La plus belle histoire du monde

H. Reeves - J. De Rosnay - Y. Coppens - D. Simmonnet

 

L'Univers

 

      "La science cherche à comprendre le monde. Les religions (et les philosophies), elles, se sont généralement assignées pour mission de donner un sens à la vie. Elles peuvent s'éclairer mutuellement à condition de rester chacune sur son territoire. Chaque fois que l'Eglise a essayé d'imposer son explication du monde, il y a eu conflit. Rappelons-nous Galilée, qui disait à ses adversaires théologiens : "Dites-nous comment on va au ciel, et laissez-nous vous dire comment va le ciel." Et rappelons-nous l'opposition des ecclésiastiques aux théories darwiniennes. La science s'intéresse aux faits visibles et perceptibles. Elle ne permet pas d'interpréter ce qu'il y a "au-delà" du visible. Contrairement à une opinion répandue, elle n'élimine pas Dieu. Elle ne peut prouver ni son existence ni son inexistence. Ce discours lui est étranger." 

  

     "Lucrèce, philosophe romain du 1er siècle avant Jésus-Christ, affirmait que l'univers était encore dans sa jeunesse. Pourquoi avait-il cette conviction très en avance sur son époque ? Il suivait un raisonnement astucieux. Depuis mon enfance, se disait-il, j'ai constaté que les techniques se sont perfectionnées autour de moi. On a amélioré les voilures de nos bateaux, on a inventé des armes de plus en plus efficaces, on a fabriqué des instruments de musique de plus en plus raffinés... Si l'Univers était éternel, tous ces progrès auraient eu le temps de se réaliser cent fois, mille fois, un million de fois ! Je devrais donc vivre dans un monde achevé, qui ne change plus. Puisque, au cours des quelques années de mon existence, j'ai pu voir autant d'améliorations, c'est donc bien que le monde n'existe pas depuis toujours..."     

  

     "A la naissance de la Terre, il y a 4,5 milliards d'années, les conditions ne sont guère favorables. La température du sol est trop élevée. Le bombardement de météorites et de comètes est d'une extrême violence. Les études de la comète de Halley, lors de son dernier passage en 1986, ont montré la présence d'une quantité importante d'hydrocarbures. Les collisions du premier milliard d'années ont vraisemblablement apporté à la surface terrestre, en plus de l'eau, une quantité importante de molécules complexes. Ces comètes, considérées dans les siècles passés comme annonciatrices de mort et de destruction, ont probablement joué un rôle bénéfique dans l'apparition de la vie. Moins de 1 milliard d'années après la naissance de la Terre, l'océan foisonnera d'organismes vivants dont les premières algues bleues."

  

      "Si l'on ramène les 4,5 milliard d'années de notre planète à une seule journée, en supposant que celle-ci soit apparue à  0 heure, alors la vie naît vers 5 heures du matin et se développe pendant toute la journée. Vers 20 heures seulement viennent les premiers mollusques. Puis, à 23 heures, les dinosaures qui disparaissent à 23h40, laissant le champ libre à l'évolution rapide des mammifères. Nos ancêtres ne surgissent que dans les 5 dernières minutes avant 24 heures et voient leur cerveau doubler de volume dans la toute dernière minute. La révolution industrielle n'a commencé que depuis un centième de secondes."

 

 

la probabilité de vie sur terre

 

     "Considérons un soldat qui nous raconte un récit de guerre extraordinaire. Il était dans un appartement, un missile est tombé sur l'immeuble, il a été protégé par un lit. Au cours d'une mission, il a sauté en parachute, celui-ci s'est mis en vrille, mais notre homme est tombé dans un marécage qui a amorti sa chute. Si son histoire paraît inouïe, c'est tout simplement par ce qu'il est là pour nous la raconter. Il y a eu des millions d'histoires de soldats qui se sont, elles, terminées tragiquement mais, bien sûr,  ces derniers ne sont plus là pour les raconter. La vie c'est comme ça. Si elle nous paraît résulter d'une suite de coïncidences, c'est parce que nous oublions les millions de pistes qui n'ont pas abouti. Notre histoire est le seul récit que nous pouvons reconstituer. Voilà pourquoi elle nous semble si extraordinaire."

