Politique

 

« Le programme du CNR voulait en gros établir une démocratie plus tolérante, plus efficace, plus juste. C’est un programme basé surtout sur la justice. Il préconise, il demande la nationalisation des grands moyens de productions, des banques, des compagnies d’assurances. Il demande l’établissement d’une sécurité sociale qui garantisse à tout le monde un niveau de vie suffisant. Il demande la liberté de la presse surtout vis-à-vis des puissances d’argent. Et en effet dans les premières années après la Libération, un certain nombre de ces recommandations ont été suivies d'effets. Et puis avec le temps, avec les équilibres de forces politiques, on constate maintenant que petit à petit ce qui a été fait par une France exsangue, détruite, malheureuse, pleine des blessures de la guerre est petit à petit détruit, défait par une France qui est maintenant dix fois, vingt fois plus riche qui aurait pu continuer dans cette voie de progrès et qui ne le fait pas ! »

Raymond Aubrac,

 

Emission de radio Des sous et des hommes, Aligre FM 93.1, 1er mars 2005

 

 

 

« Les traitements et les avantages multiples du personnel politique démocratique sont en général très mal connus et les chiffres ne sont pas faciles à obtenir. Le régime tend à les occulter pour la raison qu’ils sont, à juste titre, très impopulaires. Cependant ces traitements et ces avantages qui ne répondent à aucune obligation professionnelle proportionnée, sont la meilleure garantie de stabilité du régime. Non seulement la complicité du personnel politique et des fonctionnaires est obtenue sans peine, mais il se créée aussi un sentiment d’appartenance à une caste, une élite privilégiée qui se coupe du reste du monde par le fait qu’elle jouit d’un niveau de vie sans commune mesure avec le reste de la société. Rien n’est plus efficace que l’argent pour produire ce sentiment et rien ne corrompt plus vite une conscience que l’argent. Comme un être humain ne peut vivre durablement avec un sentiment de culpabilité, les favorisés du régime inventent toutes sortes de justifications pour leurs gros traitements et les multiples avantages qui les accompagnent. Pour cette même raison, ils cherchent la compagnie des uns et des autres, ou de gens très fortunés, afin de ne plus avoir constamment sous les yeux l’injustice dont ils profitent. »

 

 

Christophe Buffin de CHosal, La fin de la démocratie (2014)

 

 

 Election, une parodie de choix

 

« L’électeur n’est pas là pour choisir le Président de la République. Il a simplement pour rôle d’apporter une légitimité démocratique à un candidat jugé acceptable par la superclasse mondiale pour représenter ses intérêts en France. Il n’y avait plus de vrai choix au second tour des élections présidentielles en 2012. Nicolas Sarkozy et François Holland étaient d’accord sur l’essentiel : sur les règles bureaucratiques de l’Europe de Bruxelles, sur la soumission des lois françaises aux juges des Cours européennes de Strasbourg et de Luxembourg, sur l’intégration militaire à l’OTAN, sur l’acceptation des règles du libre-échangisme mondial voulu par l’OMC, sur l’abandon de la souveraineté monétaire à la Banque centrale européenne. »

 

 

Jean-Yves Le Galou, Polémia (2012), cité par Christophe Buffin de Chosal, La fin de la démocratie (2014) 

 

 

Influence 

 

« Quand le pouvoir fait venir à lui l’Argent, l’Argent achète le pouvoir. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup d’hommes politiques se mettent d’eux-mêmes sous influence étrangère, notamment américaine : Alain Juppé était ainsi, le 29 avril 2015, dans l’Upper Est Side, à New York, puis le 1er mai au Rockefeller Center, pour chercher des fonds. Ses donateurs, comme le patron de la M&T bank, Robert G. Wilmers, ont confiance en lui. Il est important pour eux d’avoir, à Paris, un homme de l’OTAN, ponctuel en sa gratitude. Bruno Le Maire et François Fillon recrutent les anciens de la puissante banque américaine Goldman Sachs – Hugues Lepic et Jean-Hugues de Lamaze – pour préparer leur trésor de guerre. Cette banque ne fait rien gratuitement. C’est elle qui avait signé un chèque de 1 million de dollars à Barack Obama. C’est la banque de la Trilatérale. Quel est donc le degré de liberté de nos hommes politiques ? Pour qui travaillent-ils ? Quels sont les termes de l’échange ? »

 

 

Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu (2015)

 

  

Souveraineté populaire ?

