Mots et langage

"La lecture, une porte ouverte sur un monde enchanté."

                                                             François Mauriac

Se réapproprier un trésor national qu'est la langue français devient un besoin nécessaire à la bonne formulation de ses propres idées et à une meilleure compréhension d'autrui.

En outre, un si voluptueux trésor où les mots se jouent de nos émotions ne peut constituer la chasse gardée d'un monde d'intellectuels.

Redécouvrez, les délices de nos prestidigitateurs de mots, à travers des correspondances, archétypes de la conversation écrite, des textes, défouloirs ordonnés de l'écrivain, des poèmes, odes à l'idée créatrice, ou des citations,  art de synthétiser une pensée universelle en quelques mots.

Correspondances

 

Fénelon

 

A Louis XIV

Décembre 1693,

 

     La personne, Sire, qui prend la liberté de vous écrire cette lettre, n'a aucun intérêt en ce monde. Elle ne l'écrit ni par le chagrin, ni par ambition, ni par envie de se mêler des grandes affaires. Elle vous aime sans être connue de vous ; elle regarde Dieu en votre personne. Avectoute votre puissance vous ne pouvez lui donner aucun bien qu'elle désire, et il n'y a aucun mal qu'elle ne souffrït de bon coeur pour vous faire connaître les vérités nécessaires à votre salut. Si elle vous parle fortement, n'en soyez pas étonné, c'est que la vérité est libre et forte. Vous n'êtes guère accoutumé à l'entendre. Les gens accoutumés à être flattés prennent aisément pour chagrin, pour âpreté et pour excès, ce qui n'est que la vérité toute pure. C'est la trahir que de ne vous la montrer pas dans toute son étendue. Dieu est témoin que la personne qui vous parle le fait avec un coeur plein de zèle, de respect, de fidélité et d'attendrissement sur tout ce qui regarde votre véritable intérêt.

Vous êtes né, Sire, avec un coeur droit et équitable ; mais ceux qui vous ont élevé ne vous ont donné pour science de gouverner que la défiance, la jalousie, l'éloignement de la vertu, la crainte de tout mérite éclatant, le goût des hommes souples et rampants, la hauteur, et l'attention à votre seul intérêt.

Depuis environ trente ans, vos principaux ministres ont ébranlé et renversé toutes les anciennes maximes de l'Etat, pour faire monter jusqu'au comble votre autorité, qui était devenue la leur parce qu'elle était dans leurs mains. On n'a plus parlé de l'Etat ni des règles ; on n'a parlé que du Roi et de son bon plaisir. On a poussé vos revenus et vos dépenses à l'infini. On vous a élevé jusqu'au ciel pour avoir effacé, disait-on, la grandeur de tous vos prédécesseurs ensemble, c'est à dire pour avoir appauvri la France entière, afin d'introduire à la cour un luxe monstrueux et incurable. Ils ont voulu vous élever sur les ruines de toutes les conditions de l'Etat : comme si vous pouviez être grand en ruinant tous vos sujets sur qui votre grandeur est fondée.

 

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Textes

 

Marguerite Yourcenar

 

1980, 

 

   "J'ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l'éducation de l'enfant. Je pense qu'il faudrait des études de base, très simples, où l'enfant apprendrait qu'il existe au sein de l'univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu'il dépend de l'air, de l'eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire. Il apprendrait que les hommes se sont entre-tués dans des guerres qui n'ont jamais fait que produire d'autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil. On lui apprendrait assez du passé pour qu'il se sente relié aux hommes qu'ils l'ont précédé, pour qu'il les admire là où ils méritent de l'être, sans s'en faire des idoles, non plus que du présent ou d'un hypothétique avenir. On essayerait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son education sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts. On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction  que les écoles élémentaires et moyennes n'osent plus donner dans ce pays. En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celles du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d'avance certains odieux préjugés. On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l'imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs. Il y a certainement un moyen de parler aux enfants des choses véritablement importantes plus tôt qu'on ne le fait."

 

 

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Poèmes

 

Lamartine

 

     Je vivais comme toi, vieux et froid à vingt ans,

Laissant les guêpes mordre aux fleurs de mon printemps,

Laissant la lèvre pâle et fétide des vices

En flétrir la corolle, en pomper les calices,

Méprisant mes amours et les montrant du doigt,

Comme un enfant grossier qui trouble l'eau qu'il boit.

Mon seul soleil était la clareté des bougies ;

Je détestais l'aurore en sortant des orgies,

A mes lèvres, où Dieu sommeillait dans l'oubli,

Un sourire ironique avait donné son pli ;

Tous mes propos n'étaient qu'amères raillerie,

Je plaignais la pudeur comme une duperie ;

Et si quelque reproche ou de mère ou de soeur,

A mes premiers instincts parlant avec douceur,

Me rappelait les jours de ma naïve enfance ;

Nos mains jointes, nos yeux levés, notre innocence ;

Si quelque tendre écho de ces soirs d'autrefois

Dans mon esprit troublé s'éveillant à leur voix,

D'une aride rosée humectait ma paupière,

Mon front haut secouait ses cheveux en arrière ;

Pervers, je rougissais de mon bon sentiment ;

Je refoulais en moi mon attendrissement,

Et j'allais tout honteux vers mes viles idoles,

Parmi de vils railleurs, bafouer ces paroles !

 

Voilà quelle gangrène énervait mon esprit,

Quand l'amour, cet amour qui tue ou qui guérit,

Distilla dans mon coeur, des lèvres d'une femme,

Cette plante de vie au céleste dictame.

Une femme ? Est-ce un nom qui puisse te nommer,

Chaste apparition qui me força d'aimer,

Forme dont la splendeur à l'aube eût fait envie,

Saint éblouissement d'une heure de ma vie ;

Toi qui de ce limon m'enlevas d'un regard,

Comme un rayon d'en haut attire le brouillard,

Et, le transfigurant en brillant météore,

Le roule en dais de feu sous les pas de l'aurore ?

Ses yeux, bleus comme l'eau, furent le pur miroir

Où mon âme se vit et rougit de se voir,

Où pour que le mortel me profanât pas l'ange,

De mes impuretés je dépouillai la fange.

Pour cueillir cet amour, fruit immatériel,

Chacun de mes soupirs m'enleva vers le ciel.

Quand elle disparut derrière le nuage,

Mon coeur purifié contenait une image,

Et je ne pouvais plus, de peur de la tenir,

Redescendre jamais d'un si haut souvenir !

 

Extrait de la cinquième médiation de la troisième médiation poétique, à M. de Musset, en réponse à ses vers, 1840.

 

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Citations

 

Victor Hugo

 

"Le meilleur symbole du peuple, c'est le pavé. On lui marche dessus et un beau jour, il vous tombe sur la tête."

 

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