La Guerre froide

 

 

La Guerre froide

 

« La « Guerre froide » était déjà annoncée en 1947 dans un discours du conseiller influent des présidents, le financier Bernard Baruch, qui agita la prétendue menace communiste comme argument contre la vague de revendications ouvrières d’après-guerre. Baruch en appela à l’unité entre travail et capital, à des semaines de travail plus longues, exigea la promesse des syndicats de ne pas faire de grève, car « aujourd’hui nous sommes au milieu d’une guerre froide ».

La « menace soviétique », largement inventée, et en tous cas exagérée, fut utilisée à la fois pour pomper des crédits du Congrès pour le pentagone et pour apprivoiser le mouvement syndical, en utilisant la culpabilité par association de certains syndicats avec un Parti communiste des Etats-Unis, qui n’a jamais représenté une menace, sinon pour la ségrégation raciale dans le Sud, ségrégation qu’il a continué à combattre dans la clandestinité. »

  

Diana Johnstone, Hillary Clinton : la reine du chaos (2015) 

 

 

Géopolitique

 

" Dès 1944, les Américains avaient adopté pour l'Allemagne vaincu le plan Morgenthau, qui prévoyait de la ramener à l'âge de l'agriculture et du pastoralisme, au Moyen Age. L'Allemagne était interdite de développement. Elle ne devait plus jamais être un concurrent pour les Etats-Unis, ses usines seraient déménagées, ses brevets pillés par les vainqueurs, son territoire ramené à l'âge des forêts et des champs.

C'était oublier Staline, Yalta, et l'extension menaçante du communisme dans l'ancienne "Europe de l'Est", c'était ne pas prévoir la suite de coups d'Etats et de manifestations "populaires" qui allaient assurer à l'URSS la maîtrise du tiers de l'Europe.

Seule, la peur du communisme a fait abandonner ce plan, et l'a fait remplacer par le plan Marshall, caractéristique mélange d'idéalisme et de calcul, option stratégique gagnante puisqu'elle assura par le développement économique l'ancrage à l'ouest de l'Europe. Staline a sauvé l'Allemagne ; contrairement à ce qu'affirme le sénateur Dewey, avant tant d'autres, ce n'est pas générosité de l'Amérique victorieuse à l'égard de l'ennemi vaincu, c'est calcul géopolitique bien compris. "

Hervé Juvin, La grande séparation (2013)


 

Influence par la culture

 

"Entre 1947 et 1974, Washington soutenu par Londres investit des moyen humains et financiers importants dans un programme secret de propagande culturelle en Europe occidentale. Les nombreuses remises en cause de l'ordre ancien amorcées  depuis le début du XXe siècle avaient créé un terrain propice à de nouveau vecteurs d'influence de nature culturelle. Les Soviétiques exploitèrent habilement les états d'âmes des membres de l'intelligentsia occidentale en situation de rupture avec le système capitaliste.

Impactés par cette dynamique subversive durant l'entre-deux-guerres, les Etats-Unis réagirent à cette menace sur le plan intérieur par la répression symbolisée par le Maccarthysme et sur le plan extérieur par une stratégie d'influence centrée sur la dénonciation du totalitarisme et des initiatives culturelles défendant la liberté de création.Ll'épine dorsale de cette stratégie d'influence était le Congrès pour la Liberté et la Culture (CCF) dont la mission était de rassembler les intellectuels libéraux et socialistes dans une "internationale" anticommuniste. le comité de soutien de CCF comprenait des personnalités comme le philosophe allemand Karl Jaspers, le socialiste Léon Blum, des écrivains comme André Gide et François Mauriac, ainsi que des universitaires tels que Raymond Aron.

 

Le CCF a été dirigé de 1950 à 1967 par un agent de la CIA, Michael Josselson. Il était présent dans trente-cinq pays et menait de nombreuses opérations de communication (publication de vingt revues, organisation de conférences internationales et de manifestations artistiques)."

 

American war machine (2012), peter Dale Scott, Editions Demi lune.
American war machine (2012), peter Dale Scott, Editions Demi lune.

  

     "Dans les années 1950, au lendemain de la seconde guerre mondiale, les chances de connaître un monde plus en paix et en ordre, plus juste et ouvert, semblaient plus grandes que jamais. les deux superpuissances mondiales -les Etats-Unis et l'Union soviétique- s'étaient apparemment mises d'accord sur des règles et des procédures destinées à apaiser leurs graves divergences dans le cadre d'un corps neutre, les Nations Unies. Les Etats-Unis étaient alors suffisamment riches pour financer la reconstruction de l'Europe dévastée. Par la suite, le gouvernement américain finança des programmes de santé et d'agriculture dans les pays du Tiers-Monde fraichement émancipés.

Cependant, les Nations-Unies se montrèrent incapables de résoudre les conflits internationaux. L'une des raisons majeures étaient que l'union soviétique, les Etats-Unis, et (après 1949) la Chine poursuivaient chacun en sous-main des politiques expansionnistes, sources de conflits, voire de guerres.

Partout dans le monde, les nations marxistes-léninistes d'URSS et de Chine prêtaient main-forte à des mouvements et partis de même idéologie, dont certains étaient insurrectionnels. Washington avait souvent des perceptions inexactes de ces partis et de ces mouvements, les voyant comme des forces de soutien loyales au pouvoir soviétique et/ou chinois. Ainsi, une grande partie de la guerre froide se mua en une série de conflits secrets dans des zones -comme l'Asie du Sud-Est- au sujet desquelles les Etats-Unis et l'Union soviétique étaient incroyablement ignorants.