 

 « Depuis le début des années 1980, la bourgeoisie au pouvoir a substitué « la défense des cultes » à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la « diversité des communautés » à la citoyenneté française, la « discrimination positive » à l’égalité républicaine, la prééminence de juges inamovibles (Etat de droit) aux législateurs élus (souveraineté populaire), la suprématie des traités, des directives et des accords transnationaux économico-financiers au libre-choix et la souveraineté politique du peuple français, des « sans-papiers », main d’œuvre bon marché de grandes entreprises, à l’universalisme républicain et, au bout du compte, le Directoire à la souveraineté populaire ! »

 

 

Jean-Loup Izambert, 56 (2015)

 

 

Président intouchable

 

« Après Louis XVI, dernier monarque absolu de droit divin et « lieutenant de Dieu sur terre », la Constitution de 1791 instaure une monarchie parlementaire qui maintient le principe de l’inviolabilité de la personne du roi (Chapitre II, section 1re, article 2 : « La personne du roi est inviolable et sacrée »). Ce principe de l’inviolabilité du chef de l’exécutif perdurera jusqu’à nos jours. Par la loi du 23 février 2007, les articles 67 et 68 ajoutés à la Constitution organisent l’irresponsabilité politique et pénale quasi-totale du Président de la République, tout particulièrement pour les actes de guerre. »

  

 

Jean-Loup Izambert, 56, tome 1 (2015)

 

 

Qu’est-ce que le socialisme « moderne » ?

 

« Un jeune représentant socialiste, parlant au nom de son parti, et qui défendait le « oui » lors du référendum sur Maastricht, nous résume l’opinion ambiante avec son discours du 6 mai 1992 devant les députés : « C’est parce que nous avons accepté la mondialisation que nous sommes aujourd’hui soumis à des contraintes, monétaires, budgétaires et financières. Dès lors, le seul débat qui compte, c’est de savoir si nous acceptons les règles du capitalisme international ou si nous ne les acceptons pas. Si nous entrons dans le jeu de la mondialisation, alors les contraintes financières, monétaires et, subsidiairement, européennes s’imposent.»

Ces propos sortaient de la bouche du jeune François Hollande. A le lire, on a même du mal à croire qu’il s’agit d’un député… socialiste ! »

 

 

"Enquête sur la loi du 3 janvier 1973" de Pierre-Yves Rougeyron (2013)

 


Ultra-gauche et capitalistes

 

"Pour certains petits groupes anarchistes d'ultra-gauche, la perspective à long terme est un monde sans frontières, où chacun est libre de se déplacer partout, avec la disparition des frontières nationales et des Etats-nations. Ces groupes se considèrent comme radicalement anticapitalistes, mais ils partagent le même idéal que les capitalistes mondialistes, qui estiment qu'enfin débarrassés des Etats-nations, les sociétés privées et les intérêts financiers gouverneraient le monde sans entrave. La différence entre les anarchistes et les mondialistes capitalistes est la perception du rapport de forces, ignoré par les premiers et activement créé par les derniers."

Le printemps des sayanim, Jacob Cohen (2010)
Le printemps des sayanim, Jacob Cohen (2010)


Deux poids, deux mesures

 

"Deux poids, deux mesures. On pouvait tout invoquer : les droits de l'homme, les résolutions internationales, Amnesty, les conventions de Genève, le droit des peuples, le TPI, les sanctions, le boycott, la mise au ban, les Etats voyous, l'axe du mal. Tant qu'il s'agissait de pays douteux, turbulents, ou aux franges de la civilisation judéo-chrétienne. Tout était envisageable. Sauf pour l'Etat juif. Pas touche ! Bas les pattes ! Le parquet poursuivait même l'insensé qui mentionnerait l'éventualité d'un boycott, pourtant légitime, au regard des violations du droit international. Une mesure qui avait conduit à la fin de l'apartheid.

Une terrible épée de Damoclès était suspendue sur la tête de ceux qui croyaient encore à l'égalité des Etats devant le droit international. L'accusation suprême, l'injure absolue. D'ailleurs, à force de matraquage médiatique, on avait fini par la faire admettre, comme allant de soi. Toute critique "exagérée" d'Israël équivalait à de l'antisémitisme."

