Pensées économiques

 

 Le système capitaliste

 

« Le capitaliste désire que chacun soit à la fois riche et pauvre [un riche consommateur et un pauvre salarié].

 

Cette contradiction inhérente au capitalisme n’apparaît pas dans les premiers stades de son développement, car il existe encore alors des couches de la population qui n’ont pas été réduites à la condition prolétaire. Mais dès que les possédants, en tant que classe, emploient des salariés en tant que classe, cette contradiction nous saute aussitôt au visage. La relation d’employeur à employé en vient à ressembler étrangement à celle de Robinson à Vendredi. Robinson a deux problèmes à résoudre. Obtenir du travail à bon marché et commercer avec les indigènes. Or ces deux problèmes, dont les solutions sont antithétiques, se trouvent incarnés dans la personne d’un seul homme : Vendredi. Robinson pourra peut-être contraindre ce dernier à ne travailler que pour sa subsistance, car c’est lui qui possède toutes les armes. Tout au plus pourra-t-il faire l’économie d’une hache. Mais il ne pourra réduire à zéro le salaire de Vendredi et s’attendre à ce que celui-ci lui donne des perles, de l’or et de l’argent en échange de rhums et de fusils.

 

Or dans la mesure où le capitalisme couvre la terre entière, relie entre elles des masses humaines considérables, et obéit à des systèmes centralisés, l’analogie que nous avons tirée de l’histoire de Robinson est chaque jour de plus en plus criante. Si le commerce avec les indigènes est réellement en diminution au point de nécessiter une diminution du salaire des indigènes, alors on peut dire que la situation est réellement sans issue. Robinson est désormais bien solitaire et Vendredi est décidément bin malchanceux.

G. K. Chesterton, Plaidoyer pour une propriété anticapitaliste (1926)

 

 

Monnaie Yin

 

« Un bel exemple de monnaie yin est le système japonais du fureai kippu, qui signifie « ticket de soin ». Au lieu de s’en remettre uniquement aux coûteuses maisons de retraite, le Japon a créé cette monnaie afin de fournir des soins à plus de 1,8 millions de personnes âgées ne bénéficiant pas de la protection de l’assurance maladie nationale.

Voici comment ce système fonctionne. Supposons qu’il y ait dans votre rue un homme âgé qui ne soit plus en mesure d’aller faire ses courses lui-même. Vous décidez de les faire à sa place et de l’aider en outre à préparer ses repas et à prendre son bain rituel, lequel bain est un aspect important de la culture japonaise. En échange, vous gagnez des crédits qui peuvent être déposés dans ce que l’on pourrait appeler un compte d’épargne fureai kippu. Vous pourrez retirer ces crédits lorsque vous serez plus âgé, ou il vous est possible de les transférer immédiatement à votre vieille mère qui vit dans une autre ville, afin qu’elle puisse payer quelqu’un pour s’occuper d’elle.

Les études indiquent que les personnes âgées japonaises préfèrent de loin les services fournis par l’entremise de ce système à ceux payés en yen par l’Etat, car ils expriment beaucoup mieux l’essence profonde de ce qu’est un véritable esprit d’entraide communautaire.

Fait intéressant, le mot communauté est dérivé des mots latins Cum munere. Munere signifie « donner » et cum « entre nous », dans ce contexte. Les mots communauté et fureai kippu partagent donc la même signification, soit littéralement « se donner entre nous ». »

 

 

Bruce H. Lipton et Steve Bhaerman, Evolution spontanée (2010)

 


LE CREDIT SOCIAL


À l'origine, c'est une théorie économique développée au début des années 1920 par l'ingénieur écossais Clifford Hugh Douglas. Chaque citoyen reçoit chaque année un total de monnaie créée proportionnel à la croissance des biens et services, et inversement proportionnel au nombre de citoyens de la zone monétaire. Le nom « crédit social » dérive de son désir de faire que le but du système monétaire (« crédit ») soit l'amélioration de la société (« social »). Wikipédia
"Les théories concernant le Crédit social se propagent du Royaume-Uni à l’Afrique du Sud, du continent australien au Canada. Et, ce n’est pas tout : au Royaume-Uni, le roi Edouard VIII – le fils aîné de George V, qui accéda au trône à la mort de son père, en janvier 1936 – était lui-même favorable à ces projets sociaux impliquant des réformes monétaires. Mais il abdiqua quelques mois plus tard, avant d’être couronné. Et les espoirs s’évanouirent aussitôt."
Lucas Gallesi, Il était une fois l'économie (2012)

 


