Démocratie radicale contre diktacratie

Collectif diktacratie.com (2014)


Frontière

 

     "Le premier paramètre garantissant un pouvoir égalitaire au sein d'une communauté est sa démarcation : elle cerne le lieu du pouvoir et oblige ceux qui s'y trouvent à le partager. La frontière s'entend alors comme outil de désignation, de cohésion et d'organisation. Elle exprime le droit pour un groupe d'être souverain chez lui, ce qui est la condition élémentaire de son indépendance. Cette démarcation n'isole pas du monde extérieur, elle coexiste au contraire avec d'autres territoires par le biais de la fédération, celle-ci favorisant la rencontre, l'échange, le partage et l'association.

De l'Athènes de l'Antiquité à Kronstadt en 1921, en passant par Kiev au Moyen-Age, il en a toujours été ainsi pour marquer le territoire de la démocratie. Pénétrer l'enceinte bornée, c'est être concerné par ce qui s'y passe. Les règles du lieu de vie, qu'il soit temporaire ou définitif, sont établies dans un intérêt commun à tous. Franchir la frontière, c'est signer le contrat démocratique, partager le pouvoir avec les autres. [...] Comment peut-on aujourd'hui se réclamer à la fois de la démocratie et d'un monde sans frontière qui, tel un Léviathan, intégrerait tout dans son infinie démesure ? Et n'Est-ce pas l'essence même de la mondialisation, que d'anéantir les boucliers de notre autonomie ? Boucliers qui ne font que freiner cette circulation hégémonique des valeurs morales corrompues, des capitaux travestis, des modèles de consommation nous abrutissant toujours plus. Cette mondialisation, qui n'a de cesse d'uniformiser notre servitude, ne cherche qu'à s'étendre en abolissant toutes les frontières jusqu'à sa dictature universelle."



Cumul des mandats

     

"La seule existence constitue déjà une salissure jetée à la face de la démocratie organique, celle qui nous est volée chaque jour. le simple fait de s'interroger sur la question induit une façon de l'accepter. Or, le cumul des mandats, ce n'est rien d'autre qu'une antinomie démocratique de plus, comme le système actuel sait en produire à foison.

L'éternelle argutie de façade répétée en boucle par les nantis contre les anti en témoigne : "cumuler offre un meilleur ancrage sur le terrain, une meilleure connaissance des problèmes locaux, une plus grande proximité avec les citoyens..." Imparable ! Ou presque.

Car, opposer à cette guignolade des faits réels, vérifiés et notoires ne change rien. Evoquer par exemple l'absentéisme parlementaire chronique et les conflits d'intérêts dignes d'une république bananière revient à se faire taxer de "populiste", l'insulte suprême systématiquement dégainée par les grandes têtes molles quand le sol des palais de la République vacille sous leurs pieds.

En fin de compte, au-delà du pouvoir que peut conférer un mandat d'élu, la course au cumul est aussi et surtout une course au fric. "Tu comprends, si on a ici [à l'UMP] que des gens qui se contentent de 5000 euros par mois, on n'aura que des minables" : une phrase attribuée à Jean-François Copé par les journalistes Sophie Coignard et Romain Gubert dans leur excellent et hautement recommandable ouvrage, L'oligarchie des incapables (Albin Michel).

Une phrase qui sonne d'autant plus vrai que l'ancien patron de l'UMP l'a démentie, en expliquant au passage qu'il s'abstiendra d'intenter un procès pour diffamation, afin de ne pas offrir de publicité aux auteurs du livre. C'est sûr qu'il  faut une certaine constance et une certaine régularité dans les propos quand il s'agit de prendre les gens pour des crétins..."