Blythe Masters

Pierre Jovanovic (2011)

 

Hyper-spéculation

 

"Bloomberg avait écrit fin décembre 2009 qu'il y avait "une file de 40 kilomètres de tankers, assez pour bloquer la manche (...) ces tankers vont vider 26% du brut qu'ils stockent depuis 6 mois". Jolie spéculation... Car il faut savoir que "les traders ont réservé un nombre record de pétroliers pour le début de l'année", ce qui a fait dire à un spécialiste londonien "le marché des tankers défie les lois de la gravité". Fin novembre 2009, 168 tankers étaient remplis de brut et attendaient le bon moment... Le calcul des banques est simple : prix du brut + frais de transport x nombre de jour égal ou supérieur au prix d'achat...

En novembre 2009, le Daily Mail avait révélé que des tankers, battant pavillon du Liberia, des Bahamas, etc., remplis de pétrole, tournaient en rond depuis trois mois au large de l'Angleterre, attendant que le prix du brut arrive au montant voulu par leurs spéculateurs de commanditaires. C'était La Solitaire du Brut avec Goldman Sachs comme principal sponsor..."

  

 

« Le sucre. En octobre et surtout novembre 2010, les ministères de l’agriculture de tous les pays avaient constaté, stupéfaits, que leurs projections étaient bonnes à être jetées à la poubelle car entre le 30 septembre 2010 et le 30 octobre 2010, le cours du sucre avait augmenté de… 33% !

 

Plus de 30% juste en 30 jours !!!!!!

  

Grands articles étonnés dans la presse naïve : « Diantre, mais que se passe-t-il ? », et les journalistes de répondre dans la foulée : « l’Amérique consomme trop de sucre, le pays va en manquer » ou, pour les mieux informés : « Parce que les récoltes ont été moins bonnes au Brésil ». En clair, à cause de quelques obèses à Miami ou des pluies à Rio, le cours du sucre a explosé. Sauf que le Financial Times de Londres m’avait appris des mois et des mois avants, que :

  

     « La JP Morgan vient d’acheter 55% de Gàvea, un hedge fund agricole brésilien de 6 milliards de dollars pour augmenter sa présence au Brésil. (…) La JP Morgan a augmenté le nombre de ses salariés au Brésil de 300 à 500 personnes et finira avec 1500 personnes d’ici 18 mois. L’UBS et Goldman Sachs aussi sont en train de s’y installer, ainsi que des firmes d’investissement privées comme Blackstone, Carlyle et Warburg Pincus. »

  

Quant au site agricole professionnel www.grain.org, il m’avait donné une information dès 2007 qui nous apprend bien plus :

  

     « En 2007, Goldman Sachs a acheté 19% de la deuxième sucrerie du Brésil, Santa Elisa, qui fait partie du conglomérat Crystalsev. A la même période, Santa Elisa et Goldman Sachs ont lancé un partenariat de 300 millions de dollars US avec l’entreprise commerciale internationale Global Food Holdings et le Carlyle Group, une firme américaine privée à capitaux propres.

 

Ce partenariat, du nom de CNNA, avait pour but de mettre en route quatre grandes sucreries et usines d’éthanol, devenant ainsi l’un des trois principaux producteurs de sucre et éthanol du Brésil.

 

Au début 2009, Carlyle a augmenté sa participation dans la société, devenant l’actionnaire principal. »

  

Ce n’est donc pas le Brésil qui n’a plus de sucre, ni que les obèses américains de Miami en consomment trop. Ce sont simplement les grandes banques et les hedge funds américains qui font monter les prix en minimisant la production puisqu’ils la contrôlent ! Et, c’est vous et moi qui payons ! Les banques deviennent maintenant productrices ET intermédiaires, en somme des grossistes planétaire, de blé, sucre, café, huile, etc. »

 

 

Produits dérivés

Credit default Swaps

 

"Voyez l'extraordinaire ironie de cette histoire : les Américains avaient accusé Saddam Hussein de cacher des armes de destruction massive sachant parfaitement qu'elles n'existaient pas. Pour cela, Saddam a été pendu haut et court. Et pendant que l'US Army a fait semblant de rechercher ces armes inexistantes en Irak, sur leur propre sol, une véritable "arme financière de destruction massive" [les produits dérivés], selon le milliardaire Warren Buffet qui a immortalisé la formule, était fabriqué en grande série par toutes les banques et instituts financiers des Etats-Unis et vendue indirectement à des millions de braves Américains sous forme d'inoffensives cartes de crédit ou de prêts bancaires, qu'ils fussent voiture, immobilier ou consommation."