Asie centrale

Pétrole une guerre d'un siècle, William Enghdahl (2004)
Pétrole une guerre d'un siècle, William Enghdahl (2004)

 

Pakistan

 

Le gouvernement Bhutto ouvrit avec la France des négociations, en vue de construire une usine d'enrichissement d'uranium, qui aboutirent à un accord en mars 1976. Dans tout le Moyen-Orient, le Pakistan défendait vigoureusement le développement de l'énergie nucléaire en tant que complément des ressources pétrolières. En août 1976, le département d'Etat américain et Henry Kissinger en personne lancèrent une considérable campagne de pression contre la France et le Pakistan afin de faire échouer l'accord, proclamant que celui-ci était lié à des ambitions militaires nucléaire, et ce malgré l'approbation du projet par l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique, selon laquelle les précautions prises étaient suffisantes pour éviter le risque militaire. Selon les comptes rendus pakistanais, Kissinger avait menacé directement "de faire du Pakistan un exemple atroce" si Bhutto n'abandonnait pas le projet de retraitement nucléaire en cours de négociation avec la France.

En 1977, Bhutto fut renversé par un coup d'Etat militaire dirigé par le général Zia Ul-Haq. Avant son exécution, Bhutto accusa le Secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger d'avoir secrètement organisé sa chute à cause de son obstination à développer un programme nucléaire indépendant. Rédigeant sa défense depuis sa cellule, avant sa pendaison, Bhutto déclare :

    "Le Dr Henry Kissinger, secrétaire d'Etat des Etats-Unis, est d'une intelligence brillante. Il m'a dit que je ne devrais pas insulter l'intelligence des Etats-Unis en affirmant que le Pakistan a besoin d'une usine de retraitement pour ses besoins énergétiques. Je lui ai répondu que je n'insulterais pas l'intelligence des Etats-Unis en polémiquant sur les besoins énergétiques du Pakistan ; mais pour la même raison, il devrait s'abstenir d'insulter la souveraineté et la dignité du Pakistan en renonçant complètement à discuter de cette usine... J'ai récolté une sentence de mort."

Le général Zia inversa le cours de la politique étrangère d'indépendance nationale en adoptant rapidement les vues de Washington qui répondit en envoyant une abondante assistance militaire."