Education

 

 

Enseignement du christianisme à l’école

 

« La seule attitude à la fois légitime et pratiquement possible que puisse avoir, en France, l’enseignement public à l’égard du christianisme consiste à le regarder comme un trésor de la pensée humaine parmi tant d’autres. Il est absurde au plus haut point qu’un bachelier français ait pris connaissance de poèmes du Moyen Age, de Polyeucte, d’Athalie, de Phèdre, de Pascal, de Lamartine, de doctrines philosophiques imprégnées de christianisme comme celles de Descartes et de Kant, de la Divine Comédie ou du Paradise Lost, et qu’il n’ait jamais ouvert la Bible.

 

Il n’y aurait qu’à dire aux futurs instituteurs et aux futurs professeurs : la religion a eu de tout temps et en tout pays, sauf tout récemment en quelques endroits de l’Europe, un rôle dominant dans le développement de la culture, de la pensée, de la civilisation humaine. Une instruction dans laquelle il n’est jamais question de religion est une absurdité. D’autre part, de même qu’en histoire ou parle beaucoup de la France aux petits Français, il est naturel qu’étant en Europe, si l’on parle de religion, il s’agisse avant tout du christianisme.

 

En conséquence, il faudrait inclure dans l’enseignement de tous les degrés, pour les enfants déjà un peu grands, des cours qu’on pourrait étiqueter, par exemple, histoire religieuse. On ferait lire aux enfants des passages de l’Ecriture, et par-dessus tout l’Evangile. On commenterait dans l’esprit même du texte, comme il faut toujours faire.

 

On parlerait du dogme comme d’une chose qui a joué un rôle de première importance dans nos pays, et à laquelle des hommes de toute première valeur ont cru de toute leur âme ; on n’aurait pas non plus à dissimuler que quantité de cruautés y ont trouvé un prétexte ; mais surtout on essaierait de rendre sensible aux enfants la beauté qui y est contenu. S’ils demandent : « Est-ce vrai ? » il faut répondre : « Cela est si beau que cela contient certainement beaucoup de vérité. Quant à savoir si c’est ou non absolument vrai, tâchez de devenir capables de vous en rendre compte quand vous serez grands. » Il serait rigoureusement interdit de rien inclure dans les commentaires qui implique la négation du dogme ; rien non plus qui implique une affirmation.

 

 

Tout instituteur ou professeur qui le désirerait et qui aurait les connaissances et le talent pédagogique nécessaires serait libre de parler aux enfants non seulement du christianisme, mais aussi, quoiqu’en insistant beaucoup moins, de n’importe quel autre courant de pensée religieuse authentique. Une pensée religieuse est authentique quand elle est universelle par son orientation. (Ce n’est pas le cas du judaïsme, qui est lié à une notion de race.)

Simone Weil, L'enracinement (1949)

 

 

Education nationale

 

« L’éducation nationale prépare les futurs soldats de la marchandise en occultant ou en ringardisant toutes les matières d’apprentissage qui peuvent conduire au sens commun, à l’entraide, à la famille et à tout ce qui n’est pas encore marchandable. L’enfant est éduqué dans l’optique d’accepter de fait un monde individuel, égoïste, où don de soi et désintérêt courbent l’échine face à l’échange marchand, face à la plus-value. »

 

Lectures au peuple de France (2014)

 

 


L'école insensible à son prochain

 

"Rappelons le fameux "protocole de Lisbonne" mis en place au niveau européen, par Bruxelles et un groupe d'économistes, en mars 2000. Il avait pour socle d'optimiser l'employabilité de nos jeunes européens dans un cadre réservé au seul libéralisme et de faire de l'Union européenne "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d'ici à 2010". Pour le coup c'est raté. Toutefois, ce protocole a officialisé le rôle de l'école comme lieu de préparation à la compétition économique.

