La Révolution française

 

 

La Révolution Française selon Edmund Burke

 

« C’est bien l’alliance entre deux classes sociales sensiblement différentes qui explique la catastrophe de la Révolution française : d’un côté, les « gens de lettres politiques », de l’autre, les « nouveaux capitalistes », les grands de la finance. On comprend bien les raisons de cette alliance qui semble si étrange à première vue. Les deux parties ont au moins en commun la haine du christianisme : « La cabale littéraire avait élaboré il y a un certain nombre d’années quelque chose comme un plan de campagne en vue de la destruction de la religion chrétienne. » En outre, attaquer l’Eglise, c’est aussi attaquer le « patrimoine foncier de l’Eglise et des communautés religieuses », c’est-à-dire la propriété terrienne en tant que telle [sujet loin d’être indifférent à la communauté financière].

Mais d’où vient la force d’impact de la subversion ? Pour renverser l’ordre existant, intellectuels et usuriers ne suffisent pas. En réalité, c’est la « Taverne », la populace avinée et sanguinaire qui, bien que subalterne, est totalement partie prenante de cette attaque subversive.

Ce sont les intellectuels et, plus précisément, les intellectuels d’origine modeste et déracinés, ce sont les « nécessiteux de la plume », nécessiteux comme la canaille de la « Taverne » qu’ils n’arrêtent pas d’exciter. Sans religiosité, sans foi ni idéaux authentiques, ils appellent la canaille, dont ils font partie, à s’insurger, certes contre la richesse, mais seulement contre la richesse la plus respectable, la richesse terrienne, alors que la richesse financière est épargnée. En France, ces intellectuels « affectèrent un grand zèle pour les pauvres et pour les classes les plus basses de la société. […] Devenus une espèce de démagogues, ils servirent de chaînon pour unir, au service d’une même entreprise, l’opulence et la misère, le faste odieux des uns et la turbulence affamée des autres ».

[…] En nivelant et en banalisant tout, la Révolution française finit par valoriser une unique « différence », celle que constitue l’« argent », et donc par entériner la suprématie de la finance. »

 

Domenico Losurdo, Contre-histoire du libéralisme (2006)

 

 

Avec des citations d’Edmund Burke : Réflexions sur la Révolution de France (1790), The Works of the right honourable (A New Edition, 1826)

 


Révolution française

 

« Qui connaît un peu l’Histoire de France, sait que les faits furent bien plus sordides : en effet, Sieyès, petit bourgeois et prêtre raté, rédigea à la veille de notre grande Révolution, un essai fustigeant les privilèges de la noblesse et du clergé. S’ensuivit son célèbre pamphlet Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? dans lequel il démontra que l’ensemble de la population française ne représentait rien dans la matrice politique.

 

Mais, nulle trace d’un engouement pour le pouvoir du peuple. Le mot « démocratie » reste même mal défini. Pardi ! Notre abbé y était franchement opposé. En réalité, devenu parlementaire influent, il mit en place la nomination élective pour désigner les représentants des Français…

 

« Elective » encore un bien grand mot ! « Sélective » aurait été sans doute plus approprié, car seuls «  les actionnaires de la grande société » ou « citoyens actifs » - ceux capables de payer un impôt – bénéficiaient du droit d’élire les représentants du peuple. Peuple qui, pour sa part, était bien « trop inculte et occupé à travailler » pour interférer directement dans les affaires publiques. Autrement dit : seuls les riches pouvaient influer sur la vie politique par le truchement du vote, car ils étaient les seuls à même de contribuer à la bonne marche économique de leur pays.

 

Collectif diktacratie.com, Chronique en diktacratie (2015)

 

Jacques Heers, l'Histoire assassinée (2006)
Jacques Heers, l'Histoire assassinée (2006)


14 juillet

 

« Tout est occasion de parade et de propagande, de faire parler de soi et de dicter le vrai historique. Les fêtes nationales ne sont plus du tout des jours de rassemblement et de recueillement. L’Etat, l’opinion se les approprie et en fait une autre chose. Qui, en France, se souvient que le cirque patriotique, les défilés, les bals populaires, liesse et violences, du 14 juillet commémorent la fête de la Fédération qui, en 1790, proclamait l’unité du pays et voulait renier les particularismes ?

