L'Amérique latine


Cuba contre le terrorisme


"Actuellement [2004], un procès extrêmement important passe en appel à Miami. C'est l'affaire des Cinq de Cuba. Je n'ai pas vu beaucoup d'articles à ce sujet. Rappelons brièvement le contexte. Les Etats-Unis ont déclenché une guerre terroriste contre Cuba en 1959, elle a vite pris de l'ampleur sous Kennedy avec l'opération Mangouste (programme d'opérations paramilitaires, de guerre économique et de sabotage lancé en 1961) et a bien failli déclencher un conflit nucléaire mondial. Les atrocités ont probablement connu leur apogée à la fin des années 1970. Mais, à cette date, les Etats-Unis s'étaient dissociés de la campagne de terreur et, pour autant que nous le sachions, ne réalisaient pas d'attentats directement. Ils abritaient des terroristes qui menaient contre Cuba des attaques - très graves - en violation de la loi américaine et du droit international. Ces actes de terrorisme, soit dit en passant, ont continué au moins jusqu'à la fin des années 1990. Nous n'avons pas à nous demander si leurs auteurs sont ou ne sont pas des terroristes : le FBI et le département de la Justice les qualifient de terroristes dangereux, donc prenons-les au mot. Orlando Bosch, par exemple : le FBI l'accuse de nombreux attentats terroristes graves, dont certains commis sur le sol des Etats-Unis ; le département de la justice l'a présenté comme une menace contre la sécurité des Etats-Unis et a préconisé son expulsion. Bosch a notamment participé à la destruction d'un avion de ligne de la compagnie Cubana : cet attentat a fait 73 morts en 1976. George Bush I, à la demande de son fils Jeb, le gouverneur de Floride, a octroyé à Bosch la grâce présidentielle. Il vit donc tranquillement à Miami, et nous donnons refuge à une personne que le département de la Justice considère comme un dangereux terroriste, une menace contre la sécurité des Etats-Unis.

Quand il s'est avéré que les Etats-Unis ne faisaient rien pour empêcher les terroristes résidant sur leur territoire d'organiser des attentats, Cuba a décidé d'envoyer des agents infiltrer les organisation terroristes en Floride pour recueillir des informations. Après quoi il a invité des agents du FBI à venir à La Havane, ce qu'ils ont fait. En 1998, Cuba a remis à de hauts responsables du FBI des milliers de pages de documents et de vidéocassettes sur la préparation d'actions terroristes en Floride. Et le FBI a réagi... en arrêtant les infiltrés. C'est cela l'affaire des Cinq de Cuba : les agents infiltrés qui ont donné au FBI des informations sur des terroristes au Etats-Unis ont été arrêtés. Ils ont été traduits en justice à Miami, et le juge a refusé de transférer le procès ailleurs, ce qui est ridicule. Le procureur a concédé qu'il n'y avait, au fond, aucune charge contre ces Cubains. Ils n'en ont pas moins été condamnés. L'affaire passe actuellement en appel*, mais trois d'entre eux ont été condamnés à la perpétuité, les autres à de longues peines de prison, et on a refusé le droit de visite à leurs familles. C'est l'illustration parfaite de l'Etat offrant refuge aux terroristes, et ce devrait être un immense scandale."

*Le 27 mai 2005, le groupe de travail de l'ONU sur les détentions arbitraires a déclaré la détention des Cinq arbitraire et contraire au droit international. Le 9 août 2005, la cour d'appel d'Atlanta a annulé toutes les condamnations prononcées contre eux. Mais le gouvernement des Etats-Unis a fait appel de cette décision de justice, et, au début 2006, les Cinq sont toujours en prison - depuis 7 ans.


Les confessions d'un assassin financier, John Perkins, Al Terre (2005).
Les confessions d'un assassin financier, John Perkins, Al Terre (2005).

 

     "Dans un article du New York Times du 14 avril 2002 on peut lire que les Etats-Unis ont soutenus des régimes autoritaires dans toute l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud pendant et après la guerre froide, afin de protéger leur intérêts économiques et politiques.

Dans le minuscule pays du Guatemala, la CIA a fomenté un coup d'Etat en 1954 afin de renverser un gouvernement démocratiquement élu, et elle a subséquemment appuyé des gouvernements de droite contre de petits groupes rebelles gauchistes pendant quatre décennies. Environ 200 000 civils ont été tués.

