Démocratie

A nos amis, Comité invisible (2014)
A nos amis, Comité invisible (2014)

 

Démocraties ?

 

"La "plus grande démocratie du monde" lance sans remous majeurs une traque globale contre un de ses agents, Edward Snowden, qui a eu la mauvaise idée de révéler son programme de surveillance généralisée des communications. Dans les faits, la plupart de nos belles démocraties occidentales sont devenues des régimes policiers parfaitement décomplexés, tandis que la plupart des régimes policiers de ce temps abordent fièrement le titre de "démocratie". Nul ne s'est trop offusqué qu'un premier ministre tel que Papandréou se soit vu licencié sans préavis pour avoir eu l'idée vraiment exorbitante de soumettre la politique de son pays, c'est-à-dire de la Troïka, aux électeurs. Il est d'ailleurs devenu coutumier, en Europe, de suspendre les élections tant qu'on anticipe une issue incontrôlable ; quand on ne fait pas revoter les citoyens lorsque le scrutin ne donne pas le résultat escompté par la Commission européenne. les démocrates du "monde libre" qui plastronnaient il y a vingt ans doivent s'arracher les cheveux. Sait-on que Google, confronté au scandale de sa participation au programme d'espionnage Prism, en a été réduit à inviter Henry Kissinger pour expliquer à ses salariés qu'il fallait s'y faire, que notre "sécurité" était à ce prix ? Il est tout de même cocasse d'imaginer l'homme de tous les coups d'Etat fascistes des années 1970 en Amérique du Sud disserter sur la démocratie devant les employés si cools, si "innocents", si "apolitiques" du siège de Google dans la Silicon Valley."

Démocratie, Histoire d'un mot, Francis Dupuis-Déri (2013)
Démocratie, Histoire d'un mot, Francis Dupuis-Déri (2013)

 

Elections et démocratie

 

"Comme le rappelle le politologue contemporain Bernard Manin, l'élection implique une attitude élitiste, puisqu'il est implicite que certains individus peuvent être considérés plus aptes que les autres à gouverner. En principe, c'est bien parce qu'ils sont considérés comme meilleurs en ce qui a trait à la politique que certains citoyens sont élus par leurs pairs pour gouverner la communauté. Les plus grands philosophes de l'Antiquité s'accordaient d'ailleurs pour associer le tirage au sort à la démocratie et l'élection à l'aristocratie. Platon affirme qu'en démocratie, "le plus souvent les charges publiques sont tirés au sort" ; Aristote explique quant à lui que " là où tous ceux qui sont désignés parmi tous le sont par élection, la situation est aristocratique" et qu'"il est considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu'elles soient électives". Dans la démocratie d'Athènes, les citoyens qui devaient occuper des postes officiels étaient généralement choisis par tirage au sort, car chaque citoyen se considérait vraiment l'égal de l'autre, tous étant capables d'exprimer une volonté politique."

 

Sabordage, Christian Harbulot (2013)
Sabordage, Christian Harbulot (2013)

  

Au nom de la démocratie

 

"S'il pèse désormais sur cette guerre au terrorisme le soupçon d'un prétexte, cette "théorie du complot" ne suffit pas à masquer une évidence aux conséquences beaucoup plus graves pour l'avenir de la première puissance mondiale. La mission autoproclamée des Etats-Unis d'apporter la démocratie au monde est devenue au mieux une utopie, au pire une phrase de propagande. La lutte contre les totalitarisme avait permis à l'Amérique d'incarner la légitimité de la puissance en devenant la porte-parole de la défense des démocraties du monde libre. Nous savons aujourd'hui que les Etats-Unis ne peuvent plus prétendre incarner un tel mythe à cause de leurs contradictions internes :

- la criminalisation du champ social (2,3 millions de personnes emprisonnées, les ghettos urbains des minorités moires et hispaniques et l'emprise du commerce de la drogue).

- les déficiences récurrentes du mode de vie américain (alimentation industrielle à la source de nombreux problèmes de santé publique).

- les limites du système démocratique (intrusions répétitives et amplifiées par la société de l'information du système sécuritaire dans la vie privée des citoyens)."