 

On ne pense qu’à la prise de la Bastille, un an plus tôt, et l’on porte aux nues cet étrange fait d’armes qui vit quelques centaines d’hommes et femmes, leurs meneurs pris de boisson, délivrer sans coup férir six ou sept gredins ou demi fous pour, en fin de triomphe, massacrer le gouverneur qui leur avait ouvert les portes. Les manuels sont, sur ce point, très discrets et, de toutes façons, n’y pourraient rien : pour l’opinion, le 14 juillet célèbre la liberté et la victoire du peuple (sic) sur l’oppression. Exemple flagrant vraiment ahurissant du divorce entre ce que les historiens, unanimes depuis déjà des années, présentent dans leurs livres et ce que le public, dans son immense majorité, continue de croire. »



Cahiers de doléances


"C'est un fait que le dispositif institutionnel du gouvernement représentatif laisse aux gouvernants une certaine autonomie de décision vis-à-vis de la volonté de leurs électeurs. Les régimes représentatifs n'admettent pas, ou même interdisent explicitement, deux institutions qui priveraient les représentants de toute indépendance : les mandats impératifs et la révocabilité permanente des élus. Aucun des gouvernements représentatifs mis en place depuis la fin du XVIIIe siècle n'a autorisé les mandats impératifs, ni reconnu la validité juridique des instructions données par les électeurs. Aucun n'a, non plus, durablement institué la révocabilité permanente des représentants.

En France, les députés des états généraux étaient porteurs de mandats spécifiques (les cahiers de doléances). Une des premières décisions de l'Assemblée nationale fut d'interdire, dès juillet 1789, la pratique du mandat impératif. Cette décision ne devait  jamais être remise en cause, ni pendant la Révolution, ni après. En 1973-1974, une partie du mouvement Sans-Culotte fit pression pour que les élus fussent révocables de façon permanente et discrétionnaire par les assemblées de base. Le projet de constitution présenté à l'Assemblée prévoyait une telle révocabilité. Celle-ci ne fut finalement pas instituée."



Propriété


"En ce mois d'avril 1793, Robespierre horrifie les honnêtes gens en réclamant, dans la nouvelle Déclaration des droits de l'Homme, l'insertion d'un article qui limiterait le droit de propriété. l'argumentation de Maximilien est toute simple : vous n'avez pas aboli l'esclavage dans nos colonies, la traite des noirs subsiste ; demandez à un négrier ce qu'est ce bateau ("je me trompe, disait Robespierre, ce cercueil flottant") dans lequel sont entassés des hommes, des femmes et des enfants à la peau noire et dont beaucoup meurent en route, il vous répondra calmement : "Ceci est ma propriété". Eh non ! Nul homme ne saurait être propriétaire d'un autre homme. De même que la liberté a pour limite la liberté d'autrui, de même il faut que la loi interdise tout usage du droit de propriété qui porterait atteinte à la vie ou à la dignité d'êtres humains.

Robespierre a touché à l'Arche, l'arche sainte, cette propriété devenue sacrée depuis le 26 aout 1789. Il a commis le crime que la Convention ne peut tolérer ; elle décidera donc, contre lui, que l'article concernant la propriété sera rédigé - voté - comme suit : "Le droit de propriété est celui de jouir et de disposer à son gré de ses biens." A la bonne heure."


Essais (2005-2009), Michel Drac
Essais (2005-2009), Michel Drac

 

Du pouvoir du Sang au pouvoir de l'Argent 

 

"Au terme de cette longue évolution, disons à partir de la révolution anglaise du XVIIe siècle, l'Europe fut principalement bourgeoise, et donc elle sélectionna ses élites par l'argent. Historiquement, le mécanisme est limpide. Une aristocratie du sang se transforme progressivement en méritocratie hermétique, donc elle structure un système de castes, d'où sa fermeture à la classe moyenne.

Cette classe moyenne, empêchée d'accéder au cursus des dominants, se rattrape par le commerce et l'usure, finit par s'approprier l'essentiel du Capital et force les portes de l'Etat au nom du pouvoir de l'argent. C'est par ce processus qu'à Rome, la classe des chevaliers finit par triompher des grandes familles patriciennes, et c'est par ce processus encore que la bourgeoisie triomphante imposa le pouvoir capitaliste en Europe occidentale, quinze siècles plus tard. Et derrière cette histoire visible, il en est une autre, plus difficile à déceler : l'effacement du Sang devant le pouvoir du Capital, comme marqueur de la filiation symbolique des dominants.

Le poids de l'argent, dans une société devenue individualiste, s'est toujours avéré décisif."

 


Silence aux pauvres !