 

Depuis, les connaissances ne pouvant être monnayables ou les savoirs pouvant faire de nous des êtres équilibrés, sensibles à notre prochain, se sont doucement et poliment faits éconduire de la classe Un choix de société destructeur de l'être. Maintenant, si on laisse élaborer les programmes scolaires par des économistes..."


Collectif, Lectures au peuple de France (2014)


  

Niveau scolaire

"Aussi le niveau scolaire continuera-t-il de baisser, sans surprise d'ailleurs puisque le rôle de l'école a été redéfini et que sa mission principale n'est plus la formation intellectuelle mais sociale des enfants ; puisque l'on veut non plus leur donner des outils de libération intellectuelle mais leur imposer subrepticement des valeurs, des attitudes et des comportements par le biais de techniques de manipulation psychologique. Une dictature psychopédagogique se dessine nettement."

Pascal Bernardin, Machiavel pédagogue (1995)

La mort de pygmalion, Claude Alzon (1974)
La mort de pygmalion, Claude Alzon (1974)


Autorité parentale

 

« Car c’est bien de la société capitaliste dont les enfants sont victimes, de rien d’autre. Susciter dans le peuple des désirs insensés, l’obliger pour les satisfaire à mener une vie déséquilibrée, c’est sacrifier l’enfant de deux façons : en le faisant passer après les biens de consommation et, dans la mesure où il reste du temps pour s’occuper de lui, en lui donnant comme parents des gens qui, à force de fatigue et de mécontentement, sont en train de devenir complètement cinglés. Sans compter une bêtise qui est à la dimension des objectifs qu’ils poursuivent. Gentils éducateurs, ne vous étonnez donc plus de voir les mères de famille, en rentrant le soir de leur travail, se débarrasser de leurs gosses en les mettant devant n’importe quelle émission de télé. Ce n’est pas seulement parce qu’elles sont crevées, mais aussi parce qu’elles n’y voient aucun mal. Dans notre société, la télé est la vraie mère nourricière. La saveur de son lait est incomparable et convient aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Le meilleur des produits pour bébé.

 

Le temps n’est pourtant pas si lointain où, comme dans les sociétés primitives et dans les pays sous-développés, les enfants vivaient chez nous mignotés par les parents, toujours fourrés dans les jupes de leur mère avant, si c’était des garçons, d’accompagner leur père partout, aux armées et jusque dans les tavernes. Ce qui va de soi dans les sociétés où les enfants sont tendrement aimés, et non ressentis comme un obstacle à jouir de la vie.

 

Pourtant, les enfants n’étaient pas moins turbulents, bien au contraire, mais on s’amusait, tout en les instruisant. Que pourrait-on, maintenant, leur apprendre qu’ils ne connaissent déjà, à partir du moment où leurs propres parents, en guise d’éducation régurgitent radio et télé, tétées à la même mamelle ?

 

Manque de temps et d’intérêt, fatigue physique et nerveuse, impatience et agacement, ignorance et bêtise, besoin de récupérer à tout prix, de se distraire, d’avoir la paix, telles sont les qualités dominantes de ces modernes éducateurs promus de par la loi à la tête d’une famille qu’ils sont aussi incapables de diriger qu’ils le sont de se diriger eux-mêmes.

 

Alors, je vous le demande, pourquoi les enfants obéiraient-ils à des pygmalions transformés en Sisyphes qui s’agitent comme des fourmis pour oublier qu’ils ne vont nulle part ? Et pourquoi, en obéissant, sacrifieraient-ils leur plaisir d’être libres afin de devenir plus vite adultes, puisque les parents ont renoncé à l’être en cessant de se sacrifier pour eux ? Alors de grâce, qu’on ne vienne plus s’étonner de la crise d’autorité qui sévit dans les familles. Et qu’on nous épargne les cotonnades censoriales et les lamentations d’usage.

