L'Europe

"L'Europe [l'Union Européenne] ne procède pas d'un mouvement démocratique. Elle s'est faite en suivant une méthode que l'on pouvait définir du terme de despotisme éclairé."

                                                                                              Tommaso Padoa-Schioppa


 

Union Européenne

 

« Moi, j’adore l’UE, et surtout l’article 63 du TFUE ! Cet article dit qu’il est impossible aux états membres d’empêcher la libre circulation des marchandises et des capitaux entre les pays membres et avec les pays tiers de l’UE. Cet article est génial car il permet les délocalisations ! Et ça c’est super car au lieu de produire en France, n’importe quel patron peut délocaliser son usine dans n’importe quel pays où les ouvriers sont payés un euro de la journée ! C’est vraiment super cet article, car ça désindustrialise notre pays et génère encore plus de chômage ! Et, les Français ce qu’ils veulent, c’est plus de chômage, et c’est pour cela qu’ils sont tellement attachés à l’UE ! »

Christophe Richard, Facebook, juillet 2017

 

 

 Le plombier polonais

 

« Par l’introduction du « principe du pays d’origine », la directive édicte qu’un prestataire de services sera désormais soumis aux dispositions légales de son pays d’origine et non pas du pays où il travaille. C’est une révolution ! N’importe quelle entreprise d’intérim lettone pourra venir exercer en France, mais en restant soumise au droit du travail letton, beaucoup moins contraignant. Comment faire entendre la portée de ce bouleversement ? En lançant dans le public une métaphore pédagogique. Je cherche une expression populaire qui parlerait à tous les Français. Très vite, je pense à Fernand Raynaud : « Qui c’est ? C’est le plombier… » Eurêka ! Je claque des doigts :

- Qui c’est ? C’est le plombier polonais !

J’inaugure la formule dans la salle des Quatre Colonnes, à l’Assemblée, puis sur Europe 1. Les journaux la reprennent, elle tourne en boucle. Le plombier polonais devient, à son corps défendant, l’artisan du « non ». Toute la plomberie du « oui » des beaux quartiers est en péril. 

 

 

Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu (2015)

 

Tous les textes sur Traités européens

 

Collectif diktacratie.com, Chronique en diktacratie (2015)
Collectif diktacratie.com, Chronique en diktacratie (2015)

 

Traité de l’Elysée (1963)

  

« Signé en 1963 par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle, le traité était censé incarner un pas de deux de circonstance : face à l’Empire américain triomphant, de nouvelles règles du jeu furent posées. Il fallait alors que l’Allemagne et la France se soutiennent mutuellement, qu’elles se promettent fidélité afin de donner de solides fondations à l’Europe naissante. C’était sans compter la duplicité allemande…

 

L’Allemagne avait d’autres ambitions Tout en feignant de regarder dans la même direction, elle ne visait pas le même horizon que la France de De Gaulle : le chancelier allemand souhaitait à l’époque une coopération plus étroite avec les Etats-Unis. A contrario, le souci premier du Général fut d’éviter à tout prix la tutelle américaine, qui annihilerait alors fatalement la souveraineté et donc la liberté des Etats. Il nous mettait d’ailleurs en garde à l’époque sur les dangers d’un organe de gestion supranational. Le traité fut certes ratifié, mais le Parlement allemand (Bundestag) y adossa un préambule castrateur imposant la fidélité de Bonn à l’égard des Etats-Unis et de l’OTAN. De Gaulle qualifia alors l’amitié franco-allemande de « cordiale virtualité », doux euphémisme pour évoquer un projet mort-né. Le duo se transforma donc en ménage à trois, assorti d’une incompatibilité d’humeur entre la France et les Etats-Unis. Vous l’aurez compris, il était alors hors de question de permettre à la future entreprise européenne de compromettre l’ascension de l’hégémonie américaine, en laissant le vieux continent vierge de toute ingérence.

