Eloge des frontières

Régis Debray (2010)


Diaspora

 

« Les petits-enfants en diaspora qui redécouvrent leur ascendance sont plus intolérants que ne l’étaient chez eux leurs grands-parents, dont la religion était comme une langue maternelle, qu’ils parlaient sans trop y penser. Ainsi le postmoderne, qui perd ses repères en épousant son temps, tente-t-il de se ressourcer en remontant le temps. C’est la mémoire comme rachat et rançon d’un exil plus ou moins forcé, qui jette dans les métropoles cette bombe humaine, le déboussolé hypermnésique. »


 

Frontières

 

"L'indécence de l'époque ne provient pas d'un excès, mais d'un déficit de frontières. Il n'y a plus de limites à parce qu'il n'y a plus de limite entre. Les affaires publiques et les intérêts privés. Entre le citoyen et l'individu, le nous et le moi-je. Entre l'être et son paraître. Entre la banque et le casino. Entre l'info et la pub. Entre l'école, d'un côté, les croyances et les intérêts, de l'autre. Entre l'Etat et les lobbies. Le vestiaire et la pelouse. La chambre et le bureau du chef de l'Etat..."