 

Jean-claude Michéa, L'empire du moindre mal (2007)
Jean-claude Michéa, L'empire du moindre mal (2007)


Education


"La moindre observation (si elle n'est pas aveuglée par les formes les plus possessives de l'amour parental) atteste suffisamment que le désir de toute-puissance constitue l'une des premières figures du devenir de l'esprit individuel. C'est, par exemple, ce désir originel qui fonde, comme l'écrit Christopher Lasch, la "rage que ressent l'enfant contre ceux qui ne satisfont pas immédiatement ses besoins". Si l'éducation a un sens, c'est précisément d'offrir à l'enfant les moyens de dépasser cet égocentrisme initial et d'acquérir ainsi progressivement ce sens des autres qui représente à la fois le signe et la condition de toute autonomie véritable (ou, ce qui revient au même, de toute maturité psychologique). C'est alors seulement qu'un être humain devient capable de tenir sa place dans l'ordre humain, autrement dit d'entrer à son tour dans les chaînes socialisantes du don et de la réciprocité. Si donc, pour une raison ou une autre, la défaillance des fonctions "paternelles" ou "maternelles" n'a pas permis à ce travail d'autonomisation de s'accomplir efficacement (avec tous les renoncements nécessaires qu'il implique par définition), le sujet se retrouvera inexorablement rivé, sous réserve de rencontres émancipatrices ultérieures, à son désir initial de toute-puissance et, par conséquent, privé de son pouvoir de "grandir". Il demeurera ainsi une monade égoïste, incapable de donner, de recevoir et de rendre, autrement que de façon purement formelle (c'est-à-dire sur le mode des simples "convenances" indispensables à toute comédie sociale, et dont l'acquisition ne requiert qu'un dressage, non une éducation au sens strict).

Sous ce rapport, les différentes pathologies de l'égo - qu'il s'agisse de la volonté de pouvoir manifestée en tant que telle, ou de ses multiples formes dérivées, comme, par exemple, le besoin pathétique de devenir "riche" ou "célèbre" - doivent apparaître pour ce qu'elles sont : l'effet d'une dépendance non résolue à des histoires d'enfance, dépendance qui conduit invariablement un sujet à envisager sa propre vie comme l'occasion d'une revanche personnelle à prendre (manière de voir mutilante, puisqu'elle transforme automatiquement cette vie en "carrière", pathologiquement structurée par le désir de parvenir, ou tout simplement par la nécessité de vivre perpétuellement en représentation)."



Cours de péripatéticienne 

     

"On sait qu'en Allemagne, où grâce à la gauche la prostitution est déjà devenue un "métier comme un autre", certaines ouvrières licenciées par le Capital se sont vu logiquement proposer par l'ANPE locale, au titre de leur reconversion, l'emploi d'hôtesse de charme, dans les nouveaux Eros center. Cette manière -appelée à se développer- de résoudre la question du chômage des jeunes ne constitue, toutefois, qu'un des aspects du problème. Si, comme le veulent les borillistes et les iacubiens, la prostitution est bien un métier comme un autre, et si l'une des fonctions de l'Ecole est toujours de préparer la jeunesse à ses futurs métiers, il est, en effet, logiquement inévitable que l'Education nationale prenne en charge, dès le collège, la formation des élèves désireux de s'orienter vers ce métier d'avenir (création des diplômes, filières et options appropriées ; définition des programmes, ainsi que de la nature, théorique et pratique, des épreuves d'examen destinés à valider les compétences acquises ; constitution, enfin, des corps d'enseignants et d'inspection, indispensables pour donner vie à ce projet éminemment moderne). On attend avec impatience la préface de Jack Lang et les éditoriaux enthousiastes de Libération."


