Génocide et propagande

Edward S. Herman et David Peterson

 

Propagande

 

  Pour Noam Chomsky et Edward S. Herman, dans une étude "Counter-Revolutionary Violence", le fait que les Etats-Unis "de par leur position dominante et leur engagement contre révolutionnaire radical et planétaire, [soient] devenus le principal instigateur, administrateur et soutient moral et matériel de véritables bains de sang depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale" était une évidence indéniable et immédiatement démontrable. Il leur semblait également évident et démontrable que les responsables politiques américains forts du soutien des médias et des intellectuels de l'Establishment, pouvaient aller jusqu'à "planifier et provoquer des atrocités" accompagnées alors d'un flot de propagande à seule fin de détourner l'attention du public des violences organisées et avalisées par les Etats-Unis en se focalisant sur celles de leurs adversaires. On obtiendrait alors de "bons" et de "mauvais" bains de sang, les premiers étant ceux qu'il serait préférable de passer sous silence et les seconds ceux qui devront polariser l'attention et soulever l'indignation.

 

 

Deux poids, deux mesures

 

 « Archétype du massacre du XXIe siècle, le conflit du Darfour a été si efficacement présenté comme un « génocide » que dans son rapport de décembre 2008, la Genocide Prevention Task Force désignait le « prodigieux niveau d’engagement public dans la crise du Darfour » comme la meilleur des recettes pour « s’assurer un soutien unanime et permanent pour la prévention des génocides et des atrocités de masse » - en d’autres termes, la manière dont l’establishment américain a géré la crise du Soudan devrait servir de modèle pour montrer la meilleur façon de médiatiser un conflit estampillé d’office comme « génocide » afin de mobiliser l’élite et l’opinion publique en faveur d’une intervention militaire contre l’Etat incriminé.

  

Pourtant, durant seulement le double d’années, une crise que les chercheurs les plus renommés dans ce domaine appelèrent «  le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondial » faisait près de 20 fois plus de morts en République démocratique du Congo (RDC), soit environ 5,5 millions entre août 1998 et avril 2007. Mais le Congo n’est pas un pays musulman et les pays qui l’exploitent sont les Etats-Unis, l’Angleterre, la France, et d’autres Etats africains alliés des grandes puissances occidentales (en particulier le Rwanda et l’Ouganda). De fait, c’est bien ce nombre infiniment plus grand de victimes congolaises qui pendant plus de dix ans est resté délibérément ignoré, tandis qu’à peine plus au nord, le Darfour devenait une « cause célèbre en Amérique » avec d’avantage d’ONG, de célébrités, d’étudiants, entre autres activités mobilisées sur Internet, et de tourisme compassionnel s’apitoyant sur le sort du Darfour, qu’il n’y en eut jamais pour aucune crise similaire de notre époque. Pour les deux auteurs américains, Steven Fake, et Kevin Funk, à l’inverse des « efforts déployés pour mettre un terme aux catastrophe humanitaires soutenues par l’Occident, comme le bain de sang irakien ou l’occupation israélienne, qui n’attirent ni le soutien financier des multinationales ni les serments compatissant du Bureau ovale », la mobilisation pour le Darfour ne cesse de croître parce qu’elle est puissamment enracinée dans des idéaux bénéfiques à l’establishment, comme une certaine «  pureté des armes » occidentales, qui dédaigne la recherche de solutions négociées et penche ouvertement pour le langage de la force, et en l’occurrence le recours à la force d’occidentaux bienveillants et autodésignés pour protéger des victimes noires de leurs agresseurs arabes et musulmans ». Au vu de telles variables, la campagne pour mettre fin au monumental bain de sang congolais peut attendre et le sang peut toujours couler à flot en Irak, en Afghanistan, au Pakistan ou en Palestine, avec d’autant moins d’interruptions. »