Syrie

 

 

Le gâteau syrien

 

 

« Début juin 2012, la France et le Royaume-Uni participent à la réunion du groupe de travail « Relance économique et Développement » des Amis de la Syrie, aux Emirats Arabes Unis, sous présidence allemande. Il s’agit d’impliquer les Etats membres dans la guerre en leur promettant un butin. Plusieurs années auparavant les sociétés norvégiennes Ansys et Sagex avaient officiellement procédé à la recherche d’hydrocarbures en Syrie. Bien qu’elles n’aient déclaré avoir détecté 13 champs pétroliers et gaziers qu’en deux dimensions, elles les avaient en réalité arpenté en trois dimensions et connaissaient donc la valeur de chacun d’entre eux. La Sagex ayant été rachetée par une société franco-US cotée à Londres, Veritas SSGT, trois Etats se trouvent bientôt en possession de ces précieux renseignements, mais toujours pas la Syrie qui n’en prendra connaissance qu’en 2013. Selon ces recherches, la Syrie dispose d’un sous-sol au moins aussi riche que celui du Qatar. Le Royaume-Uni fait entrer Oussama Al-Kadi, un cadre de British Gas, au Conseil national syrien. Avec son aide, Paris et Londres attribuent aux présents des concessions sur l’exploitation à venir d’un pays qu’ils n’ont pas encore conquis. »

Thierry Meyssan, Sous nos yeux (2017)

 



Médiamensonges en Syrie

 

 « En mai 2011, les télés occidentales montrent « des manifestations violemment réprimées en Syrie ». Intox. Ce sont des images d’archives du Liban en 2005. L’agence Reuters s’excusera. Le 6 juin on annonce qu’une jeune blogueuse lesbienne Amina Abdallah Arraf al Omari a été enlevée lors des manifestations. Alerte internationale. En réalité la « blogueuse syrienne » était un citoyen étatsunien Tom MacMaster qui avouera le 12 juin.

 

 Le 7 août 2011, CNN accuse les milices du régime d’avoir détruit le générateur de l’hôpital d’Hama, provoquant l’arrêt des couveuses et la mort de huit bébés prématurés. Intox. L’image provient d’Egypte et les bébés sont en bonne santé.

 

A Jisr Al Chougou, les 6 et 7 juin, cent vingt soldats de l’armée syrienne sont massacrés parce que, disent les médias, ils refusaient de tirer sur les manifestants. Intox. Des vidéos prouveront plus tard qu’ils avaient été piégés dans une embuscade des rebelles armés comme l’affirmait le gouvernement.

  

Le 20 novembre 2011, Al Jazeera annonçait que le siège du parti Baath avait été attaqué à Damas, signe que le régime, touché en plein cœur, vacillait. Intox. Invention complète.

 

En juin 2011, France 24 annonce la démission de l’ambassadrice syrienne à Paris « pour protester contre le cycle de violence ». Intox. Elle exercera ses fonctions jusqu’en mai 2012 quand elle sera expulsé par le gouvernement français.

 

L’assassinat du journaliste Gilles Jacquier (France 2) le 11 janvier 2012 est immédiatement attribué à l’armée syrienne malgré le manque de témoignages. Intox. « Les analyses balistiques et les renseignements recueillis sur place par nos sources juste après le drame indiquent que Jacquier a été tué d’un tir d’obus de mortier de 81 mm venu d’un quartier sunnite rebelle. Des analyses montrent assez précisément la source du tir. Tous les services spécialisés (DCRI et DGSE) sont d’accord sur cette conclusion. (Le Figaro, 17 janvier 2012) »

 

Le 25 mai 2012, un massacre fait des dizaines de victimes civiles à Houla. Les médias occidentaux accusent les milices pro-gouvernementales. Le journaliste allemand Jurgen Todenhofer, se basant sur des rapports des services allemands, dénonce une opération false flag, effectuée par des milices de l’opposition pour en faire porter la responsabilité au gouvernement.

 

Le 21 août 2013, des armes chimiques sont utilisées à la Ghouta, dans la banlieue de Damas. Obama et Kerry, Hollande et Fabius prétendent que seul le gouvernement syrien a les moyens d’effectuer une telle attaque. Le secrétaire d’Etat John Kerry affirme disposer de preuves irréfutables impliquant le régime syrien. Son rapport présenté au Congrès en vue de faire voter une intervention armée mentionne des analyses balistiques et une conversation interceptée avec le chef de l’unité des armes chimiques. Intox. Un groupe d’anciens officiers des renseignements US, les Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) écrivent à Obama, sur base de confidences d’officiers de la CIA, que le directeur de la CIA, John Brennan, est en train « de commettre une fraude – du type de celle commise avant la guerre en irak – envers les membres du Congrès, les médias, le public, et peut-être même envers vous ».