Le don


« Le don-sacrifice, le potlatch, - ce jeu de qui perd-gagne où l'ampleur du sacrifice accroît le poids du prestige - n'avait guère de place dans une économie de troc rationalisé. Chassé des secteurs dominés par les impératifs économiques, il va se trouver réinvesti dans des valeurs telles que l'hospitalité, l'amitié et l'amour, officiellement condamnées à disparaître à mesure que la dictature de l'échange quantifié (la valeur marchande) colonise la vie quotidienne et la transforme en marché. »

 

Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre (1967)


  

Révolution « marchande »

 

 « Il n’est aucun mouvement révolutionnaire qui, de ses tenants à ses aboutissants, n’ait été déterminé par le processus d’expansion de la marchandise. Enserrée dans le carcan de forme archaïque, l’économie les brise sous le coup de libertés inspirées par la liberté du commerce, où se fondent bientôt, en raison des contraintes inhérentes à la loi du profit, de nouvelles tyrannies.

A la sortie, l’économie reprend à la hausse ce qu’elle a investi à l’entrée. La notion de « récupération » n’exprime rien d’autre. Les révolutions n’ont jamais fait que tourner sur elles-mêmes en se niant à la vitesse de leur rotation.

La révolution de 1968 n’échappe pas à la règle. Tirant plus de profit de la consommation généralisée que de la production, le système marchand précipite le passage de l’autoritarisme à la séduction de marché, de l’épargne au gaspillage, du puritanisme à l’hédonisme, de l’exploitation stérilisant la terre et l’homme à la reconstruction lucrative de l’environnement, du capital plus précieux que l’individu à l’individu comme capital le plus précieux. »

Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre (1967)

 


L'habit ne fait pas le moine

 

" Le leader spirituel des Frères musulmans, Al-Qaradawi, est établi à Doha où il jouit d’une force de frappe décisive.

Les réseaux d’Al-Qaradawi ne sont pas que religieux. Ils sont aussi financiers. Le prédicateur a contribué à conférer une licéité islamique au prêt à intérêt, normalement interdit par la loi coranique. Al-Qaradawi a servi de caution religieuse, aux princes musulmans souhaitant faire prospérer leur argent sans pour autant passer pour des mécréants, en édictant des avis ou en siégeant au conseil de censure légale de plusieurs banques islamiques, lesquelles ont contourné  la difficulté posée par le Coran en remplaçant le prêt à intérêt par le rachat surévalué, précise le politologue Fiammetta Venner. Grâce à cette caution religieuse inespérée, de grandes banques islamiques ont raflé le marché au détriment de firmes bancaires plus modestes ne pouvant se targuer d’une telle aura coranique.

Beaucoup d’intellectuels portent un regard très critique sur le rôle ainsi joué par Qaradawi. Le Dr Shaker al-Nabulsi, grand intellectuel jordanien résidant aux Etats-Unis, le décrit comme le « conseiller religieux et financier de plus d’une vingtaine de compagnies financières qui opèrent selon les principes financiers islamiques, connues pour avoir détruit les entreprises de beaucoup de petits investisseurs en Egypte ». Il rappelle que la fortune du prédicateur s’élève aujourd’hui à plusieurs dizaines de millions de dollars."

"Une France sous influence" de Vanessa Ratignier (2014)



Citation de Noam Chomsky (2008)

 

Pêchers capitaux


"La libéralisation financière propage ses effets bien au-delà de l'économie. On sait depuis longtemps que c'est aussi une arme puissante contre la démocratie. la libre circulation des capitaux crée ce que certains ont appelé un "parlement virtuel" des investisseurs et des prêteurs, qui suivent de près les décisions prises par les gouvernements et "votent" contre elles lorsqu'elles sont considérées comme irrationnelles. C'est-à-dire lorsqu'elles bénéficient aux peuples plutôt qu'aux cercles restreints des puissances du secteur privé.

Les investisseurs et les prêteurs peuvent "voter" soit par une fuite des capitaux, soit par des attaques contre les monnaies et autres moyens d'action offerts par la libéralisation financière. C'est une des raisons pour lesquelles le système de Bretton Woods mis en place par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne après la Deuxième Guerre mondiale avait institué le contrôle des capitaux et la réglementation du cours des devises.

John Maynard Keynes, qui négociait au nom des Britanniques considérait que le plus important succès de Bretton Woods était la mise en place du droit pour les gouvernements de restreindre les mouvements de capitaux.

