JFK, 11 septembre 50 ans de manipulations

Laurent Guyénot

 

Manipulation mentale

 

"Le mystère Sirhan s'est éclairci dans les années 1970, avec les révélations de la Commission Church et la déclassification de plus de 18000 pages de documents CIA. Il apparut que l'Agence [la CIA] avait initié en 1950-51 plusieurs programmes d'expérimentation en manipulation mentale, sous des noms tels que Bluebird ou Artichoke. En 1953, durant la guerre de Corée, ces programmes furent intégrés dans le projet MKULTRA (pour Mind Kontrolle ultra-secret), dirigé depuis le Technical Sevice Staff. Ce projet incluait l'expérimentation de drogues, hypnose, électrochocs et implants d'électrodes dans le cerveau.

La légitimation officielle de ce programme inspiré par les docteurs nazis était de percer le mystère du "lavage de cerveau" prétendument pratiqué par les communistes, et ainsi obtenir, selon les termes d'un mémorandum de Helms adressé à Dulles le 3 avril 1953, "une connaissance approfondie du potentiel théorique de l'ennemi, afin d'acquérir la capacité de nous défendre contre un ennemi qui a peut-être moins de retenu que nous dans l'usage de ces techniques". Autrement dit : vaincre l'ennemi par les moyens diabolique dont on l'imagine capable. En Allemagne, au Japon, en Corée et plus tard au Vietnam, le docteur Sidney Gottlieb et ses associés expérimentèrent sur des prisonniers ces techniques d'interrogatoire combinées avec des tortures classiques. Sur le territoire national, Gottlieb associa secrètement à sa recherche 3 institutions pénitentiaires, 12 hôpitaux, 15 instituts ou compagnies harmaceutiques et 44 universités. De nombreux prisonniers, patients et étudiants servirent notamment de cobayes pour des expériences au LSD, une molécule récemment mise au point par les laboratoires Sandoz en Suisse, et dont la diffusion sur les campus dans les années 60 doit beaucoup à la CIA.

Avec la protection et le financement de la CIA, le docteur Ewen Cameron, psychiatre renommé (président de l'Américan Psychiatric Association), se livra dans sa clinique de Montréal à des expériences ayant pour but d'effacer totalement la personnalité humaine de ses patients pour la reprogrammer.

 

 

Lobby

 

"Son soutien au sionisme n'assura pas seulement à Truman [Président des Etats-Unis de 1945 à 1953] une place dans l'histoire sacrée du peuple juif, tel un nouveau Cyrus ; il lui rapporta également deux millions de dollars pour relancer sa campagne, si l'on en croit un jeune journaliste bien informé de l'époque, du nom de John Kennedy.

John Kennedy reçut lui aussi une offre d'aide financière du lobby pro israélien, durant sa campagne présidentielle de 1960. Il résuma ainsi, à son ami journaliste Charles Bartlett, la proposition que lui fit le mécène Abraham Feinberg : "Nous savons que votre campagne est en difficulté. Nous sommes prêts à payer vos notes si vous nous laissez le contrôle de votre politique au Moyen-Orient." Kennedy se promit, se souvient Bartlett, que, "si jamais il devenait président, il ferait quelque chose pour changer ça". En 1962-63, il soumit sept projets de loi pour réformer le financement des campagnes électorales du Congrès ; toutes furent combattues avec succès par les groupes d'influence qu'elles visaient.

Parallèlement, avec l'appui de l'Attorney General Robert Kennedy, le sénateur William Fulbright, chairman du Committee on Foreign Relations, conduisit un audit sur "un nombre croissant d'incidents impliquant des tentatives par des gouvernements étrangers, ou leurs agents, pour influencer la politique étrangère américaine hors des canaux diplomatiques normaux". La commission sénatoriale exigea qu'en vertu de son financement par l'Etat d'Israël, l'American Zionist Council soit enregistré comme "agent étranger" et soumis aux obligations définies par le Foreign Agent Registration Act de 1938. L'enquête fut stoppée nette par l'assassinat de Kennedy. L'American Zionist Council échappa au statut d'agent étranger en se renommant American Israël Public Affair Committee (AIPAC)."

 

 

Surprise d'Octobre

 

On désigne par "surprise d'Octobre" tout coup de théâtre survenant juste avant les élections présidentielles américaines (en novembre), susceptible de faire basculer les électeurs indécis dans un camp ou dans l'autre.

La surprise qui aurait dû faire gagner le président sortant et Démocrate Carter était la libération de 52 otages capturés dans l'ambassade américaine de Téhéran un an auparavant en représailles de la décision des Etats-Unis d'accueillir le Chah d'Iran fuyant la révolution islamique. Les négociations venaient d'aboutir et la libération des otages étaient imminentes. Mais en octobre 1980, un arrangement secret fut conclu entre les Iraniens et une équipe de Républicains incluant George Bush et Robert Gates, par l'intermédiaire d'un officier du renseignement israélien nommé Ari Ben-Menashe qui organisa une réunion à Paris. Comme l'avait fait Nixon avec le Sud-Vietnam en 1968, les Républicains surenchérirent sur les concessions de Carter à l'Iran, et obtinrent que la libération des otages soit retardée en échange de ventes illégales et secrètes d'armes. Carter perdit les élections et les otages furent libérés le 21 janvier 1981, le jour même de l'investiture du Républicain Reagan (dont George bush fut le vice-président) assurant à ce dernier un surcroit d'état de grâce.