La 2ème Guerre mondiale

La guerre du mensonge, Paul Allard (1940)
La guerre du mensonge, Paul Allard (1940)


Liberté d'expression

en temps de guerre


"Pour tenir en laisse le moral du peuple [au début de la 2ème Guerre mondiale], nos dirigeant avait une méthode sûr : la prison. En vertu de l'état de siège, de l'article 10 du code d'Instruction criminelle, auxquels s'ajoutèrent, dès le 18 novembre 1939, une série de décrets dits "décrets des suspects", la police pouvait, sans aucune garantie d'une enquête impartiale, sans aucune réserve d'un droit de défense quelconque, ordonner l'internement de tout Français jugé dangereux, dans un centre, autrement dit dans un camp de concentration, et prononcer contre lui l'interdiction de séjour, avec assignation de résidence, et obligation d'exécuter un travail.

Par application de ces décrets, des milliers de "mauvais pensants" ont été jetés d'abord en prison : les hommes à la Santé, et les femmes à la Petite Roquette, puis dirigés sur des camps de concentration de suspects : Roland-Garros à Paris ; Rieucros pour les femmes, dans la Lozère ; et, pour les hommes, le camp du Vernet, dans l'Ariège.


Mais ce n'était pas encore suffisant !


C'est parce que cet "homme d'Etat" [Daladier] , dont on a dit que son intelligence était purement bovine, avait, tout de même, conscience que tous les Français ne s'inclineraient, ni devant son génie, ni devant celui de M. Gamelin, qu'il fit signer par le docile Albert Lebrun le décret du 25 janvier 1940 punissant, non plus seulement les informations, mais les opinions subjectives de nature à exercer une influence fâcheuse sur l'esprit des populations.

Et les premières victimes de ces mesures exorbitantes furent : un brave ouvrier parisien qui avait pronostiqué, sans méchanceté, que la Russie pourrait bien vaincre la Finlande ; un bourgeois bordelais qui, à sa table de restaurant, avait mis en doute les qualités stratégiques du généralissime français ; un éclusier de l'Yonne qui, entraîné, dans un bistrot, par de faux copains, s'était écrié, après le premier litre de vin, en frappant sur la table : Bon Dieu ! Je me demande ce qu'elle pourra bien nous rapporter c'te guerre ! ; enfin un ménage ouvrier (l'homme et la femme) coupables d'avoir, dans une correspondance échangée entre eux, du quartier de la Bastille, où résidait la femme, aux armées, où était mobilisé le mari, mal parlé de M. Edouard Daladier, chef du gouvernement ! Il avait employé un mot de trois lettres qui n'est pas le mot "sot"..."