En un fort contraste avec cette période, dans la phase néolibérale qui a fait suite à l'effondrement du système de Bretton Woods dans les années 1970, le Trésor américain considère désormais la libre circulation des capitaux comme un "droit fondamental", à la différence de ces prétendus "droits" qui sont pourtant garantis par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme."


La doctrine des bonnes intentions, Noam Comsky (2004)
La doctrine des bonnes intentions, Noam Comsky (2004)


La main invisible du marché


"Adam Smith, que nous sommes sensé vénérer mais pas lire, postulait déjà que la sympathie était la valeur humaine centrale, et qu'il fallait donc organiser la société de façon à satisfaire cet élan naturel des êtres humains pour la sympathie, le soutien mutuel.

En fait, son argument crucial en faveur des marchés était là : dans des conditions de liberté parfaite, ils conduiraient à l'égalité parfaite. La célèbre expression de Smith "la main invisible", que tout le monde utilise totalement de travers, n'apparaît qu'une seule fois dans La Richesse des nations, et c'est dans le contexte d'un raisonnement contre ce que nous appelons aujourd'hui le néolibéralisme. Smith dit que, si les industriels et les investisseurs anglais importaient de l'étranger et investissaient outre-mer plutôt que chez eux, ce serait nuisible à l'Angleterre. Autrement dit, s'ils suivaient ce que nous appelons aujourd'hui les principes d'Adam Smith, ce serait nuisible à l'Angleterre. Mais, poursuit-il, il n'y a aucune raison de redouter ce scénario, car " à égalité de profits ou à peu près, tout marchand en gros préfèrera, individuellement, utiliser des biens produits sur le territoire national et investir dans son pays. Ainsi, comme s'il était "conduit par une main invisible à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions", il conjurera la menace de ce qu'on appelle aujourd'hui le néolibéralisme.

L'économiste David Ricardo a avancé un argument tout à fait semblable. Smith et Ricardo avaient tous deux compris qu'aucune de leurs théories ne fonctionnerait s'il y avait libre circulation et libre investissement des capitaux."


Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche (2013)
Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche (2013)


Libre-concurrence et violence

 

"Car c’est bien, en dernière instance, et comme le soulignait Engels, « l’application conséquente du principe que referme déjà la libre concurrence » qui conduit inexorablement à édifier ce monde impitoyable et sans âme dont le collaborateur de Marx décrivait ainsi les tendances profondes : « chacun se défend et lutte pour soi-même contre tous ; quant à savoir s’il fera ou non tort à tous les autres, qui sont ses ennemis déclarés, cela résulte uniquement d’un calcul égoïste pour déterminer ce qui lui est le plus profitable à lui. Il ne vient plus à l’idée de s’entendre à l’amiable avec son prochain ; tous les différents se règlent avec les menaces, par le recours aux tribunaux à moins qu’on se fasse justice soi-même. Bref, chacun voit dans autrui un ennemi qu’il faut écarter de son chemin ou tout au plus un moyen, qu’il faut exploiter à ses propres fins. Et cette guerre, ainsi que le prouvent les tableaux de criminalité, devient d’année en année plus violente, plus passionnée, plus implacable».

Kou l'ahuri, Jacques Duboin (1934)
Kou l'ahuri, Jacques Duboin (1934)

 

Libéralisme

 

"- Je vous vois venir, dit le Père, vous voulez rendre les lois économiques responsables de l'état de chose actuel, alors que ce sont les hommes qui sont fautifs en ce sens qu'ils ne laissent pas fonctionner librement le jeu des lois économiques, notamment celle de la concurrence.

- Ou je suis fort trompé, répliquai-je, ou ces fameuses lois éternelles sont extraordinaires, puisque l'homme est libre de les observer ou de ne pas les observer. Si j'essayais de manquer de respect à la loi de la gravitation, il m'en cuirait, n'est-il pas vrai ?

- Votre remarque est stupide, me dit aimablement l'économiste ; instruisez-moi des sujets où notre doctrine vous paraîtrait en défaut, car l'heure avance. 

- A l'égard de bien des choses, répondis-je, elle me paraît fâcheusement en retard sur les évènements. Votre fameux  "laissez faire, laissez passer" a été scrupuleusement observé, comme dans la jungle, et il aboutit à l'effrayant désordre auquel nous assistons et que je dépeins ainsi : deux pyramides qui s'élèvent parallèlement sans arrêt : l'une est celle de la production des choses utiles aux hommes, l'autre est celle des besoins inassouvis. On crie de faim devant une table bien servie et 'on couche dans a rue en contemplant des appartements vides. puisque vous m'invitez à faire la critique de votre doctrine, je vous dirai qu'elle ne tient pas compte des progrès inouïs que réalise la technique. Depuis cinquante ans à peine, ils renversent et vos prévisions et vos doctrines. Car d'où peuvent procéder tant de faits contradictoires ?

