Des voix sous les décombres

Alexandre Soljénitsyne et autres dissidents

 

Parti politique

 

"Avant tout, la lutte politique dans une société démocratique est fortement marquée par l'esprit totalitaire, un esprit qui n'a évidemment rien à voir avec celui des pays totalitaires mais qui est cependant suffisamment accusé pour susciter l'irritation. On imagine difficilement que la multiplicité des opinions puisse tenir dans les programmes de deux ou trois grands partis. Pourtant, toute activité politique menée hors d'eux est pratiquement vouée à l'échec, faute de moyens, car ces partis constituent d'importantes organisations bureaucratiques.

L'énorme majorité des électeurs et des hommes politiques adhèrent à tel ou tel parti pour conformisme (c'est le résultat d'un vaste travail de propagande) ou par désir de faire carrière. La tyrannie de la majorité peut être d'autant plus pesante qu'elle ne dépasse la minorité que de quelque voix. Nous savons fort bien, depuis l'époque de la république athénienne, à quel point cette tyrannie peut être pénible et dangereuse."

 

 

L'idéal socialiste

 

[Ici n'est pas traité du "socialisme" du PS français aujourd'hui, qui n'a de socialiste que le nom avec sa politique libérale libertaire. Mais plutôt, d'une utopie socialise formatée par les maîtres à penser de régimes tels que celui de l'ex Union Soviétiques.]

 

"Les préceptes fondamentaux du socialisme tels que la destruction de la propriété privé, de la religion, de la famille, ont été maintes fois proclamés. En revanche, on entend parler moins souvent de cet autre précepte pourtant connu et lui aussi essentiel : l'exigence d'égalité, la suppression de toute hiérarchie au sein de la société. Dans l'idéologie socialiste, ce concept d'égalité revêt un caractère très particulier et d'une exceptionnelle importance pour la compréhension du socialisme. Dans les systèmes les plus cohérents, l'égalité est à ce point radicale qu'elle aboutit à la négation de toute différence notable entre individus : "égalité" devient alors synonyme d'"identité".

Dostoïevski, dans Les Possédés, fait une description désormais classique de la conception socialiste de l'égalité ; il s'agit de cette utopie socialiste baptisée "chigaliovisme" dont voici les grandes lignes :

La soif d'instruction est une soif aristocratique. le désir de propriété se manifeste dès qu'apparaissent la famille et l'amour. Nous tuerons ce désir. Nous développerons l'ivrognerie, la calomnie, la délation, nous plongerons les hommes dans la débauche la plus inouïe ; nous étoufferons le génie dans l'oeuf. Tout sera réduit au même commun dénominateur, ce sera l'égalité complète."

 

 

En réponse à l'impudence

 

"La conception d'une liberté illimité est apparue en liaison avec le concept erroné, nous le savons maintenant, de progrès illimité. Un progrès de cette sorte est impossible sur notre terre limitée, avec des surfaces et des ressources limitées. De toute façon, il faudra bien cesser de se bousculer et se serrer volontairement : avec la tumultueuse croissance démographique, la Terre elle-même nous y contraindra bientôt. Mais comme ce serait plus valable du point de vue spirituel, et plus facile du point de vue subjectif, si nous adoptions le principe de la modération dès avant cette échéance, par sagace restriction volontaire.

Ca ne sera pas facile à l'économie libérale de l'Occident, ce sera pour elle une vrai cassure, une complète refonte des manières de voir et des buts fixés : d'un progrès illimité passer à une économie de stabilité, qui ne connaîtra plus aucun développement territorial, ni de son volume ni de son rythme d'expansion (mais seulement en technologie, et encore seront-ce des progrès très chichement mesurés). Autrement dit, il faut renoncer à la frénésie de l'expansion extérieure, à la course effrénée  aux nouveaux marchés, tant pour les matières premières que pour l'écoulement des produits finis, renoncer à la croissance des surfaces productives, du volume de la production, à la course insensée au profit, à la publicité, au changement. Jamais encore les économies bourgeoises n'ont connu l'aiguillon de la modération, mais il y a belle lurette qu'on aurait pu le définir à partir de simples considérations morales ! Les concepts de base -propriété privée, initiative privée- sont certes innés à l'homme, nécessaires pour sa liberté personnelle et son équilibre normal, et seraient même bienfaisant pour la société si seulement... si seulement leurs usagers, dès le premier seuil de développement, savaient se modérer, s'ils n'accroissaient pas démesurément l'ampleur et l'insolence de leurs biens et de leurs gains, s'ils ne cherchaient pas à acheter le pouvoir et à soumettre la presse, et si leur démesure ne créait pas un mal social qui a suscité de si justes colères. Car c'est en réponse à l'impudence de ce de ce profit illimité que s'est développé tout le socialisme." 

 

"On découvre dans les théories socialistes des principes que les Etats socialistes se gardent bien de proclamer, du moins ouvertement. C'est ainsi que le lecteur objectif du Manifeste s'étonne  de voir la place accordée à la destruction de la famille, à l'éducation des enfants séparés de leurs parents et placés dans des établissements scolaires publics, à la communauté des femmes mariés. Nulle part dans le débat qui les oppose à leurs adversaires, les auteurs de cette proclamation ne renoncent à leurs principes ; ils démontrent au contraire qu'ils sont au-dessus des règles sur lesquelles repose la société bourgeoise de leur temps.

Actuellement, dans les courants de gauche qui, bien que socialistes, n'ont la plupart du temps rien à voir avec le marxisme, le slogan de la "révolution sexuelle", autrement dit de la destruction des rapports familiaux traditionnels, joue un rôle essentiel. Citons l'exemple frappant de l'"armée rouge", organisation trotskiste japonaise devenue célèbre à la suite d'une série d'attentats perpétrés au tout début des années 70. Les victimes en étaient le plus souvent les membres mêmes de l'organisation. Ceux-ci devaient en effet rompre tout lien avec leur famille ; l'infraction à cette règle fut la cause de nombreux meurtres. Il suffisait d'être accusé de "se conduire comme un époux" pour se voir condamné à mort. La punition du coupable était fréquemment confiée à son conjoint. Les enfants étaient enlevés à leur mère et confiée à son conjoint. Les enfants étaient enlevés à leur mère et confiés à une autre femme qui les nourrissait...