 

Mais voici les trois manquements, les trois transgressions, les trois trahisons commises - et tout de suite - par les auteurs mêmes de la Déclaration des droits de l'Homme. Libres, tous les hommes ? Rectification : les hommes à la peau blanche. car les Noirs des Antilles françaises demeureront dans la servitude. Le lobby colonial est puissant à l'Assemblée (La Fayette en fait partie) ; il veille au maintien de l'esclavage, si rentable. Il faudra attendre février 1794 et l'initiative de Robespierre au Comité de Salut public pour que la Convention, depuis seize mois pourtant, alors, au pouvoir, s'y résigne. Mais Bonaparte remettra vite en ordre, sur ce point-là comme sur bien d'autres, les choses importantes. les deux autres violations du dogme - pour rire - énoncé le 26 août 1789 relèvent de cette grande affaire dont on ne dira jamais assez la place capitale qui fut la sienne dans l'aventure politique française, de 1789 à 1799 : la protection des propriétaires, la crainte (et l'horreur) des démunis, des misérables. Un prêtre défroqué, Sieyès, et un marquis éclairé, Condorcet, ont, dès juillet 89, estimé à voix haute que si tous les français devaient cesser d'être des sujets pour devenir des citoyens, certains citoyens devaient être toutefois plus citoyens que d'autres, lesquels, en fait, ne le seraient plus. (Des citoyens non citoyens, dira très bien Michelet.) Selon ces augures, le droit de vote, la participation aux affaires nationales ne peuvent être consentis à quiconque n'est point, de par son état même, un actionnaire de la maison France. La possession de quelques biens est nécessaire pour être actif. Silence au pauvres !

Cette ségrégation s'effectuera selon un cens électoral, fixant les sommes nécessaires pour être électeur et pour être éligible. N'est électeur que le citoyen inscrit aux rôles d'imposition pour une somme équivalente, au moins, à trois journées de travail. Seuls sont admis comme électeurs les Français au moins un peu aisés ; seuls peuvent devenir représentants du peuple les citoyens riches. mesure de simple prudence pour la sauvegarde de la propriété.

Au total, ainsi, sur quelque six millions d'électeurs potentiels, deux millions (soit un tiers) sont proscrits. Telle est l'égalité dans l'interprétation officielle qui lui est désormais donnée. Et d'autre part, l'autorisation d'avoir entre ses mains des armes de guerre civile ne peut aller - c'est l'évidence - qu'aux citoyens qui ont personnellement de l'argent à défendre. Dans, la milice bourgeoise, dite maintenant garde nationale, sont entrés avec élan, pour contraindre le roi à cesser son opposition, quantité de patriotes (patriotes, à l'époque, sont les amis de la liberté) malheureusement, indésirables, c'est-à-dire citoyens passif. Si le droit de vote leur est interdit, ce n'est pas, on le pense bien, pour qu'ils aient, en compensation, des fusils. Il s'agit donc de donner à la garde nationale, sans brusquerie mais efficacement, son unité, sa cohésion, afin qu'elle puisse devenir ce qu'il faut qu'elle soit : une authentique armée de l'ordre, exclusivement composée d'actifs. Une heureuse et première épuration s'obtiendra au moyen du port obligatoire de l'uniforme, un très bel uniforme bleu et rouge dessiné par La Fayette, mais qui coûte quatre-vingts livres. Dépense inconcevable pour l'artisan.

 

 

Mandataires, pas députés

 

"Cette tension entre partisans de la démocratie et ceux de l'aristocratie élective s'exprime clairement lors du débat au sujet du mandat impératif. L'idée d'un mandat impératif avancée par les sections populaires prévoit que les élus restent sous le contrôle du corps électoral, qui peut les rappeler et les révoquer en tout temps. Les mandataires ne peuvent que porter le mandat qui leur a été attribué à l'assemblée des élus. Un mandataire n'est donc pas comme un député qui siège dans une assemblée où il peut délibérer et voter selon son bon plaisir. Or le mandat impératif apparaissait comme un affront aux politiciens élus, qui voulaient conserver la liberté de délibérer et de voter sans tenir compte de la volonté de leur électorat. A l'inverse, les partisans du mandat impératif y voyaient une protection contre l'autoritarisme  et une assurance que la souveraineté du peuple ne serait pas dévoyée."

 

Comprendre l'Empire, Alain Soral, Editions Blanche (2011).
Comprendre l'Empire, Alain Soral, Editions Blanche (2011).

 

La loi "Le Chapelier"

 

     "Enfin, à ceux qui verraient encore dans la Révolution la naissance de l'égalité et de la fraternité réelles, nous rappelons la "loi Le Chapelier".

