Les assassins financiers

Les confessions d'un assassin financier, Jhon Perkins, Al terre (2005)
Les confessions d'un assassin financier, Jhon Perkins, Al terre (2005)

 

     "Claudine n'y est pas allée par quatre chemins lorsqu'elle m'a décrit la nature de mon travail. Je devrais, dit-elle : "Encourager les dirigeants de divers pays  à s'intégrer à un vaste réseau promouvant les intérêts commerciaux des Etats-Unis. Au bout du compte, poursuit-elle, ces dirigeants se retrouvent criblés de dettes, ce qui assure leur loyauté. Nous pouvons alors faire appel à eux n'importe quand pour nos besoins politiques, économiques ou militaires. De leur côté, ils consolident leur position politique en créant pour leur peuple des zones industrielles, des centrales électriques et des aéroports. Les propriétaires des compagnies américaines d'ingénierie et de construction s'enrichissent ainsi fabuleusement."

Nous voyons aujourd'hui les résultats de ce système qui a dérapé. Nos compagnies les plus respectables paient des salaires de famine à des gens qu'elles font suer dans des conditions inhumaines dans des ateliers clandestins d'Asie. Les sociétés pétrolières déversent sans justification des toxines dans les fleuves des forêts tropicales, tuant consciemment des gens, des animaux et des plantes, commettant le génocide d'anciennes cultures. L'industrie pharmaceutique refuse à des millions d'Africains infectés par le V.I.H. des médicaments qui pourraient leur sauver la vie. Aux Etats-Unis même, douze millions de familles ne mangent pas à leur faim. [...] Les Etats-Unis ont dépensé plus de 87 milliards de dollar pour la guerre d'Irak alors que les Nations Unies estiment que nous pourrions, avec la moitié de ce montant, fournir de l'eau potable, une nourriture équilibrée, des services sanitaires et une instruction élémentaire à chaque habitant de la planète...Et nous nous demandons pourquoi des terroristes nous attaquent !"

 

 

     "C'est ce que les assassins financiers font le mieux : construire un empire global. Ils constituent un groupe d'élite d'hommes et de femmes qui utilisent les organisations financières internationales pour créer les conditions permettant d'assujettir d'autres nations à la corporatocratie formée par nos plus grandes compagnies, notre gouvernement et nos banques. Comme leurs homologues de la Mafia, les assassins financiers accordent des faveurs. Lesquelles ? Des prêt pour développer les infrastructures : centrales électriques, autoroutes, ports, aéroports ou zones industrielles. Ces prêts sont octroyés à la condition suivante : ce sont des compagnies d'ingénierie et de construction américaines qui doivent réaliser tous ces projets. On peut donc dire qu'en réalité l'argent ne quitte jamais les Etats-Unis, mais qu'il est simplement transféré des banques de Washington aux compagnies d'ingénierie de New-York, Houston ou San Francisco.

Bien que l'argent retourne presque immédiatement aux compagnies membres de la corporatocratie (le créancier), le pays récipiendaire doit tout rembourser, capital et intérêts. Si l'assassin financier a bien travaillé, les prêts sont si élevés que le débiteur faillit à ses engagements au bout de quelques années. Alors, tout comme la Mafia, nous réclamons notre dû, sous l'une ou l'autre des formes suivantes : le contrôle des votes aux Nations Unies, l'installation de bases militaires ou l'accès à de précieuses ressources comme le pétrole ou le canal de Panama. Evidemment, le débiteur nous doit encore l'argent... et voilà donc un autre pays qui s'ajoute à notre empire globale."

 

 

     "L'Equateur est très représentatif des divers pays que les assassins financiers ont mis au pas sur le plan politico-économique. Pour chaque 100 dollars de pétrole issu des forêts équatoriennes, les compagnies pétrolières reçoivent 75 dollars. Des 25 dollars qui restent, les trois quarts doivent servir à rembourser la dette étrangère. Le reste couvre surtout les dépenses militaires ou autres, ce qui ne laisse qu'environ 2,50 dollars pour la santé, l'éducation et les programmes d'aide aux pauvres. Ainsi pour chaque 100 dollars de pétrole tiré de l'Amazonie, moins de 3 dollars vont aux gens qui en ont le plus besoin, et dont la vie a été chambardée par les barrages, le forage et les pipelines, et qui meurent par manque de nourriture saine et d'eau potable." 

 

 

     "Comme les volontaires de la guerre de l'Indépendance américaine, les Musulmans étaient prêts à combattre pour leurs droits, et, comme les Anglais de ces années 1770, nous qualifions leurs actes de terroristes. L'Histoire semblait se répéter.

Je me demandai ce que serait le monde si les Etats-Unis et leurs alliés utilisaient tout l'argent englouti dans les guerres coloniales, comme celle du Viêtnam, pour éradiquer la faim ou pour rendre disponible à tous, y compris à leur propre peuple, une éducation et des soins de santé élémentaires. [...] Je ne pouvais pas croire que les pères fondateurs n'avaient envisagé le droit à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur que pour les Américains. Pourquoi donc établissons-nous maintenant des stratégies promouvant les valeurs impérialistes qu'ils avaient combattues ?"