La 1ère Guerre mondiale

La guerre du mensonge, Pau Allard (1940)
La guerre du mensonge, Pau Allard (1940)


Propagande


"Henri Guernut, ancien ministre, rappelle ses "Souvenirs de l'autre guerre" [1914-1918] :

Sous le vocable de bourrage de crânes, on désignait, en ce temps-là, toute entreprise de propagande destinée à nous faire croire que tout était bien chez nous, que tout était mal "chez eux". Que nous avions le monopole des vertus et des perfections. "Eux" autres, celui des vices et des déficiences ! Qu'il ne manquait rien à nos soldats, pas même de l'artillerie lourde et des munitions. Que leurs canons, à "eux", tiraient trop court et que leurs obus n'éclataient pas. Que, privés du strict indispensable, ils se rendaient aux nôtres, par groupe, à la vue d'une tartine.

Bien entendu, de notre côté, jamais un recul ! Jamais un revers ! Tout au plus, un jour, dans une incidente, le communiqué aligna-t-il, discrètement, notre front... de la Somme aux Vosges. Le bourrage de crânes, c'est le souvenir de tout cela !

Le résultat ?

Dans mon village, à trente kilomètres de la frontière, le mot d'ordre était comme ailleurs : "Tout va bien !" Quand le bruit du canon se rapprochait, les interprètes de la vérité officielle avaient mission de nous dire que l'artillerie anglaise faisait l'exercice.

Le matin de l'évacuation, le garde-champêtre assurait la population que les ennemis avaient été refoulés au delà de la frontière belge... en Allemagne. "Allons ! Tant mieux, répondit ma vieille voisine. pour fêter cette bonne nouvelle, monsieur le garde, buvons une tasse de café !"

Or, tenant la tasse par l'anse, elle regardait de l'autre côté de la fenêtre, lorsqu'elle vit passer dans les rues, deux uhlans [cavaliers germaniques]. D'un bond, elle se précipita hors de chez elle à travers champs. Court vêtue comme elle était, elle courut droit devant elle jusqu'à ce que, épuisée, elle se fut, le lendemain, affaissée le long de la route, dans un champ de betteraves...l'anse de la tasse entre les doigts.

Cette histoire de ma voisine, c'est l'histoire de mon petit pays. Tenus dans l'ignorance de ce qui se passait, amusés de bobards enivrants, mes compatriotes, surpris, effrayés, partirent, tout d'un coup, laissant derrière eux meubles, bétail, réserves de vivres et de récoltes."


Du témoignage, Jean Norton Cru (1930)
Du témoignage, Jean Norton Cru (1930)


Le poilu


"Quoi qu'il en soit de ce prétendu goût de risquer sa vie, le danger à la guerre prend une tout autre figure que dans les luttes individuelles. le risque demeure tout entier dans les mains de la fatalité et le combattant ne peut protéger son corps ni par son courage, ni par sa force, ni par son adresse, ni par son moral, car on n'exerce pas son ascendant sur l'obus qui vient. Le poilu se voit victime impuissante et il éprouve l'intolérable angoisse d'attendre le coup fatal du destin aveugle. Il envie le sort des deux buffles affrontés dans la savane, car le plus faible lie les cornes qui le menacent, il peut esquiver les coups et même s'échapper ; il envie les champions d'un duel ou d'une rixe qui tiennent leur vie dans leurs mains et dont tous les efforts n'ont d'autres buts que de la protéger. Les efforts demandés au pauvre poilu n'ont rien à faire avec la protection de sa vie, et s'il a horreur de sa tâche c'est que le contraire serait absurde. Seuls l'aviateur et le patrouilleur isolé ont parfois les privilèges du combat singulier, mais ces cas sont bien plus rares que l'anecdote ne l'a fait croire."