 

Au fil des ans, le traité fut vidé de sa substance, jusqu’à son complet anéantissement aujourd’hui. Et pour cause, en 2004, le chancelier « socialiste » Gerhard Schröder signa avec George W. Bush l’Alliance germano-américaine pour le XXIe siècle visant entre autres l’instauration d’un marché transatlantique courant 2015. Force est de constater que l’adoption de cette nouvelle configuration est imminente, parachevant, via le carcan européen, la mise sous tutelle économique intégrale de ses ressortissants.

                         Tous les textes sur la Construction européenne


Euro-régions

La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, Pierre Hillard.
La marche irrésistible du nouvel ordre mondial, Pierre Hillard.

 

"La décentralisation/régionalisation lancée par le gouvernement Raffarin en 2002 ouvre la voie à l'émancipation politique et financière des régions. En 2003, l'Alsace a obtenu le privilège de gérer les Fonds structurels directement avec Bruxelles sans paser par l'autorité de l'Etat français, c'est à dire par l'intermédiaire des préfets. Désormais, l'interlocuteur direct du Conseil Régional Alsacien, dans cette affaire de gros sous, est l'autorité supranationale de Bruxelles. D'une certaine manière, la France a perdu l'Alsace même si, théoriquement, cette région reste officiellement dans le cadre national. N'oublions pas que la coopération transfrontalière, dont le but officiel est de transformer les frontières nationales en frontières administratives, conduit progressivement à fusionner l'Alsace avec le pays de Bade, appelés à constituer une eurorégion rhénane.[...] Actuellement, nous assistons au transfert de plus en plus massif de prérogatives aux régions, traitant de plus en plus avec les autorités supranationales de Bruxelles. A rythme, les jours de la France en tant que nation sont comptés."

 

L'Euro

L'enquête sur la loi du 3 janvier 1973, Pierre-Yves Rougeyron (2013).
L'enquête sur la loi du 3 janvier 1973, Pierre-Yves Rougeyron (2013).

"A cause de l'Euro calqué sur le Mark, la France perdra progressivement ses marges, à l'international d'abord, et au sein de la zone euro ensuite. L'Euro, une création allemande d'essence américaine, est gérée uniquement à l'avantage de l'Allemagne. Pour Berlin, marqué à jamais par Weirmar et sa planche à billets, la loi du 3 janvier 1973 correspond au fonctionnement normal d'une banque."

 

 

"Que faire ? Soit l'Euro est démonté collégialement, ce qui serait souhaitable, soit nous sortons de l'Euro par décision unilatérale comme l'Argentine qui avait fait un bras d'honneur au dollar américain (en 2000 l'argentine dévalua le peso de 75% alors que c'était une monnaie fixe avec le dollar. Et quand l'Argentine revint sur les marchés pour emprunter, elle mit 3 jours à trouver des investisseurs car la dette d'Etat c'est rentable !). Soit ce sera juste une mort lente pour la France."

Discours

 

Vladimir Bukovsky

 

A bruxelles, le 27 février 2006

 

En 1992, j'ai eu un accès sans précédent aux documents secrets du Politburo et du Comité Central qui avaient été classifiés, et qui le sont encore maintenant, pour 30 ans. Ces documents montrent très clairement que toute l'idée de transformer le marché commun européen en Etat fédéral fut acceptée par les partis de gauche européens et par Moscou comme un projet conjoint que Gorbatchev appela en 1988-89 notre « maison commune européenne ».

L'idée était très simple. Elle apparut pour la première fois en 1985-86, quand les communistes italiens rendirent visite à Gorbatchev, suivis par les sociaux-démocrates allemands. Ils se plaignaient tous que les changements dans le monde, particulièrement après que Mme Thatcher ait introduit la privatisation et la libéralisation économique, menaçaient de balayer toutes les réalisations (comme ils les appelaient) de générations de socialistes et de sociaux-démocrates – menaçant de les inverser complètement. Par conséquent la seule manière de résister à cette agression du capitalisme sauvage (comme ils l'appelaient) était de tenter d'introduire les mêmes buts socialistes dans tous les pays immédiatement.