 

Le 10 septembre 2013, Obama déclare savoir que le régime d’Assad est responsable de l’attaque au Sarin. Intox. Le journaliste d’investigation Seymour Hersh se base sur les révélations d’Edward Snowden et des confidences pour affirmer que les services US avaient perdu la capacité d’intercepter les communications syriennes. Hersh accuse le front al-Nosra, un groupe de jihadistes affiliés à Al-Qaïda, et affirme que le gouvernement US disposait de rapports prouvant qu’al-Nosra maîtrisait la technique de production du sarin et était capable d’en produire en quantité.

 

Au mois d’août 2014, une très forte couverture internationale a été donnée à la terrible décapitation du journaliste US James Foley. Pourquoi les médias n’ont-ils pas parlé de la décapitation, au même moment de 220 soldats syriens par Daesh près de la base aérienne de Taqba* ? Parce que l’opinion aurait compris que ces mêmes horreurs, les Syriens en étaient victimes depuis des années ?

* The Mass execution of 220 syrian soldiers,www.syrianfight, 30 août 2014

 

Michel Collon, Je suis ou je ne suis pas Charlie (2015)


Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine (2009), John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, Editions La découverte.
Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine (2009), John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, Editions La découverte.

 

  "A la racine du conflit actuel entre Israël et la Syrie, il y a la question du plateau du Golan, qu'Israël a arraché à la Syrie pendant la guerre des Six-jours, provoquant l'exode de 80000 habitants syriens. En 1981, le Golan est passé sous le régime des lois israéliennes, ce qui constitue une annexion de fait. La Syrie tient absolument à récupérer ce territoire et c'est à cette fin qu'elle soutient des groupes terroristes comme le Hamas et le Hezbollah ; l'armée syrienne est trop faible pour menacer Israël et ces groupes constituent son seul moyen de pression sur l'Etat hébreu. En 1994, le Premier ministre Yitzhak Rabin a affirmé son accord de principe sur une restitution du plateau du Golan à la Syrie en échange d'une complète normalisation des relations entre les deux pays.[...]

Rabin fut assassiné un an plus tard, mais ses successeurs -Shimon pérès et Benjamin Netanyahou- continuaient en principe à s'accorder sur le retrait. Mais Pérès resta trop peu de temps à son poste pour s'engager dans des négociations et Netanyahou, pour diverses raisons, n'en fit pas une priorité. Le successeur de Netanyahou,Ehud Barak, était également prêt à rendre aux Syriens la quasi-totalité du Golan, mais il ne souhaitait pas s'engager à un retrait intégral sur les frontières de 1967.

Dans la seconde moitié des années 1990, les relations entre Israël et la Syrie n'était pas pas foncièrement mauvaise, dans la mesure où les deux pays s'efforçaient par divers canaux de parvenir à un accord. L'administration Clinton était profondément impliquée dans ce processus de négociation et souhaiutait faire aboutir une solution définitive[...]. Ce qui signifie qu'à l'époque les relations entre la Syrie et les Etats-Unis étaient raisonnablement positives, bien que la Syrie fut une dictature dirigée par un parti unique et que l'Administration Clinton se soit publiquement engagée à "propager la démocratie" dans le monde.[...]

A l'automne 1999, le président Clinton était convaincu qu'un accord entre Israël et la Syrie était enfin à portée de main. Début janvier 2000, en réponse à une demande insistante de Barak, il invita les deux czamps à se réunir à Shepherdstown, en Virgine occidentale. Mais barak, qui s'était soudain rendu compte que l'opinion publique israélienne ne voyait pas d'un bon oeil la perspective de rendre le Golan à la Syrie, adopta une position inflexible et s'efforça de projeter une image de "dur" en ralentissant le processus. Les négociations échouèrent. Comme devait l'observer ultérieurement Denis Ross, principal négociateur et bras droit de Clinton pour les affaires moyen-orientales, "si Barak n'avait pas fait marche arrière, il y aurait pu y avoir un accord en janvier 2000". [...] Pour Clinton, il est clair que les responsables de l'échec des négociations étaient les Israéliens, pas les Syriens.

