Elites et Pouvoir

Histoire et mystifications, Michael Parenti (1999)
Histoire et mystifications, Michael Parenti (1999)

 

Les élites possédantes

 

      "La classe dirigeante est la composante politique active de la classe possédante, les hauts commandants de la finance et de la politique qui fixent les normes pour l'investissement et la concentration du capital. Ils jouent un rôle dominant dans la détermination des barèmes de salaires et des conditions de travail de millions de personnes. Ils dépouillent les employés de leurs bénéfices et réduisent le volume de la main-d’œuvre active, tout en combattant infatigablement les organisations syndicales. Ils fixent les taux d'intérêt et ils contrôlent la masse monétaire, jusqu'à la monnaie nationale elle-même. Ils bénéficient d'un contrôle oligarchique des principales technologies de production industrielle et de communication de masse. Eux-mêmes et leurs adjoints peuplent les conseils d'administration des sociétés, des universités et fondations. Ils commettent de façon répétée de graves crimes sociaux, mais ne vont presque jamais en prison. Ils font des raids sur le Trésor Public pour obtenir des subventions aux entreprises, du capital-risque, du capital de sauvetage, des aides à l'exportation et au développement, du capital promotionnel, des capitaux propres.

 

Ils pillent le domaine public, dominent les ondes, détruisent la forêt primitive, ils polluent les terres et les eaux d'effluents industriels, appauvrissent la couche d'ozone et mettent en péril toute l'écologie planétaire pour de rapides profits. Dans leur pays, comme à l'étranger, ils sont fidèlement servis par l'Etat de Sécurité nationale (Ministère de la Défense, Services secrets), avec tous ses dispositifs de dissimulation et son appareil répressif. Leurs fidèles acolytes occupent les postes de responsabilité des plus puissantes agences de sécurité et des ministères, indépendamment du parti ou de la personnalité qui se trouve à la tête de l'Etat.

 

Ils créent des accords internationaux (ALENA, GATT...) qui contournent les protections démocratiques des Etats souverains et nuisent à la capacité des gouvernements populaires de développer les services publics pour d'autres que ces puissants intérêts. Leur domination économique globale et leurs contributions aux campagnes électorales, leur monopole sur les médias, leurs lobbyistes grassement payés et leurs experts en relations publiques, prédéterminent régulièrement qui sera traité comme candidat politique majeur et quels paramètres politiques prévaudront. Ces élites dirigeantes ne sont ni omnipotentes ni infaillibles. Elles souffrent de confusions et d'échecs, et connaissent des différends entre elles. Elles doivent parfois tâtonner pour protéger et faire avancer leur intérêts face des circonstances fluctuantes, apprenant par la méthode des essais et erreurs. Cependant, leur accumulation de capital continue sans relâche. Bien que relativement peu nombreuses, elles tirent le meilleur parti de ce qu'il est possible d'obtenir. Leur richesse sert leur puissance et leur pouvoir sert leur richesse.