Au tout début de l'après-guerre, le pouvoir à Washington, percevant une menace de révolution mondiale, chercha à disposer de ses propres forces de soutien afin de la combattre. Aujourd'hui, certaines d'entre elles ont quasiment disparu des mémoires, comme les guérillas ukrainiennes appuyées par l'OPC* -initialement organisées par les SS d'Hitler- qui échouèrent dans leur bataille contre la Russie au début des années 1950. D'autres forces, comme les mafias en Italie ou à Marseille, s'affranchirent vite de leur soutien américain pour devenir de fait des acteurs régionaux indépendants.

Toutefois, l'une des premières armées par procuration des Etats-Unis, composée des éléments survivants des forces nationalistes chinoises du KMT en Birmanie puis en Thaïlande, continua de bénéficier d'un appui américain dans les années 1960. Comme les mafias en Europe et les yakuzas au Japon, ces soutiens avaient l'avantage d'être des alliés secrets hors registres, majoritairement autofinancés grâce à leur narcotrafic et fermement anticommunistes."

*OPC (bureau de coordination politique) : organisation secrète à l'intérieur de la CIA.

 

     "Il est clair que les anxiétés et la paranoïa de ce que l'on appelle la guerre froide ont été des facteurs majeurs dans la promotion du recours para-étatique à la violence. Mais lorsque l'on observe le véritable exercice de la violence secrète par les Etats-Unis depuis 1945 -particulièrement dans des pays comme l'Iran (1953) et le Chili (1970-1973)- nous pouvons observer que cette paranoïa typique de la guerre froide concernant la "menace communiste" devint un prétexte récurrent pour dissimuler des motivations bien plus pécuniaires.

Ainsi, par le coup d'Etat américano-britannique qui a renversé le premier ministre (démocratiquement) élu Mohammed Mossadegh en 1953, le but était d'empêcher la nationalisation de l'Anglo-Iranian Oil Compagny. Pour remplir cet objectif, "la CIA finalisa un plan détaillé du coup d'Etat", qui impliquait "l'engagement de truands pour lancer des attaques contre les religieux et leurs propriétés et faire en sorte qu'elles semblent avoir été ordonnées par Mossadegh et ses partisans". Mais l'agent britannique qui a vendu ce plan à Washington, "suivant les instructions de ses supérieurs", s'est évidemment abstenu de mentionner l'Anglo- Iran Oil. Il a plutôt souligné que Mossadegh "était en train de jeter les bases d'une prise de contrôle de l'Iran par les communistes"."

 

De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis (2004), Noam Chomsky, Editions Agone.
De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis (2004), Noam Chomsky, Editions Agone.

 

  "Pendant des années, l'agression contre Cuba fut justifiée par la guerre froide. Cuba est un des tentacules de l'empire du Mal, et ce tentacule menace de nous étrangler. Absurdité complète, et ce depuis le début. La décision formelle de renverser le gouvernement cubain fut prise, secrètement, en mars 1960, alors qu'il n'existait pas encore de relation significative en Cuba et l'URSS. En outre, après la fin de la guerre froide, l'agression contre Cuba s'est intensifiée. Ces seuls faits suffisent à discréditer tout recours à l'argument de la guerre froide. [...]

Dès le début de l'administration Kennedy, la première décision qui fut prise était d'intensifier l'agression contre Cuba. Le président Kennedy avait mis sur pied une cellule latino-américaine chargée d'étudier la situation dans cette région du globe. Son rapport fut présenté au président par l'historien Arthur Schlesinger. On y parlait bien entendu de Cuba en insistant sur la menace que cette dernière faisait peser sur les Etats-Unis. le danger, selon Schesinger, était de voir se "répandre l'idée castriste selon laquelle il fallait prendre en main ses propres affaires" ; problème crucial dans une région où les richesses sont fortement concentrées dans les mains de quelques-uns. "Les pauvres et les moins privilégiés, encouragés par l'exemple de la révolution cubaine, réclament la possibilité de mener une vie décente." Quelle menace ! Et cela demande évidemment qu'on s'en défende au plus vite; que l'on mène une politique de terreur ; que l'on impose un embargo ; que l'on envahisse ; etc.

Certes, il existait bien un élément concernant la guerre froide. Schlesinger ajoutait que la "Russie se [tenait] en coulisse, offrant des prêts au développement et l'exemple d'une industrialisation menée en une seule génération".

D'ailleurs, à bien y réfléchir, on a là une assez bonne explication de ce qu'a pu être la guerre froide depuis 1917. Ces modèles et cette volonté d'indépendance sont intolérables car ils mettent en péril le système mondial qui doit être organisé sur des bases toutes différentes.

 

De la Françafrique à la Mafiafrique, François-Xavier Verschave, Tribord (2004).
De la Françafrique à la Mafiafrique, François-Xavier Verschave, Tribord (2004).


     "Arcady Gaydamak est, avec son ami Khodorovsky, l'un des portiers du détournement, au début des années 1990, du stock de richesses de l'ex-URSS : en l'espace de trois ou quatre ans, avec la complicité du trader (courtier) Marc Rich et de la banque Paribas, une banque tout à fait honorable, on a bradé à 10% de leur valeur les immenses stocks stratégiques de l'ex-URSS (engrais, pétrole, diamants, aluminium, etc...), et constitué avec la différence, dans les paradis fiscaux, une somme au noir d'environ cinq cent milliards de dollars. C'est le trésor de guerre de ce que l'on appelle la mafia russe. C'est avec cela qu'a été racheté l'ensemble de l'économie russe, puis une partie de la côte d'Azur, et même la plus vieille banque américaine...Mais là, les Américains ont trouvé que cela allait trop loin et qu'ils n'avaient pas passé autant de temps à essayer de mettre à bas l'ex-URSS pour se faire prendre à revers par les joueurs d'échec de la mafia russe, en train de prendre pied dans l'économie américaine."