Avant cela, les partis de gauche et l'Union Soviétique s'étaient opposés à l'intégration européenne surtout parce qu'ils la percevaient comme un moyen de bloquer leurs buts socialistes.

A partir de 1985, ils changèrent complètement de vision. Les Soviétiques parvinrent à la conclusion et à un accord avec les partis de gauche, que s'ils travaillaient ensemble ils pouvaient détourner tout le projet européen et l'inverser complètement. Au lieu d'un marché ouvert, ils le transformeraient en un Etat fédéral.
D'après les documents [soviétiques], 1985-86 est le moment-clé. J'ai publié la plupart de ces documents. Vous pouvez même les trouver sur internet. Mais les conversations qu'ils ont eues sont vraiment révélatrices. Pour la première fois vous comprenez qu'il y a eu une conspiration – très compréhensible pour eux, puisqu'ils tentaient de sauver leurs peaux politiques. A l'Est, les Soviétiques avaient besoin d'un changement de relations avec l'Europe parce qu'ils entraient dans une crise structurelle prolongée et très profonde ; à l'Ouest, les partis de gauche craignaient d'être balayés et de perdre leur influence et leur prestige. Donc c'était une conspiration, faite par eux, négociée et élaborée tout à fait ouvertement.
En janvier 1989, par exemple, une délégation de la Commission Trilatérale vint voir Gorbatchev. Elle comprenait Nakasone, Giscard d'Estaing, [David] Rockefeller et Kissinger. Ils eurent une très jolie conversation où ils tentèrent d'expliquer à Gorbatchev que la Russie Soviétique devait s'intégrer dans les institutions financières du monde, comme le Gatt, le FMI et la Banque Mondiale.
Au milieu de la conversation, Giscard d'Estaing entre soudain en piste et dit : « Mr. le Président, je ne peux pas vous dire exactement quand cela arrivera – probablement dans 15 ans – mais l'Europe va devenir un Etat fédéral et vous devez vous y préparer. Vous devez élaborer avec nous, et avec les dirigeants européens, la manière dont vous réagiriez à cela, comment vous permettriez aux autres pays d'Europe de l'Est d'interagir avec lui ou comment en faire partie, vous devez être prêt ».

C'était en janvier 1989, à un moment où le traité de Maastricht [1992] n'avait même pas été esquissé. Comment diable Giscard d'Estaing savait-il ce qui allait se passer dans 15 ans ? Et surprise, surprise, comment devint-il l'auteur de la constitution européenne [en 2002-03] ? Très bonne question. Ça sent la conspiration, n'est-ce pas ?
Heureusement pour nous, la partie soviétique de cette conspiration s'effondra avant et elle n'atteignit pas le point où Moscou aurait pu influencer le cours des événements. Mais l'idée originelle était d'avoir ce qu'ils appelaient une convergence, par laquelle l'Union Soviétique s'adoucirait quelque peu et deviendrait plus sociale-démocrate, pendant que l'Europe occidentale deviendrait sociale-démocrate et socialiste. Ensuite il y aurait eu une convergence. Les structures devaient s'adapter l'une à l'autre. C'est pourquoi les structures de l'Union Européenne furent initialement bâties dans le but de s'adapter à la structure soviétique. C'est pourquoi elles sont aussi similaires dans leur fonctionnement et dans leur structure.

Ce n'est pas un hasard si le Parlement Européen, par exemple, me rappelle le Soviet Suprême. Il ressemble au Soviet Suprême parce qu'il a été conçu comme lui. De même, quand vous regardez la Commission Européenne, elle ressemble au Politburo. Je veux dire qu'elle lui ressemble exactement, sauf pour le fait que la Commission a maintenant 25 membres et que le Politburo avait habituellement 13 ou 15 membres. A part ça, ils sont exactement les mêmes, ne rendant de compte à personne, sans être directement élus par personne.
Quand vous regardez toute cette activité bizarre de l'UE avec ses 80.000 pages de règlements, ça ressemble au Gosplan. Nous avions une organisation qui planifiait tout dans l'économie, dans les moindres détails, cinq ans à l'avance. C'est exactement la même chose qui se passe dans l'UE. Quand vous regardez le type de corruption de l'UE, c'est exactement le type soviétique de corruption, allant de haut en bas, plutôt que de bas en haut.

