Capitalisme

 

Travailleurs détachés

 

« Le nombre des « travailleurs low cost », « détachés », a bondi de 780 % en dix ans. Peu à peu, le droit applicable glisse du territoire à la personne, physique ou morale. L’Europe d’avant-garde retrouve finalement le vieux système barbare de la personnalité des lois, comme au temps où le juge demandait à chacun : « Sous quelle loi vis-tu ? », pour lui appliquer le droit de sa tribu. C’était au Ve siècle, dans la Gaule des Mérovingiens. »

 

Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu (2015)

 

Rendez-vous, Eric Fiorile (2014)
Rendez-vous, Eric Fiorile (2014)


 Nationalisation - Privatisation ?

 

La nationalisation désigne une activité économique qui appartient à l'ensemble du peuple. Par exemple, dans le cas de la poste ou de l'énergie électrique, l'appartenance au peuple fait que ces entreprises n'ont pas pour but premier de réaliser des bénéfices (ceux-ci sont utiles pour le développement, la recherche, la modernisation, mais, en cas de crise économique par exemple, on peut les réduire afin de ne pas augmenter les difficultés de la population).

Ces mêmes activités, lorsqu'elles sont privatisées, n'ont plus pour seul but que de fournir des bénéfices aux actionnaires capitalistes. la part consacrée à la modernisation, la sécurité ou la recherche est restreinte au maximum (et seulement dictée par la concurrence) puisqu'avant tout il faut fournir des bénéfices qui rentreront bien concrètement dans la poche des actionnaires.

C'est la raison pour laquelle la qualité baisse immédiatement dès lors qu'une grande entreprise est gérée par le privé (c'est particulièrement notable en ce qui concerne par exemple la qualité des eaux dans les villes, mais c'est aussi notable en ce qui concerne les normes de sécurité des centrales nucléaires...). Et c'est la raison aussi pour laquelle les prix du gaz, de l'électricité, de l'essence, etc. augmente autant, provoquant l'accroissance de la crise, alors que nationalisées, ces entreprises gèleraient les tarifs en cas de crise, freinant l'effet de celle-ci. Par ailleurs, lorsqu'une grande entreprise vitale (énergie, communication, eaux, etc.) est contrôlée par des actionnaires privés, ceux-ci deviennent des dirigeants à l'intérieur du pays car ils peuvent influencer l'ensemble de la population politiquement (média) ou économiquement (gaz, électricité, essence, etc.) comme ils le souhaitent. Pour cela, hypocritement, les politiciens parlent de "liberté du marché" quand en réalité il s'agit d'un "monopole du marché" puisque ce sont les mêmes actionnaires qui possèdent toutes les entreprises d'un secteur "libéré", favorisés par des "normes" que mettent en place leurs politiciens pour leur garantir ce monopole. Un consensus est ensuite organisé pour que toutes ces entreprises suivent les mêmes tarifs tout en paraissant se faire la compétition (les compagnies de téléphone mobile en sont un parfait exemple).

C'est exactement le plan des dirigeants du "Nouvel ordre Mondial" en train de se dérouler actuellement : utilisant "l'Europe" et le système bancaire, ils amènent le gouvernement d'un pays à ne plus pouvoir assumer ses dettes et à ne plus pouvoir entretenir les salaires de la machine d'Etat. Arrivé à ce point, le pays n'a plus d'autres recours que de demander un prêt ; et c'est là qu'intervient la Banque centrale ou le FMI en conditionnant le prêt à des "mesures de restriction" qui comportent toujours la privatisation des biens qui les intéressent (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, sont en cours de pillage de cette manière).

L'aspect négatif de la nationalisation, c'est bien évidemment ce que l'on a vu au cours des 60 dernières années : le but n'étant pas de faire des bénéfices, l'entreprise devient une gabegie administrative qui parient même à perdre de l'argent ! C'est l'effet résultant du népotisme et de la corruption. [...] La vraie solution pour des entreprises nationalisées qui fonctionnent bien, c'est d'en confier la gestion à de vrais chefs d'entreprise plutôt qu'aux rebuts de la politique et des grandes écoles, ou aux rejetons ratés des familles riches !