Soit l'avènement aussi, dans le dos des "droits de l'homme" mais sur le dos du petit peuple du travail, du plus brutal libéralisme économique !  La loi Le Chapelier promulguée en France deux ans seulement après la prise de la Bastille, proscrivant les organisations ouvrières et les rassemblements de paysans. Interdisant, de fait, les grèves et la constitution de syndicats, ainsi que les entreprises non lucratives comme les mutuelles. Ne visant ni les club patronaux, ni les trusts, ni les ententes monopolistiques qui ne furent jamais inquiétés, elle provoque, dès 1800 chez les ouvriers charpentiers, la formation de ligues privées de défense et de grèves sauvages, qu'elle permet de réprimer jusqu'à Napoléon III."

                                                                 


Bouc émissaire


"Pour se débarrasser de Robespierre, la marche à suivre est toute tracée : il n'est fort qu'à l'aide de son exécrable, mais puissante, ais irrésistible armée faubourienne. Toute la lie du peuple est pour lui. Ce à quoi il faut parvenir, c'est à lui retirer ce révoltant appui. Les deux comités vont s'y appliquer avec zèle. Depuis l'incident Vadier, dont la signification offensive était trop claire, Maximilien a pratiquement renoncé à ses fonctions gouvernementales. Afin de ne pas désorienter l'opinion, il fait, chaque matin, une apparition de quelques minutes au Comité de Salut public, signant pour la forme, quelques décrets, mais il ne participe plus au pouvoir. Or, on a décidé, entre conjurés, d'utiliser à fond contre lui une modification - excessive - de la procédure judiciaire réclamée par Couthon (et visant, lui-même le dira, cinq ou six individus, pas plus). le plan d'action est de rendre la guillotine frénétique, en répétant partout, sans cesse, et confidentiellement, que Robespierre exige qu'il en soit ainsi. Le 29 juin, cinquante-quatre coupables ont été exécutés le même jour (un record !), hommes et femmes, tous et toutes revêtus de la chemise rouge des parricides : ce sont les criminels impliqués de près ou de loin, dans les tentatives d'assassinats imputées à Ladmiral et à Cécile Renault contre Robespierre. Et Robespierre se venge, paraît-il.

Si le tribunal révolutionnaire, en quinze mois, a prononcé quelques douze cents condamnations à mort, en six semaines il en prononcera treize cents. Et qu'on le sache bien : c'est "Robespierre qui le veut". Ces condamnations, au surplus, portent désormais, assez souvent, sur de petites gens, de pauvres gens, accusés d'avoir mal parlé de la République, regretté le bon temps de la monarchie.

Qu'il a donc tristement changé, l'Incorruptible auquel on aurait fait trop longtemps confiance ! Sur l'affreux calcul des complices, Lamartine, beaucoup mieux que Michelet, a dit la vérité en une phrase lapidaire : ce Robespierre dont ils veulent la tête, "ils le couvrirent, pendant quarante jours, du sang qu'ils versaient" pour le perdre.

Opportune, excellente mesure supplémentaire : on établit, le 5 Thermidor, un nouveau maximum, celui des salaires, cette fois, qui doivent être réduits, selon les cas, de vingt, trente ou quarante pour cent. Bien entendu, la décision es de Robespierre. Enfin, pour que tout soit parfaitement au point, le jour J, Sieyès et Fouché se partagent la besogne : Ils vont trouver, chez eux, les principaux membres du Marais pour les prévenir amicalement : "Votre nom, je le sais, est sur la prochaine liste d'arrestations dressée par Robespierre".


Henri Guillemin
Henri Guillemin

 

Révolution française : Résumé

 

Conférence d'Henri Guillemin, historien

 

 

Le mouvement de 1789 c'est avant tout, l'effort d'une nouvelle classe sociale qui s'était constituée au 18 ème siècle et qui s'appelle la bourgeoisie d'affaires pour saisir les leviers de commande. Les leviers de commande de la France était aux mains de la noblesse et du clergé. Ces gens (la bourgeoisie d'affaires) qui appartenaient à la roture s'impatientent parce que les autres ne paient pas d'impôts alors qu'eux-même en paient et parce que la banqueroute était iminente. Ils réussissent leur coup. Ils s'intitulent eux-même Tiers-état alors qu'ils sont des roturiers et ils vont pratiquement, grâce au peuple qu'ils ont déchaînés le 14 juillet et qu'ils ont contenu étroitement ensuite, s'emparer définitivement du pouvoir. Lorsqu'ils établissent la législative, c'est à dire la nouvelle constitution, la législative se réunit en septembre 91, ils ont l'impression que la partie est gagnée. Le prolétariat, c'est à dire ceux qui travaillent et premièrement éliminée de la vie politique parce que les pauvres n'ont pas le droit de voter. Uniquement les riches votent. Deuxièmement le prolétariat est désarmé puisqu'il y a une certaine loi Le Chapelier du 14 juin 91 qui décide que les prolétaires n'ont jamais le droit de s'unir, en particulier pour la défense de leur salaire. Il faut qu'ils soient une poussière malléable. Et enfin, le 17 juillet 91 La Fayette a fait  mitrailler le peuple qui a reçu sa leçon.