Si vous parcourez toutes les structures et tous les traits de ce monstre européen émergeant, vous remarquerez qu'il ressemble de plus en plus à l'Union Soviétique. Bien sûr, c'est une version plus douce de l'Union Soviétique. S'il vous plaît, ne vous méprenez pas. Je ne dis pas qu'il a un Goulag. Il n'a pas de KGB – pas encore – mais je surveille très attentivement des structures comme l'Europol par exemple. Cela m'effraye réellement parce que cette organisation aura probablement des pouvoirs plus grands que ceux du KGB. Ils auront l'immunité diplomatique. Pouvez-vous imaginer un KGB avec l'immunité diplomatique ? Ils devront nous contrôler pour 32 sortes de crimes – dont deux sont particulièrement effrayants, l'un est appelé racisme, l'autre xénophobie. Aucune cour criminelle sur terre ne définit une telle chose comme un crime [ce n'est pas entièrement vrai, puisque la Belgique le fait déjà – PB].

Donc c'est un nouveau crime, et nous avons déjà été avertis. Un membre du gouvernement britannique nous a dit que ceux qui s'opposent à l'immigration incontrôlée du tiers-monde seront considérés comme racistes et que ceux qui s'opposent à la poursuite de l'intégration européenne seront considérés comme xénophobes. Je crois que Patricia Hewitt a dit cela publiquement.

Donc, nous avons maintenant été avertis. Pendant ce temps, ils introduisent de plus en plus d'idéologie. L'Union Soviétique était un Etat dirigé par l'idéologie. L'idéologie d'aujourd'hui de l'Union Européenne est sociale-démocrate, étatiste, et en grande partie politiquement correcte. Je surveille très attentivement la manière dont le politiquement correct se répand et devient une idéologie oppressive, sans parler du fait qu'ils interdisent de fumer presque partout maintenant. Regardez la persécution de gens comme le pasteur suédois qui a été persécuté pendant plusieurs mois parce qu'il a estimé que la Bible n'approuve pas l'homosexualité. La France a voté la même loi de crime d'injures [hate crime] concernant les gays.
La Grande-Bretagne est en train de voter des lois de crime d'injures concernant les relations raciales et maintenant le discours religieux, et ainsi de suite. Ce que vous observez, mis en perspective, est une introduction systématique d'idéologie qui pourrait être renforcée plus tard par des mesures oppressives. Apparemment c'est tout le but de l'Europol. Autrement pourquoi en aurions-nous besoin ? L'Europol me paraît très suspect. Je surveille très attentivement qui est persécuté, pour quelle raison, et ce qui se passe, parce que c'est un domaine dans lequel je suis un expert. Je sais de quelle manière le Goulag apparaît.

C'est comme si nous vivions dans une période de démantèlement rapide, systématique et très cohérent de la démocratie. Regardez ce projet de réforme législatif et de réglementation. Il transforme les ministres en législateurs qui peuvent introduire de nouvelles lois sans en parler au Parlement ni à quiconque. Ma réaction immédiate est : pourquoi avons-nous besoin de ça ? La Grande-Bretagne a survécu à deux guerres mondiales, à la guerre contre Napoléon, à l'Armada espagnole, sans parler de la guerre froide durant laquelle on nous disait à tout moment que nous pouvions avoir une guerre mondiale nucléaire, sans aucun besoin d'introduire ce genre de législation, sans avoir besoin de suspendre nos libertés civiles et d'introduire des pouvoirs spéciaux. Pourquoi en avons-nous besoin maintenant ? Ceci peut transformer votre pays en dictature en un rien de temps.