 

L'empire du moindre mal, Jean-claude Michéa (2007)
L'empire du moindre mal, Jean-claude Michéa (2007)


Novlangue


"Dans le figaro magazine de 6 janvier 2007, Alain-Gérard Slama écrit que "les deux valeurs cardinales sur lesquelles repose la démocratie sont la liberté et la croissance". C'est une définition parfaite du libéralisme. A ceci près, bien sûr, que l'auteur prend soin d'appeler "démocratie" ce qui n'est en réalité que le système libéral, afin de se plier aux exigences définies par "les ateliers sémantiques" modernes (on sait ainsi qu'aux Etats-Unis on désigne les officines chargées d'imposer au grand public, à travers le contrôle des médias, l'usage des mots le plus conforme aux besoins des classes dirigeantes). Ce tour de passe-passe, devenu habituel, autorise naturellement toute une série de décalages très utiles. Si, en effet, le mot "démocratie" doit être, à présent, affecté à la seule définition du libéralisme, il faut nécessairement un terme nouveau pour désigner ce "gouvernement du Peuple, par le Peuple et pour le Peuple" où chacun  voyait encore, il y a peu, l'essence même de la démocratie. Ce nouveau terme, choisi par les ateliers sémantiques, sera celui de "populisme". Il suffit, dès lors, d'assimiler le populisme (au mépris de toute connaissance historique élémentaire) à une variante perverse du fascisme classique, pour que tous les effets désirables s'enchaînent avec une facilité déconcertante. Si l'idée vous vient, par exemple, que le Peuple devrait être consulté sur tel ou tel problème qui engage son destin, ou bien si vous estimez que les revenus des grands prédateurs du monde des affaires sont réellement indécents, quelque chose en vous doit vous avertir immédiatement que vous êtes en train de basculer dans le "populisme" le plus trouble et par conséquent, que la "bête immonde" approche de vous à grands pas. En "citoyen" bien élevé (par l'industrie médiatique), vous savez alors aussitôt ce qu'il vous reste à penser et à faire."


Principes du gouvernement représentatif, Bernard Manin (1995)
Principes du gouvernement représentatif, Bernard Manin (1995)


Tirage au sort


"Il est remarquable que des écrivains politiques d'aussi grand renom que Harrington, Montesquieu et Rousseau aient, chacun selon son point de vue et son tour d'esprit particulier, répété la même thèse : l'élection est de nature aristocratique, alors que le tirage au sort est la procédure de sélection démocratique.

Non seulement le tirage au sort n'avait pas disparu de l'horizon théorique lorsque le gouvernement représentatif fut inventé, mais il y avait aussi une doctrine communément reçue parmi les autorités intellectuelles sur les propriétés comparées du sort et de l'élection.

L'expérience des Républiques antérieures confirmaient en outre cette doctrine, même si ses fondements demeuraient obscurs.

Or  une génération à peine après la publication de l'Esprit des lois et du Contrat social, la désignation des gouvernants par le sort s'était comme évanouie. Il n'en fut jamais question pendant les révolutions américaine et française. Les Pères fondateurs proclamèrent en outre solennellement leur attachement à l'égalité des droits publiques entre les citoyens. L'extension du droit de suffrage fit l'objet de débats, mais on décida sans la moindre hésitation, de ce côté-ci de l'Atlantique comme de l'autre, d'établir au sein du corps des citoyens dotés de droits politiques le règne sans partage d'un mode de sélection réputé aristocratique. Le long parcours de la tradition républicaine révèle une rupture et un paradoxe que nous ne soupçonnons même pas aujourd'hui."

 

Démocratie radicale contre diktacratie (2014)
Démocratie radicale contre diktacratie (2014)


Cumul des mandats

     

"La seule existence constitue déjà une salissure jetée à la face de la démocratie organique, celle qui nous est volée chaque jour. le simple fait de s'interroger sur la question induit une façon de l'accepter. Or, le cumul des mandats, ce n'est rien d'autre qu'une antinomie démocratique de plus, comme le système actuel sait en produire à foison.

L'éternelle argutie de façade répétée en boucle par les nantis contre les anti en témoigne : "cumuler offre un meilleur ancrage sur le terrain, une meilleure connaissance des problèmes locaux, une plus grande proximité avec les citoyens..." Imparable ! Ou presque.

Car, opposer à cette guignolade des faits réels, vérifiés et notoires ne change rien. Evoquer par exemple l'absentéisme parlementaire chronique et les conflits d'intérêts dignes d'une république bananière revient à se faire taxer de "populiste", l'insulte suprême systématiquement dégainée par les grandes têtes molles quand le sol des palais de la République vacille sous leurs pieds.