Seulement le 10 août est intervenu, la population parisienne chasse le roi. Suffrage universelle. Robespierre qui vient au pouvoir et cette fois c'est le peuple qui a la parole. Il faut que je vous rappelle cette phrase importante de Voltaire et qui est la pensée profonde des constituants : "une nation bien organisée est celle ou le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui et le gouverne." Robespierre était quelqu'un qui ne marchait pas dans ces idées voltairiennes. Robespierre s'était dit "le grand nombre a droit au chapitre". Ce qui était un scandale pour les notable qui avait peuplé successivement la Constituante, la Législative et la Convention. Des notables notamment représentés par les Girondins. Avant deux ans les notables auront réglé la question. Le 9 février 94 Robespierre est écrasé. On revient au bon ordre Boissy d'Anglas annonce un pays gouverné par les propriétaires et dans l'ordre. Le but est de rétablir au pouvoir les profiteurs de 89. On bascule d'un camp à l'autre. Il y a le coup d'état contre les royalistes. Il y a le coup d'état contre les jacobins. Et dans l'année 99 la situation s'est salement compliquée. De nouveau, comme en 93, la patrie a été en danger à cause de Bonaparte qui avait capturé l'Italie du Nord et par ricochet avait fait réagir les Russes. Au moment où la patrie est en danger l'esprit de la défense nationale, l'esprit robespierriste, l'esprit républicain avait repris des forces. On avait alors abolit le remplacement militaire. Jusqu'alors les riches pouvaient acheter le fait de ne pas aller se battre. De plus on avait décidé que la classe aisée devait payer un emprunt pour payer cette guerre. On avait de plus décidé un impôt progressif. Scandale chez les classes aisées parmis lequelles certaines en venait même à "attendre l'étranger". Puis, fin du droit privilégié de se faire rembourser en priorité pour les fournisseurs militaires avait été décidée sous l'influence des jacobins. pour certains possédants la propriété est en péril. Il faut donc absoluement que cela s'arrête. Sous le mensonge d'un péril extérieur et intérieur alors la balance commerciale française était très favorable et les armées étrangèrent contenues. Bonaparte en profitera.

 

 

 

 

Henri Guillemin
Henri Guillemin

 

Robespierre et la Révolution française

 

Conférence d'Henri Guillemin (Historien).


Voyons qu'est-ce qui s'est passé réellement au 18ème siècle?

La formation d'une nouvelle classe. Nous l'appelerons si vous le voulez la richesse mobilière. Il y a eu cette grande expansion économique au 18ème siècle, que vous connaissez. Donc il s'était constitué une classe de financiers, d'industriels, de banquiers. Ces gens représentaient réellement une très grande part de la fortune française. Or ils voyaient, comme on dirait auourd'hui, les leviers de commande étaient uniquement entre les mains de l'aristocraztie. Alors ces gens avaient envie de s'affirmer. Et ils avaient un théoricien, qui s'appelait Barnave, qui était un avocat du Dauphiné, un client des Perrier. Les Perrier c'était de grands industriels de la région. Et Barnave a prononcé en 1790 une phrase très importante, que je crois savoir par coeur, "Une nouvelle distribution de la richesse, appelle -c'est-à-dire exige- une nouvelle distribution du pouvoir." Autrement dit : nous qui sommes très importants dans la France, nous tenons à avoir notre part dans la gestion des affaires publiques.

L'occasion qui va se présenter pour cette nouvelle classe, c'est la situation financière française en 1789. La banqueroute imminente. Et deux raisons de la banqueroute, qui sont les suivantes : Il y en a une très célèbre, l'autre qui l'est moins. Raison célèbre, il y avait ds parasites qui ne payaient pas d'impôts, et c'était précisément ce qu'on appelait les privilégiés, à savoir l'aristocratie et le clergé. Mais deuxièmement, il faut aussi penser à la politique financière des rois de France, surtout Louis XV et Louis XVI. Une politique d'emprunts permanents. Lorsque la france de Louis XVI décide de soutenir les insurgés d'Amérique, qui vont donner les Etats-Unis -il faut de l'argent liquide pour faire la guerre-, Necker, Suisse, vous savez, qui était au service de la France. Necker dit "mais tout l'argent que vous voudrez !" Naturellement on fait des emprunts énormes.  Et je vous dirais entre parenthèses que Necker s'y retrouve personnellement parce que il fait semblant d'être désintéressé à ce moment-là, de n'être plus banquier. Et il prête jusqu'à 14% à l'Etat français. C'est intéressant quoi, un ministre des finances qui fait du 14% personnellement. Ce qui lui permettra d'acheter ensuite le chateau de Coppet. Bon alors en 1789, vous avez la situation que voici. La moitié, c'est vrai ce que je vais dire, la moitié du budget des dépenses françaises passe aux arréages de la dette. Situation éminément malsaine. Alors vous pensez bien que ces industriels, ces grands personnages, ces notables, ne vont pas eux-même faire la révolution et descendre dans la rue. Il leur faut un bélier. Le bélier est tout trouvé, c'est la petite plèbe, c'est le petit peuple.