La situation d'aujourd'hui est vraiment sinistre. Les principaux partis politiques se sont fait complètement avoir par le nouveau projet de l'UE. Aucun d'entre eux ne s'y oppose vraiment. Ils sont devenus très corrompus. Qui va défendre nos libertés ? C'est comme si nous allions vers une sorte d'effondrement, une sorte de crise. Le résultat le plus probable est qu'il y aura un effondrement économique en Europe, ce qui arrivera forcément avec cette croissance des dépenses et des taxes. L'incapacité à créer un environnement compétitif, la sur-réglementation de l'économie, la bureaucratisation, cela va conduire à un effondrement économique. L'introduction de l'euro était une idée particulièrement folle. La monnaie n'est pas supposée être politique.

Je n'ai aucun doute là-dessus. Il va y avoir un effondrement de l'Union Européenne tout comme l'Union Soviétique s'est effondrée. Mais n'oubliez pas que quand ces choses s'effondrent, elles laissent une telle dévastation qu'il faut une génération pour s'en remettre. Pensez seulement à ce qui se passera s'il arrive une crise économique. Les récriminations entre nations seront immenses. Ça pourrait mener à une explosion.

Regardez l'immense nombre d'immigrants du tiers-monde vivant maintenant en Europe. Cela a été encouragé par l'Union Européenne. Que se passera-t-il avec eux s'il y a un effondrement économique ? Nous aurons probablement, comme en Union Soviétique à la fin, tellement d'affrontements ethniques que cela donne le vertige. Dans aucun autre pays il n'y a eu autant de tensions ethniques que dans l'Union Soviétique, sauf probablement en Yougoslavie. Donc c'est exactement ce qui arrivera ici aussi. Nous devons nous préparer à cela.

Cet immense édifice de bureaucratie va s'effondrer sur nos têtes. C'est pourquoi, et je suis très franc là-dessus, plus tôt nous en finirons avec l'UE, mieux cela vaudra. Plus tôt elle s'effondrera, moins il y aura de dégâts pour nous et pour les autres pays. Mais nous devons faire vite parce que les eurocrates agissent très rapidement. Il sera difficile de les vaincre. Aujourd'hui, c'est encore simple. Si un million de gens marchent sur Bruxelles aujourd'hui, ces types s'enfuiront jusqu'aux Bahamas. Si demain la moitié de la population britannique refuse de payer ses impôts, rien ne se passera et personne n'ira en prison. Aujourd'hui vous pouvez encore faire ça. Mais je ne sais pas quelle sera la situation demain avec un Europol en pleine puissance bourré d'anciens officiers de la Stasi [est-allemande] ou de la Securitate [roumaine]. Tout peut arriver.

Nous perdons du temps. Nous devons les vaincre. Nous devons nous asseoir et réfléchir, élaborer une stratégie le plus rapidement possible pour obtenir un effet maximum. Autrement il sera trop tard. Donc que dirais-je ? Ma conclusion n'est pas optimiste. Jusqu'ici, en dépit du fait que nous avons des forces anti-UE dans presque chaque pays, ce n'est pas assez. Nous perdons et nous gaspillons du temps. 

Publié sur www.brusselsjournal.com/node/865 

Articles

 

James Delingpole

 

Certaines théories du complot sont vraies – la pire de toutes étant l’Union européenne

 

L’autre soir, j’ai passé un agréable moment avec l’un de mes chroniqueurs de gauche préférés – un homme auquel il arrive de se tromper mais qui est plutôt du genre équilibré, David Aaronovitch. Nous discutions de son dernier livre, qui est excellent, Histoires de vaudou. Un livre que vous devriez adorer si vous ne croyez pas aux théories du complot, mais qui dans le cas contraire risque fort de vous énerver.

[...] .

À vrai dire, il n’y a qu’un passage avec lequel je ne suis pas d’accord. Ce sont quelques lignes anodines au début du livre, où Aaronovitch se moque d’un chapitre intitulé : « L’Union européenne démasquée : la révélation d’une dictature », rédigé par une ancienne fonctionnaire du ministère de la Défense, Lindsay Jenkins. D’après Aaronovitch, ce chapitre « explique en détail le complot des eurocrates pour détruire les États-nations ».

