La marche irrésistible du nouvel ordre mondial

Pierre Hillard

 

Le mondialisme

 

"Toutes les époques ont eu leur idéologie. Cependant, il en existe une qui surnage et perdure sur le fond d'idéal religieux : le mondialisme. Tout d'abord, il faut distinguer cette idéologie du fait purement historique : la mondialisation. Cette dernière n'exprime que l'exigence d'échanges économiques, culturels, ou encore d'information entre collectivités humaines. Le phénomène a toujours existé. Il n'a fait que prendre une accélération considérable, depuis la révolution industrielle puis de l'informatique, facilitant les échanges et les déplacements. En se projetant dans l'avenir, on peut aisément imaginer la création de colonies humaines sur de nombreuses planètes entraînant des échanges multiples. Il sera alors possible d'évoquer l'existence d'une mondialisation interplanétaire. Il en va autrement avec le mondialisme qui est plus qu'une idéologie ; c'est une mystique. Cette spiritualité globale se caractérise essentiellement par la volonté de soustraire l'autorité politique des Etats au profit d'entités supranationales et de faire disparaître les frontières en faveur d'une "région monde" où l'humanité constituerait une sorte de grande tribu mondiale assujettie, en d'autres termes, la Cité de l'Homme. Cette expression n'est pas une vue de l'esprit. Elle anime les réflexions de nombreux penseurs panthéistes soucieux de porter la lumière de cet idéal. [...]

Ce mondialisme s'est retrouvé dans des courants apparemment aussi divers que le libéralisme et le marxisme. En fait, par des voies différentes et même en entretenant des liens de coopération derrière une façade d'opposition, ces promoteurs ont toujours à l'esprit la disparition des Nations parce que, à la base, ce sont des internationalistes. La chute du mur de Berlin a été un accélérateur d'un processus poursuivi depuis longtemps. Il s'agit de créer de grand bloc géo-économiques standardisés européens, nord-américains, sud-américains, asiatiques,...au sein desquels les nations seront broyées et dont la réunion constituera l'armature générale d'une gouvernance mondiale. Comme le rappelle Jacques Attali dans son ouvrage Dictionnaire du XXIème siècle : "Après la mise en place d'institutions continentales européennes, apparaîtra peut-être l'urgente nécessité d'un gouvernement mondial". Ainsi, ces blocs corsetés par la même idéologie et dont les populations auront au préalable les structures mentales alignées sur les critères édictés au sommet accoucheront d'une humanité unie, interchangeable et nomade. Cependant, l'aboutissement de ces ambitions longtemps prophétisées se doit de passer par des étapes bouleversant les structures politico-économiques des sociétés, accompagnées de conséquences militaires. Dans ces évènements, la vie humaine comptera peu."

 

 

 

Pétrole - 1er Guerre mondiale - Ex Yougoslavie

 

 "Une caractéristique relie le bloc européen et le bloc musulman. Nous avons évoqué le cas du "Bagdad-Bahn". Il s'agissait pour le IIe Reich de construire une longue voie ferrée qui, tel un long cordon ombilical, partait de Hambourg pour atteindre l'actuel Koweït. Le contrôle de la production et de l'acheminement du pétrole se faisait au profit de Berlin. Dans cette affaire, la thalassocratie anglaise était la grande perdante. Avant le choc décisif de 1914, toute une série de guerres soutenues en sous-main par l'Angleterre secouait les Balkans. La Serbie était le talon d'Achille de l'Allemagne car la jonction du Bagdad-Bahn entre l'Europe et le monde musulman se faisait dans une zone géographique échappant à l'autorité de Berlin. Londres s'appuyait sur cette faiblesse pour bloquer, du moins ralentir, le projet allemand. La guerre de 1914-1918 fut l'action déterminante permettant à l'Angleterre de mettre à bas le projet allemand.

En mars 1999, l'OTAN attaquait et détruisait la Yougoslavie. Peu de personnes ont compris que nous repassions sur le chemin de Sarajevo de 1914. En effet, au début de la décennie 1990, les entités fédérées yougoslaves slovènes et croates proclament leur indépendance avec le soutien de l'Allemagne, en particulier de son ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher. Il est vrai que Berlin soutient ces mouvements séparatistes entre autre les Albanais du Kossovo. La destruction de la Yougoslavie de Milosevic est due au refus de ce dernier de se plier aux injonctions de l'Union européenne, de l'OTAN et des Etats-Unis, afin de favoriser le passage d'oléoducs et de gazoducs en provenance du Proche-Orient et du Caucase (Bakou) avec présence militaire américaine...bref, de rentrer dans le moule. La Serbie yougoslave représente la jointure entre l'Europe et le Proche et le Moyen-Orient en matière de connexions des hydrocarbures au même titre que la Serbie de 1914 représentait le point d'accroche permettant au Bagdad-Bahn de relier le Proche et Moyen-Orient aux territoires centraux européens dominés par l'Allemagne de Guillaume II. L'écrasement de la Serbie a permis la réalisation des projets euromondialistes avec mise en place d'une énorme base américaine, véritable vigie de surveillance du trafic des oléoducs et gazoducs (corridors énergétiques) et de contrôle de la zone, nommée Bondsteel."

 

 

Le fédéralisme

 

"La décentralisation/régionalisation lancée par le gouvernement Raffarin en 2002 ouvre la voie à l'émancipation politique et financière des régions. En 2003, l'Alsace a obtenu le privilège de gérer les Fonds structurels directement avec Bruxelles sans passer par l'autorité de l'Etat français, c'est à dire par l'intermédiaire des préfets. Désormais, l'interlocuteur direct du Conseil Régional Alsacien, dans cette affaire de gros sous, est l'autorité supranationale de Bruxelles. D'une certaine manière, la France a perdu l'Alsace même si, théoriquement, cette région reste officiellement dans le cadre national. N'oublions pas que la coopération transfrontalière, dont le but officiel est de transformer les frontières nationales en frontières administratives, conduit progressivement à fusionner l'Alsace avec le pays de Bade, appelés à constituer une eurorégion rhénane. [...] Actuellement, nous assistons au transfert de plus en plus massif de prérogatives aux régions, traitant de plus en plus avec les autorités supranationales de Bruxelles. A rythme, les jours de la France en tant que nation sont comptés."