Sharon remplaça Barak au poste de Premier ministre en février 2001. Ce changement déteriora considérablement les relations israélo-syriennes et par voie de conséquence, les relations entre Damas et Washington. Contrairement à ses quatre prédécesseurs, Sharon n'avait aucune intention de restituer le plateau du Golan. "Même dans mes moments de fantaisie les plus fous, je n'aurais jamais accepté une telle concession", déclara-t-il. Le sucesseur de Sharon, Ehud Olmert, s'est également prononcé sans ambiguïté : "Le plateau du Golan restera en notre possession pour toujours."[...]

Malgré cette farouche résistance à l'abandon du Golan, il existe au sein des cercles dirigeants israéliens un degré important de soutient à la négociation d'un accord avec la Syrie. C'est particulièrement vrai chez les militaires. Le chef d'état-major de Tsahal a ainsi déclaré en 2004 qu'Israël était capable de se défendre sans le plateau du Golan et serait plus en sécurité s'il signait un traité de paix avec la Syrie. Non seulement l'Etat hébreu bénificierait de la normalisation de ses relations avec un ennemei de longue date, mais le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique perdrait le soutient de Damas. [...]

Pour justifier leur intransigeance, les dirigeants israéliens dépeignent la Syrie comme un "Etat voyou" auquel on ne peut pas faire confiance et qui ne comprend que la force. Rien d'étonnant à ce que l'ambassadeur syrien à Washington ait déclaré début 2004 que "plus nous parlons de paix, plus nous sommes attaqués".

De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis (2004), Noam Chomsky, Editions Agone.
De la guerre comme politique étrangère des Etats-Unis (2004), Noam Chomsky, Editions Agone.

 

  "Bush a imposé de nouvelles sanctions contre la Syrie, mettant en application le Syria Accuntability Act voté par le Congrès le 12 décembre 2003. Cette loi équivaut à une déclaration de guerre contre la Syrie au cas où elle s'aviserait de désobéir aux Américains. La Syrie se trouve sur la liste officielle des Etats qui soutiennent et financent le terrorisme. Pourtant la CIA reconnait qu'il n'y a pas trace d'implication de ce pays depuis de nombreuses années et qu'il s'est montré très coopératif dans la lutte contre le terrorisme, notamment en fournissant à Washington des informations importantes sur Al-Qaida et d'autres groupes islamistes radicaux. Le sérieux de la préoccupation de Washington concernant les liens de la Syrie avec le terrorisme fut démenti il y a dix ans par Clinton lui-même. Il proposa de rayer la Syrie de la liste des Etats soutenant le terrorisme si elle acceptait les termes de l'accord de paix proposé par Israël et les Etats-Unis. Comme la Syrie insista malgré tout pour récupérer ses territoires conquis par Israël, elle demeura sur la fameuse liste. Si cela n'avait pas été le cas, la Syrie aurait été le premier précédent depuis l'Irak en 1982, sorti de la liste à l'initiative des actuels responsables en poste à Washington, alors dans leur phase reaganienne, lesquels purent aussi abreuver Saddam Hussein d'une aide cruciale alors qu'il commettait ses pires atrocités. [...]

Comme le note Steven Zunes, spécialiste des relations internationales, le Syria Accounting Act de décembre 2003 nous en dit en fait encore plus sur les priorités nationales et les doctrines dominantes dans les milieux intellectuels et moraux du pays. Ce décret invoque la résolution 520 du conseil de sécurité des Nations unies, qui exige le respect de l'intégralité territoriale et de la souveraineté du Liban. La Syrie y maintient toujours des troupes, dont le déploiement avait été bien accueilli en 1976 par les Etats-Unis et Israël à une époque où il s'agissait de massacrer les Palestiniens. Ce qui a échappé aux parlementaires et aux commentateurs, c'est que la résolution 520, votée en 1982, visait explicitement Israël et non la Syrie. Et que, depuis vingt-deux ans qu'Israël viole cette résolution et d'autres adoptées par le conseil de sécurité au sujet du Liban, il n'y a jamais eu d'appel à des sanctions ou à une réduction de l'aide économique et militaire, considérable et inconditionnelle, accordée à Israël. Ce silence est partagé, depuis vingt-deux ans rappelons-le, par ceux-là même qui vienne de voter le Syria Accountability Act, condamnant la Syrie pour violation de la résolution des Nations unies qui ordonne à Israël d'évacuer le Liban. Pour Zunes, il y a donc un principe tout à fait clair : " La souveraineté libanaise doit être défendue lorsque l'occupant est un Etat auquel les Etats-Unis sont hostiles mais elle ne compte plus dès lors que l'occupant est un allié."