 

 

De la mer à la terre

 

     "Il y a des millions d'années, dans les océans, les espèces pullulent. La compétition règne. Il devient avantageux de s'aventurer sur la terre ferme pour y trouver la nourriture, tout en revenant dans l'océan pour y pondre ses oeufs. C'est un poisson bizarre nommé ichtyostéga qui a sans doute expérimenté cette formule le premier. Il possède de grosses nageoires, vit dans des petites lagunes et sort de temps en temps ses yeux globuleux hors de l'eau pour percevoir les petits insectes. Au fil des générations, les descendants de cette espèce se risquent plus longtemps sur la terre ferme, grâce à leurs branchies capables de capter l'oxygène de l'air, mais aussi grâce à leurs larmes : ils doivent en effet conserver leurs yeux humides pour voir aussi bien dans l'air que dans l'eau. Par sélection successives, l'espèce s'améliore : ses nageoires deviennent plus solides, une queue apparaît. Ses descendants seront les bactériens et les amphibiens. Nous ne serions pas là si ce poisson n'avait pas eu de larmes !"

 

 

Les dinosaures

 

"Les dinosaures disparaissent il y a 5 millions d'années. A la fin du Jurassique, une énorme météorite de 5 kilomètres de diamètres tombe dans le golfe du Mexique, près du Yucatan. Le choc est tel qu'il est répercuté de l'autre côté de la planète et provoque une résurgence du magma. Ce double bang crée un incendie mondial, les forêts s'embrasent, libèrent du gaz carbonique et des poussières qui recouvrent la Terre d'un immense voile. La planète s'obscurcit, un froid terrible en résulte, avec probablement par la suite, un effet de serre qui conduit à un réchauffement.

Seules quelques espèces survivent comme les lémuriens, qui sont mobiles, adaptables, munis de mains préhensibles. Ils se réfugient dans les anfractuosités des rochers et donnent naissances aux lignées qui conduiront aux mammifères. Ces derniers acquièrent un avantage pour assurer la survie de leur descendance : le fait de porter l'oeuf à l'intérieur de soi protège bien davantage que s'il est à l'extérieur."

 

 

Intelligence des végétaux

    

"Quand ils sont en présence d'animaux prédateurs qui veulent manger leur branches basses, certains arbres émettent des produits volatiles qui, transportés d'arbre en arbre, modifient la production de protéines et donnent aux feuilles un goût désagréable. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il faut parler à ses plantes d'appartement !"

 

 

L'Homme

 

     "L'homme ne descend pas du singe mais d'un singe. Il est issu d'une espèce qui fut l'ancêtre commun des deux lignées, celle des singes supérieurs d'Afrique d'une part, celle des pré-humains puis des humains d'autre part.

L'homme n'est donc un singe au sens large que du point de vue de son "rangement" dans la classification animale ; sa spécificité est précisément d'avoir réussi à dépasser cette simple condition. Nous ne pouvons pas ignorer notre filiation : nous la portons dans notre propre corps."

   

     "Il y a 7 millions d'années, notre ancêtre lointain vit dans l'épaisse forêt qui couvre tout le territoire africain quand survient un évènement géologique : la vallée du Rift s'éffondre, certains de ses bords remontent, en formant peu à peu un véritable mur. Cette faille est gigantesque : elle parcourt toute l'Afrique de l'Est jusqu'à la mer Rouge, puis le Jourdain, et s'achève en Méditerranée : 6000 kilomètres au total, plus de 4000 mètres de profondeur dans le lac Tanganyika.

Le climat en est bouleversé : les pluies continuent à arroser l'Ouest, mais de moins en moins l'Est. De ce côté-là, les paléontologues le confirment, la forêt régresse, la flore se transforme. On peut voir par exemple aujourd'hui un phénomène semblable, en miniature, dans l'île de la Réunion : des collines séparent l'Est et l'Ouest ; il pleut souvent d'un côté ; de l'autre, la région est sèche. Les cultures sont très différentes.

Ceux qui sont restés à l'Ouest de la fracture continuent à vivre leur vie arboricole, mais ceux qui se trouvent isolés à l'Est sont confrontés à la savane, puis à la steppe. Ce partage en deux environnements a pu susciter au fil des générations deux évolutions différentes : ceux de l'Ouest ont donné les singes actuels, les gorilles et les chimpanzés. Ceux de l'Est, les pré-humains puis les humains."

 

     "L'homme de Cro-Magnon c'est l'homme moderne. Il possède un squelette gracile, un cerveau développé, qui lui permet de développer encore un peu plus sa pensée symbolique. Il va finir par coloniser la planète : il pousse de tous les côtés, il envahit l'Amérique en passant par le détroit de Béring qui était émergé, 100 000 ans avant Christophe Colomb. Et se rend même en Australie, sur des radeaux, dès 60 000 ans au moins. C'est cette population particulaire de Cro-Magnon, en Europe, qui va faire en effet ce qu'elle n'avait pas fait en Asie et en Afrique : à partir de 40 000 ans, elle projette son imaginaire en dessinant sur des objets et des parois."