Si vous lisez un livre divertissant et qui ne voudrait pas l'être, mais qui l'est tout à fait, un livre de monsieur Gaxotte de l'académie française sur la Révolution française, vous y lirez cette phrase surprenante : "En somme en 1789, l'ensemble était cossu". Je vous assure de penser que l'ensemble était cossu ! Alors, vous voyez quand on passe à des choses sérieuses, quelqu'un qui Dieu sait n'est pas un communiste, j'ai nommé monsieur Edgar Faure, qui a fait un très bon livre sur la chute de Turgot, et qui a cette phrase très importante, qui est un homme qui sait de quoi il parle, "C'est vrai la richesse française, la richesse nationale française s'était beaucoup accrue au XVIIIème siècle, et cela avait aboutit -écrivait Edgar faure- à faire les pauvres plus pauvres." Monsieur Godechot, encore aujourd'hui je crois, doyen de la faculté des lettres de Toulouse, et qui a fait dans une collection importante qui s'appelle "les trentes journées qui ont fait la France", qui a fait 14 Juillet, nous apporte lui des chiffres. Alors je vais vous donner quelques uns de ces chiffres. Le travailleur, à ce moment-là c'est quoi ? C'est le travailleur des champs, surtout journalier. Mais il y a aussi plus de travailleurs des villes qu'on ne l'imagine. Il y a déjà des concentrations industrielles. Enfin, le travailleur des champs ou des villes gagne à peu près 20 sol par jour au XVIIIème siècle. 20 sol, pouvoir d'achat actuel, 3 à 4 euros. Ces gens ne gagnent leurs 20 sol que quand ils travaillent, bien entendu. Il y a le dimanche, et il y a énormément des fêtes chomées. Alors ces gens gagnent leurs 20 sol quand ils travaillent, environ 320 ou 330 jours par an. De quoi se nourissent-ils ? Ils se nourissent avant tout de ce qu'on appelait la miche. La miche de pain, on ne parlait pas de kilo à ce moment-là, ça ferait une miche de 1 kilo. Cette miche de pain coutait 40 centimes. 40 sol enfin disons 40 centimes, en 1750. Elle ne cessera pas, le prix ne cessera de monter. Elle va passer de 10 sous à 12 sous, à 13 sous... Et ce n'est pas par hasard que le 14 juillet, c'est-à-dire le jour où il y a la prise de la bastille, dont je vais vous parler, est aussi le jour où la miche de pain est la plus élevée, elle coute 14 sous. Alors, comme il faut manger tous les jours même si on ne travaille pas tous les jours, regardez la situation de gens qui dépensent déjà 14 sous pour manger, qui gagnent 20 sous quand ils travaillent. Alors qu'est-ce qu'il leur reste pour leur habitation ou pour leur logement, ou pour leur vêtement ? Des gens donc très malheureux. Ce n'est pas étonnant que dans l'année de 1788 il y avait pas mal de tumulte, des émeutes, des petites inssurections, de la misère. Et en avril 1789 les états généraux ne sont pas réunis, ils vont se réunir le 5 mai. En avril 89 à paris, une très violente inssurection qu'on appelle "l'émeute réveillon", quartier Saint-Antoine, quartier ouvrier, où il y aura, on fera donner la troupe, où il y aura environ 150 morts. C'est vous dire qu'il y avait là un bélier tout à fait disponible, c'est-à-dire de pauvres gens qui crevaient.

Les notables qui sont réunis à Versailles d'abord puis à Paris après, vous savez, c'est l'assemblée dite "constituante" maintenant. Les états généraux qui se sont transformés en assemblée constituante, estiment que tout va bien. Le roi a en effet reculé, on va arriver à faire une constitution. Et par conséquent ces notables, c'est-à-dire la richesse mobilière, ont l'impression qu'ils ont gagné. Quand brusquement, le 12 juillet 1789, le roi fait marche arrière, renvoie Necker qui était au pouvoir, est étant financier lui-même, favorisait les financiers. Le roi renvoie Necker et met à la place un gouvernement que nous appellerons d'extrême droite, avec breteuil. Situation dramatique. Cette fois la bourgeoisie parisienne, la grosse bourgeoisie, la bourgeoisie d'affaire parisienne, décide de se lancer -pas elle-même, bien entendu- mais de lancer le peuple contre la Bastille qui était le symbole même de l'autocratie.