La mort de pygmalion, Claude Alzon (1974)
La mort de pygmalion, Claude Alzon (1974)


L'adolescent

 

 "Hier l'adolescent en entrant dans la vie, savait très bien qu'il n'allait pas nager dans l'eau de rose. On le lui avait dit et, en voyant ses parents trimer, il n'avait pas songé à mettre leur parole en doute. Peu gâté en biens matériels, il n'en espérait pas d'avantage une fois qu'il serait marié et ne se faisait aucune illusion sur le mal qu'il aurait pour procurer à ses enfants un peu de bien-être. Mais précisément les quelques joies qu'il aurait dans son existence d'adulte n'étaient pas là. Elevé tendrement par ses parents fiers de leur condition, de leur famille, de leur travail, il ne songeait guère pour lui-même qu'aux plaisirs simples des pauvres : aimer les siens, être aimé d'eux, remplir sa tâche au mieux. Ce qui impliquait toute une vie de dévouement à laquelle tout l'avait préparé : la morale reçue, l'exemple donné, les sacrifices déjà consentis. Car si de bonne heure il avait dû obéir, se priver, travailler, c'était pour se préparer à la rude existence qui l'attendait. Une existence où il faudrait trimer beaucoup pour pas grand chose. Mais, précisément, à ses yeux comme à ceux des siens, ce sont ces efforts qui en feraient tout le prix.

On ne peut rêver plus violent contraste avec la mentalité d'un adolescent d'aujourd'hui. Elevé par l'argent et pour l'argent, il ne saurait avoir et n'a effectivement qu'un but : l'argent, clé unique de tous les plaisirs dans un monde soumis à sa loi. De sa future famille, le jeune ne pourra récolter que ce qu'il y sèmera : rien, si ce n'est quelques miettes, l'essentiel dans l'existence étant désormais de jouir, et non de donner. Quant au travail, il ne compte plus désormais qu'en fonction de ce qu'il rapporte. On ne s'y accomplit plus ; on en vit et on le maudit. L'homme nouveau est unidimensionnel. L'essentiel de ses plaisirs état médiatisé par l'argent, il ne peut aspirer qu'à en gagner le plus possible. Mais comme tout dans son éducation l'a détourné de la contrainte et du labeur, c'est un être écartelé. D'un côté jouir par l'argent, mais pour cela subir le travail. De l'autre, ne rien faire mais renoncer aux plaisirs."

 

Semeur d'espoir, Pierre Rabhi (2013)
Semeur d'espoir, Pierre Rabhi (2013)

 

Comportement individuel

 

     "L'humanité s'est habitée au relatif. Bien sûr, on trouve à travers l'histoire de belles expériences au milieu des champs d'horreur. Nous nageons en pleine ambiguïté et nous n'en sortirons qu'en prenant conscience que seul le changement de comportement individuel peut changer le monde. C'est, encore une fois, la clé absolue, sinon on n'en sortira jamais. La quête perpétuelle de boucs émissaires ne peut me dédouaner de ma propre responsabilité. C'est donc à moi de changer, de devenir bienveillant, d'accueillir l'autre. Cela m'incombe totalement, et sur ce point je n'ai aucune excuse. Même si je devais être le seul parmi des milliards, oui, cette responsabilité m'incombe. Le bien et le mal ne relèvent pas d'un simple manichéisme, mais de l'intelligence fulgurante. Et l'intelligence me dit que je ne dois pas causer de préjudice à d'autres, que je ne dois pas détruire la nature, que je ne dois pas polluer. parce que la pollution, c'est aussi de la violence. Il ne faut pas réduire cette notion aux seuls humains qui s'entre-égorgent. Quand je tue des animaux sans véritable nécessité, par inconscience ou pour le plaisir, c'est toujours de la violence.

On pourait pourtant s'attaquer aux racines du mal en commençant par apprendre aux élèves à se montrer généreux les uns envers les autres. Demain, à la place de la concurrence, de la compétivité, des éternelles comparaisons entre le bon et le mauvais, le supérieur et l'inférieur, le dominant et le dominé, il serait possible d'instaurer une pédagogie de la paix où les valeurs seraient mutualisées à l'avantage de tous. Aucun être ne doit être subordonné à un autre."