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Anonyme

 

La Bourse

 

 "Le 11 octobre 2010, devant la crème de la crème de la finance mondiale, Thomas Peterffy eut l'honneur de prononcer le discours d'ouverture :

"Un marché financier était autrefois un lieu -oui un lieu physique- où les gens se réunissaient pour acheter ou vendre, en espérant obtenir le meilleur prix. Le rôle des courtiers émergea grâce aux marchés. Les courtiers devaient représenter les intérêts de leurs clients. Avec leur apparition, la question de la confiance devint cruciale. [...] La première grande révolution de l'histoire des transactions financière impliquait le télégraphe et les lignes de téléphone, et grâce à cela de plus en plus de personnes purent échanger des biens. Alors que le nombre de transactions augmenta, la relation entre un courtier et son client devint de plus en plus distante et impersonnelle ; malgré tout, à partir du moment où les transactions avaient lieu dans des marchés centralisés avec des règles élémentaires, des règles justes, nos marchés étaient en ordre et transparents. Nous ne pouvons pas dire la même chose aujourd'hui.

Les vingt dernières années ont connu l'émergence des ordinateurs, des communications électroniques, des marchés électroniques, des marchés multiples...le trading à hautes fréquences...et ce que nous avons aujourd'hui est un vrai bordel.

Pour le grand public, les marchés financiers ressemblent de plus en plus à un casino, sauf qu'un casino est plus transparent et plus simple à comprendre.

Les marchés financiers, du moins ceux des pays développés, sont arrivés à un tournant. Les technologies, la structure des marchés et les nouveaux produits financiers ont évolués plus rapidement que notre capacité à les comprendre et à les contrôler. Tout cela a engendré ces dernières années une série de crises qui ont poussé beaucoup d'investisseurs à perdre confiance, à penser que le système tout entier est désormais un jeu truqué.

C'est une évolution très dangereuse, car le but de nos marchés financiers est de guider l'évolution de notre économie en distribuant du capital aux industries et aux entreprises que nous voulons voir grandir, de permettre aux affaires et aux investisseurs de gérer les risques efficacement. Si le public en vient à penser que les marchés financiers sont une escroquerie, alors les entreprises et les entrepreneurs n'obtiendront plus les fonds dont ils ont besoin pour développer notre économie, créer des emplois et améliorer le niveau de vie."

 

 

Lehman Brother

 

"La chute de Dick Fuld, dit "Big Dick" [PDG de l'ex banque Lehman Brothers] fut aussi grandiose que son ascension.

 Accro aux emprunts et certain de sa supériorité, Fuld endetta Lehman Brothers d'une manière vertigineuse de telle sorte que lorsque ces dettes se retrouvèrent adossées aux produits toxiques liés aux subprimes, Lehman ne valut plus rien. Fuld avait réussi à multiplier par 17 la capitalisation boursière de la banque depuis qu'il en était le PDG, une prouesse qui en rendit plus d'un méfiant.

 En 2007, quatorze ans plus tard, l'action de Lehman brother chuta de 70% en quelques mois seulement. Contrairement aux efforts qu'elle avait consentis pour sauver d'autres banques, comme Merrill Lynch, la Banque Centrale américaine refusa de venir en aide à Lehman malgré un dîner en tête à tête entre Henri Paulson, le secrétaire d'Etat au Trésor américain, et un Dick Fuld qui sortit très enthousiaste de la rencontre.

Mais Henry Paulson était l'ancien PDG de Goldman Sachs, ennemi juré de "l'arrogant" Lehman Brothers. Et puis, il fallait bien montrer au monde entier que les autorités savaient donner des leçons. Après avoir refusé plusieurs offres de rachat que Fuld jugeait déshonorantes eu égard à la valeur de ce qui était devenu "sa" banque, après avoir siphonné dans les dernières 24 heures les 6 milliards de liquidités de ses filiales européennes dans une tentative désespérée pour survivre encore un peu, la banque se mit en faillite le 15 septembre 2008. Le 16, ses 26000 employés furent liquidés et commencèrent à faire leurs cartons sous les objectifs sidérés des caméras de télévision. Jamais la chute d'un des plus prestigieux établissements bancaires américains n'avait été imaginée jusqu'ici, selon le fameux principe too big to fail. "Big Dick" qui gagnait au sommet de sa gloire 17000 dollars par heure, subit humiliations, crachats et déshonneur.

 

"Pendant des années on nous a dit que si vous les banquiers vous étiez autant payés, c'est parce que vous étiez plus intelligents que tous les autres, commenta un ancien investisseur, mais maintenant il s'avère que vous n'êtes pas intelligent du tout, et nous payons tous pour votre stupidité."

 

 

Wall Street

 

 "Le fait de pouvoir montrer aux caméras de télévision des pantins devant des écrans est bien utile pour rassurer l'homme de la rue et masquer la réalité des choses : les marchés financiers ne sont plus qu'un réseau de machines impénétrables.

2007 fut l'année zéro de la seconde phase du soulèvement des machines. Opportunément, les algorithmes prirent le pouvoir au moment même où l'économie, mise à mal suite aux "délires" engendrés par des produits financiers complexes dégénérait en crise mondiale. D'après un rapport publié par IBM, suite à l'arrivée des machines, 90% des humains travaillant dans les marchés disparurent. En 2013, les algorithmes que l'on appelle "traders à haute fréquence" réalisent aux Etats-Unis plus de 70% des transactions de marché, contre 10% en 2001. Après la Seconde Guerre mondiale, un titre appartenait à son propriétaire pendant quatre ans. En 2000, ce délai était de huit mois. Puis de deux mois en 2008. En 2013, un titre boursier change de propriétaire toutes les 25 secondes en moyenne, mais il peut tout aussi bien changer de main en quelques millisecondes."

 

"Autrefois les deux mots "Wall Street" renvoyaient à une assemblée de traders en train de crier sur le parquet de New York Stock Exchange. Si les télévisions diffusent encore aujourd'hui des images montrant des humains s'agitant devant des dizaines d'écrans d'ordinateurs, ceux-ci ne sont pour la plupart que de simples spectateurs ; ils ne font plus grand chose, si ce n'est observer les algorithmes au travail, ce pourquoi les activistes d'Occupy Wall Street ont loupé leur cible en manifestant dans Wall Street : on a dû oublier de leur dire que le marché ne se situe plus à Manhattan mais à Mahwah. Aujourd'hui, "Wall-Street" ne désigne désormais rien d'autre que des hangars gigantesques délocalisés dans le New Jersey."