« À un moment donné, Jenkins  laisse entendre que le soutien au régionalisme est un des éléments de cet obscur complot, qui vise à affaiblir les Européens pour les empêcher de s’opposer au concept d’un supra-État ». Elle explique : « Cette insistance concernant l’usage des langues minoritaires, en particulier dans le système éducatif, permettra d’isoler les petites communautés et limitera les conditions propices à la réussite des gens dans le monde extérieur. Cela fera d’eux des citoyens de seconde zone plus faciles à contrôler. Toutes les assemblées régionales auront de multiples services de traduction qui contribueront à leur inefficacité. » Une théorie que, selon moi, l’on pourrait résumer ainsi : « comment l’usage du gallois a réussi à détruire le Royaume-Uni ».

Derrière cette plaisanterie pleine de morgue d’Aaronovitch se cache l’affirmation implicite  – ce qu’aucune personne un tant soit peu sensée ou raisonnable n’oserait imaginer – que l’UE est un complot visant à priver les États-nations de leur suprématie et à ôter tout pouvoir aux peuples. Mais c’est pourtant bien ce qui est en train de se passer – alors non, il ne s’agit pas d’une théorie du complot, mais bel et bien d’un complot réel.

Si ce charmant, ce brillant et en général ce délicieux (sauf dans le cas présent) Aaronovitch était parvenu à assimiler le meilleur et le plus complexe exposé jamais écrit sur l’UE – La Grande supercherie de Christopher Booker et Richard North [NDT : ce livre sorti en 2005 dont le titre original complet est The Great Deception: Can the European Union Survive ? n'a pas encore été traduit en français] – il aurait pu comprendre tout cela.

Voici un résumé de leurs arguments tels que je les rapporte dans « Comment avoir raison » (n’hésitez pas à sauter des passages, certains extraits sont à la fois longs et très déprimants, et ce d’autant qu’ils ne font que refléter la stricte vérité : c’est le seul morceau du livre que je n’ai pas réussi à rendre drôle parce que rien dans l’UE ne prête à rire).

« Peu importe l’étendue de vos connaissances sur l’UE, dites-vous bien que c’est pire encore ». L’une des raisons de notre ignorance sur tant de sujets d’importance est l’ennui qu’ils nous procurent. Cet ennui est si grand que, hormis ceux qui travaillent sur le projet de l’UE, personne ne prend la peine de lire ce qui est écrit en tout petit. Et la principale raison en est que le secret, la désinformation et la propension au mensonge ont été constitutifs de la construction du projet dès le départ.

La chose principale à savoir au sujet de l’UE est que son but final est d’arriver à une union politique générale, et non à une simple union économique. Ce que ses créateurs – dont un ancien marchand de cognac, Jean Monnet – avaient compris très tôt, c’est qu’aucun électeur n’accepterait de voir son pays perdre sa souveraineté en contrepartie de la promesse farfelue d’un idéal paneuropéen. Ils se rendaient bien compte qu’il faudrait mener ce processus d’intégration sans fin à l’insu de tous (ou, pour reprendre le terme qu’utilisent ceux qui sont dans le secret, par le biais de l’engrenage, c’est-à-dire d’une progression à petits pas).

« Les Anglais ont longtemps résisté. Mais dans l’accès de doute qui suivit la crise de Suez, le gouvernement d’une Grande-Bretagne post-coloniale sur le déclin se tourna vers le continent, y vit ce qu’il imagina être une nouvelle puissance économique mondiale et prit peur au point de décider qu’il devait coûte que coûte rejoindre cet imposant bloc commercial.

