Europe INC.

Comment les multinationales construisent l'Europe

Collectif

 

Projet européen

 

"Dans le cadre d'une "économie de marché hautement compétitive où la concurrence est libre et non faussée" - pour reprendre la formule répétée plus de soixante fois dans le traité constitutionnel européen -, la "libre compétition" devient la seule et unique condition auxquelles toutes les autres politiques sont soumises. Le projet européen ainsi travesti devient celui d'une société de compétition et d'aliénation que l'on substitue à celui d'une société de solidarité et de liberté.

Vue sous ce jour, la construction européenne apparaît d'une toute autre nature. Ayant substitué la gouvernance à la démocratie, il ne s'agit plus d'unir les peuples d'Europe pour construire un modèle de vivre ensemble original, fondé sur une double exigence de liberté et de solidarité, mais bien plutôt d'enlever des attributions essentielles aux institutions locales pour les transférer à des niveaux de pouvoir où la volonté populaire s'efface devant la pression des groupes patronaux.

 

 

Propagande

 

      "Aussi rose que pu apparaître à l'industrie biotechnologique européenne, il restait à déterminer si les consommateurs, craignant pour leur santé ou l'environnement, allaient ou non accepter les produits génétiquement modifiés. En fait, des tempêtes de protestations éclatèrent dans plusieurs pays lorsque les produits contenant des OGM apparurent dans les rayons. Cette résistance représentait un risque mortel pour les entreprises de biotechnologies, qui doivent vendre leurs produits pour récupérer les sommes énormes investies dans le développement ou l'acquisition de leurs technologies.

C'est ici que la plus grande firme de relations publiques du monde, Burson-Marsteller  - qui se définit elle-même comme spécialiste de la "gestion d'images" -, fit son entrée. Une semaine seulement après la conclusion du sommet européen de juin 1997, Amsterdam accueillait le premier Congrès européen de la bio-industrie : EuropaBio 97.

Burson-Marsteller recommandait "une stratégie et un programme cohérents aptes à générer des perceptions et des opinions favorables au-delà du milieu des décideurs politiques". Il était expliqué que "les questions d'environnement et de santé sont, en matière de communication, de véritables traquenards pour les bio-industries européennes... Tous les résultats de nos recherches confirment que la présomption de n'obéir qu'à des motifs lucratifs détériore fatalement la crédibilité de l'industrie sur tous ces points". Par conséquent, Burson-Marsteller conseillait à l'industrie des biotechnologies d'éviter de prendre part à tout débat public sur le sujet et de laisser le soin "à ceux qui sont les plus aptes à capter la confiance publique dans ce domaine - politiciens et législateurs - de garantir au public que les produits biotechnologiques ne sont pas dangereux". En plus de rester à l'écart de ces "traquenards", Burson-Marsteller proposait de construire des images positives autour des produits obtenus par techniques génétiques en omettant de mettre l'accent sur la technologie controversée.

Toujours selon notre gestionnaire d'image, "la colère et le ressentiment public envers l'introduction sur le marché d'aliments génétiquement modifiés" proviennent "d'un sentiment d'impuissance devant ce qui est perçu comme des forces malveillantes (et étrangères) menaçant des aspects de la vie tenus pour précieux". Par conséquent, on proposait de faire naître le sentiment général que les entreprises de production alimentaire, les détaillants et les consommateurs pourraient librement choisir d'utiliser, de vendre ou d'acheter des produits génétiquement modifiés ou non. Ceci, affirmaient les grands prêtres de Burson Marsteller, "diminueraient de beaucoup le sentiment d'impuissance du public.