En fin de compte, au-delà du pouvoir que peut conférer un mandat d'élu, la course au cumul est aussi et surtout une course au fric. "Tu comprends, si on a ici [à l'UMP] que des gens qui se contentent de 5000 euros par mois, on n'aura que des minables" : une phrase attribuée à Jean-François Copé par les journalistes Sophie Coignard et Romain Gubert dans leur excellent et hautement recommandable ouvrage, L'oligarchie des incapables (Albin Michel).

Une phrase qui sonne d'autant plus vrai que l'ancien patron de l'UMP l'a démentie, en expliquant au passage qu'il s'abstiendra d'intenter un procès pour diffamation, afin de ne pas offrir de publicité aux auteurs du livre. C'est sûr qu'il  faut une certaine constance et une certaine régularité dans les propos quand il s'agit de prendre les gens pour des crétins..."


Les mystères de la gauche, Jean-Claude Michéa, Climats (2013)
Les mystères de la gauche, Jean-Claude Michéa, Climats (2013)

 

     "Depuis maintenant plus de 30 ans, dans tous les pays occidentaux, le spectacle électoral se déroule essentiellement sous le signe d'une alternance unique entre une gauche et une droite libérale qui, à quelques détails près, se contentent désormais d'appliquer à tour de rôle le programme économique défini et imposé par les grandes institutions capitalistes internationales (et donc, à travers elles, par les puissants lobbies transnationaux qui en sont la principale source d'inspiration). Dans cette mise en scène parfaitement rodée, c'est la gauche qui a le plus grand intérêt à présenter cet "antagonisme" comme le prolongement naturel d'une lutte et d'un "choix de société" qui remonterait, sous cette forme, à la Révolution française elle-même. le problème, nous l'avons vu, c'est qu'il s'agit là d'une pure et simple légende électorale, fondée sur la réécriture intéressée de l'histoire des deux derniers siècles. D'une part, parce que la gauche orthodoxe contemporaine (désormais convaincue qu'une sortie du capitalisme n'est plus possible ni même souhaitable) a, depuis 30 ans, définitivement renoncé à l'alliance qui l'avait unie pendant près d'un siècle au mouvement ouvrier socialiste (redevenant ainsi, d'une certaine manière, ce qu'elle était avant l'affaire Dreyfus lorsqu'elle dénonçait inlassablement le "péril collectiviste"). D'autre part, et surtout, parce qu'il est évident que la droite moderne n'a plus grand chose à voir avec la droite réactionnaire du XIXème siècle, droite dont les espoirs de rétablir la monarchie et le pouvoir idéologique de l'Eglise catholique ont été balayés une fois pour toutes à la Libération. De ce point de vue, et une fois refermée la parenthèse complexe du "gaullisme", la victoire, en 1974 de Valéry Giscard d'Estaing (comparable à celle de Margaret Thatcher en 1975 [en Angleterre] marque le ralliement définitif de la nouvelle droite (ontologiquement liée aux secteurs les plus modernistes du grand patronat) à ces principes du libéralisme économique et de la globalisation marchande. Et si cette nouvelle "droite" a su si vite sous-traiter à la gauche le soin de développer politiquement et idéologiquement l'indispensable volet culturel de ce libéralisme (l'éloge d'un monde perpétuellement mobile, sans la moindre limite morale, ni la moindre frontière) c'est uniquement pour des raisons qui tenaient à la nature particulière de son électorat (on se souvient que Giscard d'Estaing, qui avait commis l'erreur de vouloir lui-même mettre en oeuvre une partie de ces réformes "sociétales, l'avait payé au prix fort lors de l'élection présidentielle de 1981 ;  et la nouvelle droite libérale avait évidemment aussitôt retenu la leçon)."

 

Comprendre l'Empire, Alain Soral,Editions Blanches (2011)
Comprendre l'Empire, Alain Soral,Editions Blanches (2011)

   

      "Cette confusion de la Gauche et de la Droite vient aussi de la confusion de leur définition. Il y a deux façons de définir la Gauche et la Droite :

Il y a d'abord, historiquement, la définition de la Droite qui nous vient de l'Ancien Régime. Définition qui voit dans la Droite les valeurs positives d'honneur, de morale, de respect des anciens et de la hiérarchie. la Gauche étant alors la destruction de ces valeurs par le libéralisme montant qui débouchera sur la Révolution Française.