On va armer le peuple. C'est très redoutable hein, et c'est dans la journée du 13 juillet 1789 qu'on va ouvrir les Invalides, où il y avait 30000 fusils, des canons, de la poudre, et on va distribuer des armes aux pauvres gens. on notera par exemple que deux suisses, très important, le banquier Pergaud et un autre banquier Genevois qui s'appelle Delessert. Pergaud c'est un Neuchâtelois, sont là parmi les gens les plus incandescents, qui ont ramassé des fusils et qui les distribuent aux gens qui passent devant chez eux. Vous avez Boscari qui est un agent de change et un futur membre de l'assemblée législative, agent de change, qui lui aussi ne va pas se battre, c'est pas convenable, mais distribue des fusils.

Alors ça y est le 14 juillet, le roi a reculé, on a rappelé Necker, on a gagné ! Attention. On a gagné avec un grand risque : on a armé la plèbe. Qu'est-ce qu'elle  va faire de ces fusils ? Alors il faut lui reprendre ces fusils. Et on a trouvé un truc admirable, en effet qui va réussir tout de suite. On avait distribué gratuitement ces fusils à la petite plèbe. On va les lui racheter pour 40 sous. Alors la plupart des fusils reviennent. Vous comprenez, les gens qui avaient touché un fusil pour rien, on leur dit si vous rendez le fusil, vous avez 40 sous, ils rendent leur fusil. Aux trois armées comme on a peur que ça leur ait donné des mauvaises idées, on va constituer tout de suite, dès le 15 juillet, ce qu'on appelle d'abord une milice bourgeoise. Puis le mot paraît tout de même trop nu, on appellera ça une garde nationale. La garde nationale sera une armée supplétive pour faire tenir tranquille les pauvres. Et cette garde nationale se crée à Paris, et se crée aussi en province. Maintenant, comme l'a fait Regalier, on va faire une constitution. On a annoncé que tous les Français devenaient des citoyens. Mais l'abbé Sieyès fait admettre une constitution qui divisera les Français en deux classes. Il y a ceux qui payent des impôts et ceux qui n'en payent pas. On appellera tout le monde citoyen, pour rire, mais il y aura les citoyens actifs et les citoyens passifs. C'est un chef d'oeuvre d'humour noir d'appeler citoyen passif, puisque le passif c'est celui qui n'a pas le droit de vote ! Alors, en somme il n'y a que les possédants ou les demi-possédants, ceux qui ont un petit peu d'argent, qui auront le droit de vote. C'est ça la constitution. En plus, loi Le Chapelier de 1791, à savoir interdiction est faite, sous peine de prison, aux ouvriers -aux salariés comme on le sait déjà- de se coaliser, pour je cite, pour enchérir leur travail. Défense de se coaliser pour enchérir leur travail, c'est-à-dire : interdiction est faite aux salariés, aux prolétaires, de défendre leurs intérêts. Et comme le 17 juillet 1791, les citoyens passifs se sont mémés de ce qui ne les regardait pas, lorsque ce jour-là après la fuite du roi à Varennes, ils ont demandé la déchéance du roi, il y avait 100000 personnes à peu près qui étaient réunies aux Champs de Mars pour signer sur un registre, où les cordeliers, qui étaient des gens d'extrême gauche, avaient déposé une pétition pour que le roi soit déchu ; La Fayette, chef de la garde nationale, de la garde bourgeoise, et Bailly maire de Paris, feront tirer sans sommation, sur ce peuple qui est là. Vous savez c'est une date, ce 17 juillet 1791, qu'il faudrait inscrire en rouge dans les livres, au moins aussi gros que le 14 juillet. Le 17 juillet 1791, sans sommation on fera tirer sur le peuple parce qu'il se mêle de ce qu'il ne le regarde pas, en demandant la déchéance du roi. On ne saura jamais exactement le chiffre des tués. Vraisemblablement près d'un millier. Ca c'est une leçon donnée aux petites gens qui veulent s'occuper de la gestion des affaires nationales qui n'appartient qu'aux possédants. En somme, les constituants sont des Voltériens. Comprenez-moi bien, je ne parle pas du tout de Voltaire au sens religieux. On en parle tout le temps mais on oublie que Voltaire avait une certaine doctrine politique. Et Voltaire avait affirmé la doctrine que voici : Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne. Ca c'est une morale entretenue. Eh bien c'est la morale de la constituante.

