cette loi. Cette loi est loin de faire l'unanimité parmi les spécialistes, même plusieurs décennies après son adoption. La juriste Anne-Marie Le Pourhiet qualifiait en 2005 ces associations, privilégiées par la loi Pelven, "d'associations vindicatives et sectaires" et écrivait que le terrorisme de ces croisés de l'hygiénisme mental consiste désormais à qualifier de phobie (homophobie, lesbophobie, handiphobie, islamophobie, judéophobie, mélanophobie, etc.) toute expression d'une opinion contraire à leurs prétentions ou revendications." Elle n'en demandait pas moins qu'"une remise à plat de l'arsenal répressif accumulé depuis la loi Pelven de 1972 et un retour aux principes initiaux et libéraux de la loi de 1881 sur la presse".

 

"Il est inévitable que chaque communauté voie ses souffrances à elle, passées ou présentes, comme insuffisamment reconnues et considère que sa propre identité est la plus "malheureuse" de toutes. Mais pour éviter l'aggravation de ces conflits, il faudrait que l'Etat adopte la même attitude de neutralité face aux conflits identitaires que celle qu'il adopte face aux conflits religieux.

Que des associations faisant partie de la société civile ou des penseurs considèrent que leur "devoir" est de mettre en avant la mémoire de certains faits historiques est leur droit le plus strict. Mais les choses deviennent plus délicates lorsque l'Etat s'en mêle. Dans la mesure où certains événements historiques ou une certaine mémoire sont officiellement sacralisés, l'Etat ne perd-il pas en neutralité dans le conflit des identités ? Or les lois pénalisant la négation de certains événements historiques ne conduisent-elles pas à une façon de sacraliser ces événements ? Les lois réprimant "l'incitation à la haine raciale" sont inapplicables de façon impartiale et amène nécessairement chaque communauté à se voir désavantagée par rapport à d'autres. Qu'il soit possible à certaines associations, en général subventionnées par des deniers publics, de traîner en justice qui bon leur semble (souvent sous des prétextes discutables) entre également en contradiction avec cette neutralité souhaitable.