Il y a ensuite la définition de la Gauche qui nous vient du Marxisme de la Révolution d'Octobre, pour qui ce qui définit la Gauche et la Droite est le rapport Capital / Travail. Selon cette définition bien comprise, un patron de PME est donc de Gauche, puisque du côté du travail productif ; un actionnaire du MEDEF est de Droite, puisque du côté de la rente, de l'exploitation et du parasitisme. On remarquera au passage que les valeurs de la Révolution Française, formellement de Gauche, puisque fondées sur un égalitarisme abstrait et déclaratif mais pratiquement de Droite, puisque triomphe du Libéralisme montant.

On peut conclure qu'un mouvement populaire qui défend à la fois les valeurs morales et le monde du travail est de Droite selon la première définition et de Gauche selon la seconde.

Il existe une Droite morale qui est, si on y réfléchit bien, l'alliée de la Gauche économique et sociale. Et, à l'inverse, une Gauche amorale qui s'est révélée être la condition idéologique de la Droite économique dans sa version la plus récente et la plus brutale. Un libéralisme-libertaire qui n'est rien d'autre que la Gauche sociétale au service de la Droite d'affaires, afin de détruire à la fois la Gauche sociale et la Droite morale unies par le CNR jusqu'à Mai 68."  

 

 

     "Par la mascarade de l'antiracisme, le peuple, constitué majoritairement d'ouvriers descendants de serfs - soit lui-même "colonisé de l'intérieur" - et qui n'a rien à voir ni jamais rien gagné à la colonisation, se voit traiter de colon par un Français de fraîche date qui ne l'a jamais subie lui-même et qui, des deux, est l'unique bénéficiaire. Unique bénéficiaire, puisque sans l'épopée coloniale, ce Français-quand-ça-l'arrange croupirait encore au Gabon, ou sous la botte des Généraux algériens très démocrates et partageux comme on sait."

 

L'insurrection, Pierre Lévy (2013)
L'insurrection, Pierre Lévy (2013)

 

Extrait de la postface de Jean Bricmont

 

"Aujourd'hui, on ne parle plus de changement de " mode de production", le conflit des "identités" a remplacé la lutte des classes, et l'idée de souveraineté nationale est devenue "suspecte". Loin de se focaliser sur les structures socio-économiques, ladite gauche morale porte son attention sur le discours, stigmatisant en particulier tout ce qui est jugé "sexiste", "raciste", ou "d'extrême droite". Selon le langage de Marx, elle s'attaque à la conscience et non plus à l'être social.

Comment en est-on arrivé là ? Pour le comprendre, peut-être faut-il partir de l'histoire politico intellectuelle des quelques décennies qui ont produit ces transformations.

Lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981, elle porte un programme apparemment ambitieux, incluant en particulier un ensemble substantiel de nationalisations. Mais l'époque n'est pas à ce type de réformes. Les nouveaux héros se nomment Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Le vent d'ouest l'emporte clairement sur le vent d'est. En France, la découverte du Goulag dans les années 1970 et l'interprétation qu'en donnent les "nouveaux" philosophes" ont créé un climat idéologique particulièrement peu favorable à la gauche, l'idée même de progrès étant devenue "suspecte" de tentation totalitaire.

Mettre en oeuvre un tel programme dans un seul pays, et à contre-courant de l'idéologie dominante, aurait nécessité une ferme volonté politique, d'autant que les contradictions économiques s'aiguisent : l'augmentation des salaires entraine une augmentation des déficits publics (minuscules néanmoins par rapport à ce qu'ils sont aujourd'hui) et de la balance des paiements.

Très vite, le nouveau pouvoir fait donc face à un dilemme :sortir du système monétaire européen, c'est à dire en fait rompre avec l'intégration européenne qui a alors pour nom Communauté économique européenne, prendre des mesures protectionnistes, ou bien adopter le "tournant de la rigueur", option finalement choisie en 1983.

Faute d'avoir le courage, ou l'honnêteté, de quitter le pouvoir du fait de l'abandon de son programme initial, la gauche est restée aux manettes, tout en faisant, de façon croissante, le contraire de ce pourquoi elle avait été élue, avec notamment l'accélération des privatisations et de la libéralisation de l'économie. Il a bien fallu justifier tout cela et c'est pourquoi on a "inventé" la "gauche morale". [...]

