Le néolibéralisme


La bourse ou la mort


"En mai 2013, le meurtre d’un militaire à l’orée d’une banlieue de Londres, touchée par la misère sociale, provoqua des tensions raciales. Elles entraînèrent plusieurs quartiers au bord de la guerre civile. Ce fut le point d’orgue d’une situation conflictuelle larvée depuis une poignée de décennies entre d’un côté le petit peuple prolétaire blanc anglais et, de   l’autre,   le   petit   peuple   prolétaire   musulman   d’origine  indo-pakistanaise. La presse vendit ces évènements comme un « choc des civilisations ». Pathétique…


Bien informés, les prolétaires blancs anglais se seraient retournés contre la politique néolibérale suivie par leurs différents gouvernements depuis la fin des années 1970. Une politique qui a entraîné des délocalisations sauvages, détruisant le tissu industriel du pays par le fait d’une mise en concurrence de la main d’œuvre anglaise avec celle du reste du monde. Une concurrence particulièrement marquée pour les ouvriers peu qualifiés. Une situation qui tira indubitablement l’emploi, les salaires et les droits sociaux à la baisse. Cette politique néolibérale favorisant la libre circulation des capitaux et des personnes a, de fait, encouragé l’entrée massive de main d’œuvre étrangère bon marché pour concurrencer directement les autochtones au regard des quelques emplois restants, ceux non délocalisables. Outre la pression sur l’emploi, la venue en nombre de nouveaux arrivants a créé de prévisibles problèmes d’intégration au travers de ce climat de récession et de cette société encline au communautarisme. C'eut été utopique que de croire que cela aurait pu se passer autrement dans de telles conditions économico-sociales dégradées.


Des milliers d’indo-pakistanais ont donc quitté (eux ou leurs descendants) leur pays d’origine, ce que l’on ne fait jamais de gaieté de cœur, attirés par le mirage capitaliste britannique. Un mirage rendu vital par le manque d’emplois dans leur pays d’origine, lui qui a fait le choix, plus ou moins forcé, de sortir d’une société traditionnelle nécessiteuse en main d’œuvre, pour se convertir à l’industrialisation et la fabrication de masse, Une conversion fortement incitée par les avants postes néolibéraux que peuvent représenter l’inquisitrice Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui purge la Terre des protectionnistes, l’autocrate Fond Monétaire International (FMI) qui ne prête qu’en contrepartie de libéralisation de l’économie et des services, les fameux « ajustements structurels », et épisodiquement par l’intimidante puissance militaire américaine qui a une fâcheuse tendance à recadrer tout Etat qui resterait sourd à un tel changement de société. L’Histoire n’est pas à une ironie près quand on constate que, d’un côté, des pays sont forcés au libre-échange, et de l’autre, des pays prônant ce même libre-échange, ne le pratiquent pas ! Les entreprises de pays tels que l’Inde ont dû faire face à des multinationales souvent financées par des aides d’Etat à l’export et dont la main d’œuvre est choisie dans l’espace géographique le plus rentable du moment. Oh, concurrence libre et complètement faussée !


Pourvus d’une réelle information, d’un réel désendoctrinementet du recul nécessaire à l’ingestion et à l’analyse de telles données, nos  deux  groupes  de  prolétaires  anglais,  les  blancs  et  les  Indo-pakistanais d’origine, se seraient pris la main pour combattre leur véritable ennemi, ce monde néolibéral financiarisé et apatride dont le quartier de la City à Londres est l’archétype. Ou comment se tromper de cible… "


« Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. »

Malcom X

 

 

Comprendre le pouvoir, Noam Chomsky
Comprendre le pouvoir, Noam Chomsky

 

Concurrence libre et faussée

 

Les Etats-Unis ont pu développer l'industrie sidérurgique il y a un siècle parce qu'ils violaient radicalement les règles du marché "libre" et ils ont pu redresser l'industrie sidérurgique au cours des dix dernières années (années 1980) grâce à des mesures telles que la restriction des importations étrangères, le démantèlement des syndicats -ce qui permis une baisse des salaires- et l'application brutale de tarifs douaniers exorbitants sur l'acier étranger. Les reaganiens ont toujours parlé avec enthousiasme des "tendances du marché", mais ils refusaient de les laisser fonctionner, et ce pour une raison très simple : s'ils avaient laissé fonctionner les tendances du marché, les Etats-Unis n'auraient plus d'industrie de l'automobile, ou d'industrie des microprocesseurs, ou informatique, ou électronique, parce qu'ils auraient été complètement écrasés par les Japonais. Les reaganiens ont donc barré l'entrée des marchés américains et investi une quantité énorme de fonds publics. D'ailleurs, ils ne s'en sont pas du tout cachés dans le milieu des affaires, bien que de la population oui. Quand il était secrétaire des finances, James Baker a proclamé fièrement en 1987 devant une assemblée d'hommes d'affaires que Ronald Reagan "a accordé à l'industrie américaine plus de mesure de sauvegarde qu'aucun de ses prédécesseurs en plus d'un demi-siècle" -ce qui était bien trop modeste, en fait ; à cette époque, Reagan a probablement accordé à l'industrie plus de mesure de sauvegarde que tous ses prédécesseurs réunis.

 

Le capitalisme malade de sa monnaie, E. Husson et N. Palma (2009)
Le capitalisme malade de sa monnaie, E. Husson et N. Palma (2009)

 

Abolition des barrières douanières

 

Il n'est pas difficile de comprendre qu'il s'agit de l'axe principal du néolibéralisme au niveau du marché international. Les pays riches pratiquent le protectionnisme, tandis que les pays pauvres doivent fonctionner en libre échange. Cela dit, il convient de remarquer que cette politique ne se réduit pas simplement à l'existence ou à la non-existence de barrières douanières. Car, comme nous l'avons dit, les pays riches pratiquent aussi le dumping, c'est-à-dire les subventions à la production et aux exportations agricoles. De sorte que les pays dits du Tiers-monde sont obligés, à cause de l'absence de fiscalité douanière, de taxer de plus en plus leurs propres exportations. Ainsi, les pays riches subventionnent fortement leurs productions et leurs exportations agricoles, tandis que les pays pauvres taxent les exportations.

Dans le cas du coton, on fait souvent la comparaison entre les Etats-Unis et l'Afrique francophone de l'Ouest. Les Etats-Unis, sont, en effet, de loin le premier producteur et exportateur de coton du monde, tandis que l'Afrique de l'Ouest, de la zone franc CFA, en est la deuxième. Le fait est qu'environ dix millions de personnes vivent de l'or blanc en Afrique de l'Ouest et subissent non seulement l'effet de quelques "4 milliards de dollars versés par Washington à ses 25000 producteurs américains", mais aussi de la dépréciation du billet vert. Le franc CFA est en parité pure avec l'Euro de sorte que la dépréciation du billet vert a rendu les produits de cette zone monétaire moins compétitifs que ceux de l'espace dollar, comme l'Amérique Latine par exemple.