Au Chili, un coup d'Etat soutenu par la CIA a permis à Pinochet de prendre le pouvoir et de diriger le pays de 1973 à 1990. Au Pérou, un fragile gouvernement démocratique cherche encore à établir quel fut le rôle de la CIA dans le maintien au pouvoir, pendant une décennie, du président Alberto K. Fujimori, maintenant déchu et tombé en disgrâce, et de son peu honorable chef espion, Vladimiro L. Montesinos.

Les Etats-Unis ont dû envahir le Panama en  1989 pour déloger son narco-dictateur, Manuel A. Noriega, qui avait servi d'informateur aux services secrets américains pendant presque vingt ans. Et la lutte pour créer par tous les moyens une opposition non armée contre les gauchistes du Nicaragua dans les années 80, y compris en vendant des armes à l'Iran pour de l'argent liquide, a conduit à l'inculpation d'anciens officiels du gouvernement Reagan.

Parmi ceux qui firent l'objet d'une enquête figurait Otto J. Reich, un vétéran des luttes latino-américaines. Aucune accusation ne fut jamais portée contre M. Reich. Il devint plus tard ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela et il est maintenant sous-secrétaire d'Etat aux affaires interaméricaines, par nomination présidentielle. La chute en 2002 de M. Chavez (président du Venezuela depuis 1998) est l'une de  ses gloires."

 

"Si M. Reich et le gouvernement Bush ont célébré le coup d'Etat contre Chavez, la fête a pris fin soudainement... Par un étonnant renversement de situation, Chavez était de retour au pouvoir moins de 72 heures plus tard. Contrairement à l'Iranien Mossadegh, il avait réussi à garder les militaires de son côté malgré toutes les tentatives pour amener les plus hauts officiers à se retourner contre lui.

En dernière analyse, l'opération de déstabilisation du Venezuela et la tentative de renversement de son président fut un désastre pour le gouvernement Bush.

Le Los Angeles Times rapporta ceci : Des membres du gouvernement Bush ont admis mardi qu'ils avaient discuté durant des mois, avec des leaders militaires et civils du Vénézuela, du renversement du président venezuelien Hugo Chavez. Le rôle du gouvernement (Etats-Unien) dans le coup d'Etat avorté est maintenant sérieusement examiné."

 

American war machine, Peter Dale Scott, Demi-lune (2012)
American war machine, Peter Dale Scott, Demi-lune (2012)


Mexique

 

     "Pays après pays, le capitalisme sauvage -et particulièrement l'absence de contrôle- a créé des magnats super riches qui ont ensuite pillé leur pays. Concernant le Mexique, une nouvelle classe d'oligarques, similaires à ceux d'Eltsine en Russie, a émergé suite aux privatisations conduites sous la présidence Salinas.

Selon un article du quotidien mexicain Reforma, les rapports gouvernementaux révèlent que Raul Salinas avait des liens avec les barons de la drogue au Mexique dès 1987. Un de ces documents indique que Salinas avait garanti de protéger le groupe dirigé à l'époque par Juan Garcia Abrego. En retour, selon les documents, Salinas recevait "de nombreux cadeaux" des dirigeants du Cartel du Golfe.

Une des banques liées au cercle Salinas-Zedillo, la Banamex, semble avoir profité de protections américaine. En mai 1998, deux employés haut placés de Banamex furent mis en examen aux Etats-Unis suite à l'opération Casablanca. Robert Rubin, alors Secrétaire du Trésor, déclara qu'il s'agissait du "cas de blanchiment d'argent le plus important et le plus détaillé de l'histoire judiciaire des Etats-Unis". Le bureau des gouverneurs de la Reserve fédérale saisit aussi 3,8 millions de dollars à la Banamex, mais Rubin quitta ensuite le Trésor pour devenir le numéro deux chez Citicorp, suite à quoi Citicorp racheta Banamex entraînant l'effondrement de l'accusation dans l'affaire Casablanca.

Dans ces circonstances, il n'est pas réellement surprenant de voir que les cartels de la drogue mexicains continuent de menacer la sécurité publique, et que ce trafic reste une part substantielle des échanges américano-mexicains Alors que quelques chefs de cartel ont été tués ou sont emprisonnés, le nombre de meurtres liés à la drogue, comme la décapitation d'officiers de police, continue d'augmenter, de 1080 en 2001 à 6200 en 2008 et plus de 6500 en 2009."