Pour cela, il lui fallut mentir à son peuple. Dès l’époque de Harold MacMillan, les dirigeants politiques britanniques savaient pertinemment que l’enjeu allait au-delà d’un simple bloc commercial et qu’il consistait à créer une organisation supranationale afin de retirer tout pouvoir aux gouvernements nationaux. Mais s’ils l’avaient admis, ils se seraient mis à dos le peuple britannique, aussi fier qu’indépendant. Donc, durant des années, les gouvernements britanniques successifs ont tous présenté à leurs électeurs l’intégration européenne comme un problème de nature économique, mais surtout pas politique. »

« Rarement en matière de duplicité politique, un premier ministre britannique n’est allé aussi loin dans le mensonge que Edward Heath en janvier 1973. Il déclarait alors à la télévision : « Certains dans ce pays craignent qu’en rejoignant l’Europe nous ne sacrifions notre indépendance et notre souveraineté. Ces peurs, était-il besoin de le dire, sont totalement infondées ».

Dès 1970, date à laquelle Heath contraignit la Grande-Bretagne à entrer dans le marché commun (sans légitimité démocratique aucune puisque le sujet avait à peine été évoqué lors de sa campagne) il promit que rien n’allait arriver, mais tout arriva. »

« L’adhésion à l’Union européenne a profondément changé la Grande-Bretagne – de manière irrémédiable et pas pour le mieux. On nous a forcés à détruire notre industrie de pêche (puis à regarder, impuissants, les chalutiers espagnols, français, néerlandais et belges piller les mers qui longent nos côtes, elles qui furent en leur temps les plus poissonneuses du monde). Nous avons signé des directives insensées qui ont détruit nos abattoirs, paralysé notre industrie chimique et défiguré nos paysages avec des éoliennes. On n’aura bientôt plus le droit de boire des pintes de bière ni même de choisir comment nous défendre. Cela nous a coûté beaucoup d’argent (en impôts et en bureaucratie) et nous a privés d’une partie de notre liberté.

Au fond de nous, nous le savons. Alors comment se fait-il que l’Europe continue à grandir inexorablement alors qu’un grand nombre des peuples qui la composent la contestent ? C’est parce que cela, tout comme les mensonges entourant ses objectifs, a toujours fait partie du plan. Le labyrinthe complexe de l’appareil européen – la Commission, le Parlement, le Conseil des Ministres, la Cour de Justice – fut conçu à la fois pour semer la confusion et éviter d’avoir des comptes à rendre ; pour permettre à l’UE de s’agrandir, indépendamment du nombre de « non » que sa constitution a recueilli lors de référendums locaux.

Il est tout de même extraordinaire qu’au moment où fleurissent les théories du complot, la plus grande d’entre toutes à l’heure actuelle – qui, de surcroît, est avérée – soit à ce point ignorée par un aussi grand nombre, et depuis si longtemps. Il est révélateur que la seule enquête d’envergure sur le sujet – La Grande supercherie de Christopher Booker et Richard North – n’ait fait l’objet d’aucun article dans les diverses presses nationales.

L’Union européenne a été LE plus grand désastre politique depuis la Deuxième Guerre mondiale. Il est difficile de reconnaître être l’auteur d’une erreur aussi énorme et terrible. Trop énorme, sans doute. Pas étonnant donc que l’on s’obstine à éviter le sujet. On semble croire que, si on parvient à ne plus y penser pendant suffisamment longtemps, cela  finira peut-être par disparaître comme par magie. Mais c’est faux. »

C’est compris, Aaronovitch, espèce d’ex-communiste étatiste, partisan du tout règlement ? Non, mais !

Par James Delingpole, son blog sur le site Internet du Telegraph, le 28 mars 2009.

Article traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par le groupe traduction de l’UPR (Union populaire Républicaine).

 

Citations

 

Tommaso Padoa-Schioppa

 

"La construction européenne est une révolution, même si les révolutionnaires ne sont pas des conspirateurs blêmes et maigres, mais des employés, des fonctionnaires, des banquiers et des professeurs."

 

"L'Europe ne procède pas d'un mouvement démocratique. Elle s'est faite en suivant une méthode que l'on pouvait définir du terme de despotisme éclairé."