La mort de pygmalion, Claude Alzon (1974)
La mort de pygmalion, Claude Alzon (1974)

 

Vomir le capitalisme

 

"Aussi longtemps que le peuple mordra à l'appât en sacrifiant au culte de veau d'or, il devra payer par un travail de plus en plus aliénant, des achats de plus en plus coûteux, de moins en moins utiles, de plus en plus décevants. Il faut avoir le courage de lui dire : halte, cela suffit. Dans votre intérêt, mais aussi dans celui des autres qui se refusent à mener vitre vie, mais que vous empoisonnez avec votre béton, vos autoroutes, vos jérémiades, tout un système que vous n'avez pas créé, dont vous êtes les victimes, mais dont vous risquez de devenir les complices. Et ne croyez pas qu'il existe des faux-fuyants. On ne vous demande pas de faire vœu de pauvreté, mais de refuser cette prétendue consommation pour briser l'engrenage. Alors, ayant changé de vie, donc de mentalité, vous en viendrez à lutter contre le système pour un vrai bonheur qui ne sera pas fondé sur un bien-être matériel exclusif et illusoire. Mais aussi longtemps que vous n'aurez pas changé votre fusil d'épaule, vous ne ferez que vous débattre et vous épuiser dans la nasse. le capitalisme vous tient par un leurre. Il ne fallait pas l'avaler. Mais puisque le mal est fait, il est encore temps, pas pour longtemps d'ailleurs, de le vomir."

 

Les démons du bien, Alain de Benoist (2013)
Les démons du bien, Alain de Benoist (2013)

 

"Au sein du monde du travail, le harcèlement sexuel apparaît plus scandaleux que l'exploitation de la force de travail ou la précarisation de l'emploi. Le patronat est plus suspect d'être masculin que d'exploiter les travailleurs. La discrimination sexuelle choque plus que la discrimination sociale, l'"intérêt de sexe" est pris en considération plus que l'intérêt de classe.

On recherche, en d'autres termes, l'abolition du pouvoir mâle plutôt que celle du système capitaliste ; et celle des "discriminations" d'origine ontologique (sexisme, racisme, fanatisme religieux) plus que celle des inégalités économiques et sociales bien concrètes due à l'exploitation du travail vivant. La démocratie tend ainsi à se réduire à la critique de l'"essentialisme" et au "dépassement des tabous".

Sans entrer dans le détail de l'affaire, on notera que Dominique Strauss-Kahn a moins été critiqué pour les millions de gens qu'il a contribué à appauvrir en tant que directeur du FMI, c'est-à-dire comme grand argentier au service du Capital, que pour son libertinage et les femmes qu'il a violentées par érotomanie, c'est-à-dire comme "ogre sexuel". De même, Berlusconi a été beaucoup plus dénoncé pour ses parties fines que pour sa contribution au déploiement de l'emprise de ce même Capital."

 

 

     "En un peu moins d'une génération, un peu plus d'une décade, ce mode de production capitaliste a totalement modifié la vie quotidienne, le genre de vie, la qualité de vie. L'urbanisme sauvage, la cité-dortoir sont le résultat d'un formidable déplacement de population. Avec, comme corollaire, la désertification des campagnes.

Aussi, les temporalités traditionnelles -celles qui autorisaient le rythme villageois de la société préindustrielle et qui s'étaient maintenues même sous le capitalisme concurrentiel libéral- ont été totalement liquidées. Naguère, le temps de travail et le temps de non travail s'organisait autour de la cellule familiale. Et celle-ci dans la communauté villageoise. Le temps de loisir n'existait pas en tant que tel : les temporalités de la famille et de la communauté l'impliquaient, le contenaient, l'organisaient. [...]

C'était une existence au rythme lent, compassé, rural. Celle d'un mode de production précapitaliste. Les temporalités ne se bousculaient pas, ne se disputaient pas le temps. C'était un moment où le temps ne courait pas après lui-même. Où le temps avait le temps. Où l'on prenait son temps.

 

"Pour substituer au rythme rural le productivisme généralisé, l'exploitation capitaliste a désintégré la cellule familiale. C'est le lieu de l'emploi et non plus le lieu d'origine qui fixe la famille, maintenant. Une extraordinaire diaspora des régions recouvre l'hexagone."

 

"Ce qui fait le nouveau rythme social ne dispose plus de l'unité organique famille/village, d'une temporalité apaisant, de longue durée, lente, équilibrée. A la place, deux systèmes spatio-temporels : le temps de travail et le temps de loisir. Et entre les deux, ce monstrueux cancer spatiotemporel : le temps de transport."

 

"La pharmacopée occidentale a volé au secours de l'animation machinale : elle est devenue l'industrie de la drogue. De même que le capitalisme fabrique la pollution et l'industrie antipollutive, il fabrique la pathologie mentale et ses remèdes. C'est encore une double source de profits, pour les monopoles."

 

La crise du monde moderne, René Guénon (1927)
La crise du monde moderne, René Guénon (1927)

 

Besoins artificiels

 

 

« En voulant tout ramener à la mesure de l’Homme, pris pour une fin en lui-même, on a fini par descendre, d’étape en étape, au niveau de ce qu’il y a en celui-ci de plus inférieur, et par ne plus guère chercher que la satisfaction des besoins inhérents au côté matériel de sa nature, recherche bien illusoire, du reste, car elle crée toujours plus de besoins artificiels qu’elle n’en peut satisfaire. »