Il y avait un monsieur qui n'était pas d'accord. Un seul, un seul ! Un petit avocaillon d'Arras, qui s'appellait Maximilien de Robespierre. Il était tout seul à la constituante à faire des protestations. D'où sort-il ? C'est un garçon qui n'a pas eu de chance, il a perdu sa mère tout petit. Quand il avait 9 ans, son père a disparu. Ce petit Robespierre de 9 ans est chef de famille puisqu'il y a derrière lui deux soeurs et un petit garçon. La chance de notre Maximilien de Robespierre c'est un oncle paternel qui va obtenir pour lui une bourse de l'évèque d'Arras. C'est avec de l'argent ecclésiastique qu'il va faire ses études. Etudes au collège Louis le Grand, bonnes études, bon travailleur, il veut faire du droit. Et à 23 ans il va prendre la succession, après un intervalle, la succession de son père qui avait été avocat à Arras. C'est un garçon qui n'est pas insociable, mais on se moque un peu de lui parce qu'il a une passion : il parle tout le temps de Jean-Jacques Rousseau. Pas de Rousseau des Confessions ni de la Nouvelle Héloïse, mais le Jean-Jacques du Contrat Social. Il est fou de Jean-Jacques, il vit de Jean-Jacques, il l'a vu et il le dit à tout le monde. Il était né en 1758, Rousseau est mort en 1778. En 1978 Robespierre était encore étudiant à Paris. Il lui avait demandé une audience. Rousseau avait accepté.

Robespierre avait répendu un tract à la fin de l'année 1788 : "La plus grande partie de nos concitoyens, la plus grande partie, est réduite par l'indigence à ce suprême degré d'abaissement, où l'Homme, uniquement occupé de survivre, est incapable de réfléchir aux causes de sa misère et aux droits que la Nature lui a donné." C'est terrible de demander ça, et de dire aux gens : vous allez réfléchir aux causes de votre misère ! Vous êtes des exploités, vous êtes des malheureux, prenez-en conscience !

Un homme qui dit des choses comme ça se fait repérer tout de suite. Et même, il va encore plus loin, il va prononcer un mot terrible à la tribune. Il va parler d'hypocrisie à propos de la Déclaration des Droits de l'Homme. Pourquoi donc ? La déclaration des droits de l'Homme, votée à l'unanimité avait pour article principal : "Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit". C'était la grande phrase de la déclaration. Alors Robespierre dit : Nous avons tous voté ça, mais quelle application en faites-vous ? L'égalité je ne la vois pas, l'égalité ! Ces hommes qui sont tous égaux, alors pourquoi avez-vous distingué les Français en deux groupes : les citoyens actifs et les citoyens passifs, d'après leur argent. Ils sont tous libres ? Il y a aussi les citoyens noirs parce que la France avait encore à ce moment-là quelques colonnies, surtout dans les Antilles. Il avait demandé l'abolition de l'esclavage. Le lobby colonial qui était extrêmement puissant à la constituante avec La Fayette entre autres qui s'était absolument opposé, la constituante avait maintenu l'esclavage. Et Robespierre disait : "Hypocrisie de dire que tous les hommes...puisque les hommes noirs vous voulez les laisser en esclavage. Et puis il y a d'autres esclaves, qui ne sont pas noirs, qui sont blancs, ce sont ces ouvriers auquels vous interdisez de se coaliser pour défendre leur salaire. Je dis donc le mot hypocrisie parce que ni l'égalité, ni la liberté ne sont respectés par vous." Il avait compris aussi ce que c'était que la fédération. Si vous lisez notre ami michelet, vous voyez, et qui a été beaucoup répété depuis : "La fédération c'est la grande fête nationale française. Ca se passe le 14 juillet 1790. Les gardes nationales sont venues se rassembler à Paris. La France prend conscience de son unité. Parait-il que le patriotisme est né ce jour-là. Il ne s'agit pas de patriotisme. Il s'agit de quoi ? Du premier congrès armé de la Bourgeoisie. Ce sont les gardes nationales qui font tenir tranquille les paysans et les ouvriers qui se sont rassemblés à paris, pour dire : "Nous sommes les maîtres, nous avons les armes". Et Robespierre va dire ceci : "Vous voulez diviser la nation en deux classes, dont l'une sera armée que pour contenir l'autre. C'est aux classes fortunées que vous voulez transférer la puissance !".

                                                      (à suivre)