La fin de la démocratie

Christophe Buffin de Chosal (2014)

 

 

" L’Etat, sous sa forme nationale ou plus encore sous la forme d’une organisation supranationale, n’est plus qu’un rouage dans la gestion des grands intérêts financiers, industriels et commerciaux du monde. Ce n’est plus dans les assemblées parlementaires ni dans les gouvernements que se prennent les grandes décisions qui affectent le sort des peuples et l’avenir des sociétés. Ces décisions sont prises à la tête des grandes puissances d’argent qui se concertent en des réunions tantôt publiques (G7, G8, G20) tantôt secrètes (Bilderberg) et qui utilisent des organes de relais tels que l’ONU, le FMI, l’OMS, l’OMC, la Banque mondiale, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne, etc.

 

 

 

L’opinion des électeurs n’a aucun poids et ne doit pas interférer. Il faut seulement veiller à préparer favorablement l’opinion publique par le canal des médias afin d’obtenir qu’elle accepte comme bon ou normal quelque chose qu’elle aurait instinctivement rejeté si elle n’avait pas été conditionnée."

 

Les puissances d’argent et les politiciens

 

« Certains croient que le pouvoir politique se compromet parfois avec les puissances d’argent, mais garde en définitive son indépendance. C’est une erreur. Ce sont les puissances d’argent qui ont le dernier mot et la compromission des partis politiques est constante la raison en est d’abord structurelle. Le pouvoir politique est faible parce que ses mandats sont courts, sans cesse à renouveler, toujours incertains. Ils ne s’exercent que dans les limites nationales. La classe politique, même si elle est sûre d’arriver au pouvoir, ne sait cependant pas dans quelle proportion ce pouvoir sera distribué entre les partis qui la composent.

 

Aucun politicien ne peut être sûr que son mandat sera renouvelé. De plus, les politiciens sont très sensibles à leur image et un faux pas, une révélation faite sur leur corruption et leurs fraudes peuvent leur être fatals. Face à cette faiblesse, les puissances d’argent ont pour elles la continuité dans le temps et le grand avantage de ne pas être arrêtées par les frontières politiques. C’est pour cela que les grands groupes internationaux sont si puissants. S’ils rencontrent un obstacle dans un pays, ils se tournent vers un autre. Ils marchandent leur présence ou leur départ ce qui signifie pour les populations emploi ou chômage. Les puissances d’argent possèdent très souvent les médias et, par ce moyen, peuvent jouer un rôle décisif sur l’opinion publique dont les politiciens dépendent. Comme leur chiffre d’affaire est parfois supérieur au PIB des Etats démocratiques, elles n’ont pas de peine à mettre ces derniers dans une position vulnérable. »

 

 

Organisation politique de l’Ancien régime

 

« Sous l’Ancien Régime, le peuple n’était pas souverain ni prétendu tel. La souveraineté s’incarnait dans le monarque qui régnait et gouvernait. Le monarque était un véritable souverain dans la mesure où il n’était pas divisé contre lui-même ni pris à partie dans des querelles d’intérêt. Il était superanus, souverain, c’est-à-dire au-dessus de la société organisée et donc libre dans ses décisions. Pour autant, le peuple n’était pas absent. Le peuple était représenté dans les états, ces corps représentatifs convoqués par province ou par généralité, et que l’on retrouvait sous des formes diverses dans toute l’Europe.

 

Les états n’étaient pas et ne voulaient pas être des corps représentatifs démocratiques. Ils ne représentaient pas des individus mais des intérêts liés à des ordres (clergé, noblesse, bourgeoisie et paysannerie). Toute la structure organique de l’Ancien Régime repose non pas sur l’individu mais sur des corps et des ordres, munis

 

 

de privilèges et habilités à défendre leurs intérêts propres. C’était l’un des contrepoids de la monarchie. La monarchie sans les corps et les ordres devenait tyrannie ; les corps et les ordres sans la monarchie engendraient le chaos, la guerre civile et bientôt la tyrannie d’une oligarchie ou d’un seul homme.

 

Le réalisme de l’Ancien Régime tenait en ceci qu’on n’attendait pas du peuple qu’il gouverne ni même qu’il conseille le gouvernement. On attendait de lui que, de façon organisée, il représente ses intérêts. Le peuple n’était certes consulté que sur ces derniers. Mais au moins, sur ses intérêts, il ne disait rien d’insensé car c’était ce qu’il connaissait le mieux. On consultait les corporations sur leurs intérêts professionnels et le clergé sur ses intérêts liés au culte ou aux œuvres. Les états généraux de 1614 – les derniers convoqués en France avant 1789 – sont très éclairants sur la façon dont les intérêts étaient défendus.

 

C’est alors que la bourgeoisie revendiqua de continuer à payer la taille à condition que l’accès aux professions demeure interdit à la noblesse.

 

Face à ces intérêts disparates, souvent complémentaires et parfois opposés, il fallait toute la liberté et toute la puissance de la monarchie pour maintenir la paix et la cohésion du corps social. Une monarchie faible, comme en Angleterre, sue fût soumise aux intérêts d’une classe plus puissante au détriment des intérêts des autres classes.

 

Une monarchie forte pouvait, après avoir écouté les uns et les autres, imposer la décision qui servait le mieux le bien commun même contre certains intérêts particuliers. Une telle monarchie jouait le rôle de l’arbitre entre les factions, un rôle qui n’existe pas en démocratie puisque le gouvernement y est lui-même issu des factions. »

 

  

Révolution française

 

« La conception organique de la société a été abolie lors de la révolution française. Les corps et les ordres ont été supprimés, les privilèges abolis, et tout ce qui permettait au peuple de  se  prémunir

contre le pouvoir de l’Etat a été banni au nom de la liberté. Qu’a-t-on donné au peuple en échange ? La souveraineté. On lui a fait la promesse mensongère qu’il n’aurait plus besoin de se défendre contre l’Etat puisqu’il était lui-même l’Etat. Mais si un peuple organisé en corps et en ordres est incapable d’exercer la souveraineté, combien plus encore un peuple qui n’est qu’une masse informe d’individus est incapable d’être souverain !

 

Cette incapacité du peuple démocratique était voulue et planifiée. Un peuple incapable d’exercer le pouvoir sur lui-même est condamné à confier son sort à ses représentants, les partis politiques, qui seront dorénavant les véritables souverains. Ils exerceront le pouvoir, légitimés par les élections, sur un peuple inorganisé, sans défenses naturelles face au pouvoir de l’Etat. »