Il fallut aussi se trouver un ennemi. On pouvait difficilement attaquer le capitalisme, puisqu'on avait admis qu'il était indépassable. Un premier adversaire fut trouvé avec l'émergence du Front National et le "fascisme". Cela coïncida d'ailleurs avec l'apparition de l'holocauste comme référence centrale de la vie culturelle en France : on est passé autour de 1968, d'un "récit" sur la Seconde Guerre mondiale centré sur la résistance gaullo-communiste à un autre récit, centré sur la collaboration vichysto-antisémite, les deux étant d'ailleurs des descriptions partielles et idéologiquement biaisées d'une réalité complexe."

 

Psychologie des foules, Gustave Le Bon, Ultraletters (2013).
Psychologie des foules, Gustave Le Bon, Ultraletters (2013).

 

     "Ce sont précisément les mots les plus employés par les foules qui d'un peuple à l'autre possèdent les sens les plus différents. Tels sont par exemple les mots de démocratie et de socialisme, d'un usage si fréquent aujourd'hui. Ils correspondent à des idées et des images tout à fait opposées dans les âmes latines et dans les âmes anglo-saxonnes. Chez les latins, le mot démocratie signifie surtout effacement de la volonté et de l'initiative de l'individu devant celles de la communauté représentées par l'Etat. C'est l'Etat qui est chargé de plus en plus de diriger tout, de centraliser, de monopoliser et de fabriquer tout. C'est à lui que tous les partis sans exception, radicaux, socialistes ou monarchistes, font constamment appel. Chez l'Anglo-Saxon, celui d'Amérique notamment, le même mot démocratie signifie au contraire développement intense de la volonté et de l'individu, effacement aussi complet que possible de l'Etat auquel, en dehors de la police, de l'armée et des relations diplomatiques, on ne laisse rien diriger, pas même l'instruction. Donc le même mot qui signifie, chez un peuple, effacement de la volonté et de l'initiative individuelle et prépondérance de l'Etat, signifie chez un autre développement excessif de cette volonté et effacement complet de l'Etat."

Le capitalisme de la séduction, Michel Clouscard, Editions Delga (2013).
Le capitalisme de la séduction, Michel Clouscard, Editions Delga (2013).

 

 

     "Il s'agit, pour les deux camps, de casser la société traditionnelle selon une division du travail stratégique. Selon un système d'échanges. Chaque partie offre à l'autre des services et reçoit sa récompense. C'est une nouvelle économie humaine. Elle révèle les fondements "spirituels" de la civilisation capitaliste.

La nouvelle gauche -celle de la modernité- a offert :

1. Le discours contestataire du pouvoir traditionnel.

2.  Le nouveau modèle d'usage des objets.

En échange, elle a reçu :

1. L'institutionnalisation de la libéralisation des moeurs, jusqu'à la société permissive.

2. Les pleins pouvoirs administratifs.

 

La nouvelle droite a offert :

1. L'appareil infrastructural de production technocratique et étatique.

2. Les objets fabriqués de la consommation mondaine et de la société des loisirs.

En échange, elle a reçu :

1. La gestion de la crise par la nouvelle gauche : reconduction de l'austérité imposée aux travailleurs (productivisme, inflation, chômage).

2. Le détournement de la révolution technologique et scientifique par ceux-là même qui avaient mission d'en faire profiter les voyageurs."

Des voix sous les décombres, Mélik Agourski (1974)
Des voix sous les décombres, Mélik Agourski (1974)

 

"Avant tout, la lutte politique dans une société démocratique est fortement marquée par l'esprit totalitaire, un esprit qui n'a évidemment rien à voir avec celui des pays totalitaires mais qui est cependant suffisamment accusé pour susciter l'irritation. On imagine difficilement que la multiplicité des opinions puisse tenir dans les programmes de deux ou trois grands partis. Pourtant, toute activité politique menée hors d'eux est pratiquement vouée à l'échec, faute de moyens, car ces partis constituent d'importantes organisations bureaucratiques.

L'énorme majorité des électeurs et des hommes politiques adhèrent à tel ou tel parti pour conformisme (c'est le résultat d'un vaste travail de propagande) ou par désir de faire carrière. La tyrannie de la majorité peut être d'autant plus pesante qu'elle ne dépasse la minorité que de quelque voix. Nous savons fort bien, depuis l'époque de la république athénienne, à quel point cette tyrannie peut être pénible et dangereuse."