- Continuez, dit-il, vous m'intéressez.

- Je continue. Les hommes, ayant réussi à capter l'énergie qui dormait dans la nature, utilisent aujourd'hui les forces motrices inépuisables qu'ils tirent de la houille, du pétrole et des chutes d'eau. Grâce à leur intervention, tout l'outillage construit par les hommes s'est mis à produire en quantités énormes, de sorte que trente millions de travailleurs se croisent déjà les bras ; ils sont inutiles puisque des milliards de chevaux-vapeur travaillent à leur place. Mais, comme ils ne travaillent par pour eux, les voilà condamnés, avec leur famille, à une misère pire que celle que connaissent les sauvages, tandis que les produits s'entassent inutilement et qu'on commet même le crime de les détruire."

 

Abondance


"Dans un grand pays moderne, il arrive que le développement incessant de l'outillage industriel et agricole, conjugué avec l'emploi intensif de la force motrice extrahumaine, permet un beau jour l'accroissement de la production en même temps que le chômage. Ce pays entre ainsi dans l'ère de l'abondance. Automatiquement le pouvoir d'achat de toute sa population ne cesse de diminuer comme une peau de chagrin à la suite d'une dévalorisation continuelle de toutes les activités et de tous les actifs. On constate ensuite que la création des richesses se produit désormais sans création parallèle d'aucun pouvoir d'achat."



 

Le gourou

 

"Lorsque l'expert est insuffisant, ou trop pusillanime, on sort l'"oracle" ou le "gourou". L'expert envie l'oracle, car celui-ci ne fait référence à rien. Ni à un savoir, ni à une réalité, des données, des modèles, des statistiques ou autres choses ennuyeuses. Il se situe d'emblée dans l'Avenir, la Confiance et le Destin. Bref, la métaphysique. Comme à Delphes, "il ne dit pas mais fait signe". A vous de vous démerder.

George Soros est un oracle. Il impressionnait beaucoup de monde parce qu'il avait spéculé contre la livre en 1992 et fait sortir celle-ci du SME, en gagnant une paire de milliards de dollars. On le prit un peu moins au sérieux quand on sut, en juillet 1998, qu'il s'était fait plumer de plus du double en spéculant contre le rouble. Peu importe. Il continue de dire l'avenir, qu'il ne voit pas plus qu'un autre, la preuve, il perd plus que les autres. Même ruiné, il expertisera toujours, ne serait-ce que sa propre ignorance, pourrit-il la vendre, une fois expertisée. Alors que l'expert est constamment ridicule, l'oracle est toujours ironique est solennel. Il ne commet plus d'erreurs. Il est l'horoscope, qui satisfait toujours tout le monde, l'amant et le cocu en même temps. Il sait qu'il ne sait rien, comme Socrate, sacré oracle de son temps, ou comme Friedman, Barre, Attali, d'autres qui se sont fait une spécialité de cette sorte d'"ignorance supérieure"."

 

 

 

 

Supériorité du libéralisme ?

 

"Ce qui est fascinant, c'est que tout économiste un peu curieux, ne disons même pas "distingués", sait désormais que l'équilibre de concurrence est une chimère, que la concurrence a des vertus explosives et destructrices et qu'en plus, si équilibre il y a, c'est le pire ! Ou en tout cas par le meilleur ! Et il y a vingt ans que les économistes savent ça !

Pourquoi ce silence ? Apparemment, ils ont honte de leur savoir, ou n'en disent rien, en tout cas à leurs élèves, car tous les petits crétins qui se targuent d'avoir fait des études d'économie racontent encore en ville que la concurrence c'est beau et bon, beau comme les marchés, bon comme la dérégulation, l'abaissement des barrières, les privatisations, etc. Tous ces slogans, que ce pauvre Bérégovoy buvait comme de la piquette vendue pour du château-margaux, si on osait regarder la vérité en face, on aurait honte de les proférer ; encore plus honte que de dire "la lutte des classes a fait que je suis un crétin, c'est pas ma faute, c'est la société".

En privé, pas un économiste n'osera défendre le modèle walrassien, "la démonstration mathématique de la supériorité du libéralisme" -hurlons une dernière fois de rire, et puis hurlons tout court ! Pas un. Tous les économistes savent qu'il est dans une impasse totale. Qu'il est comme la théorie de Lamarck, dans un fond de tiroir. Comme le système de Ptolémée. Intéressant, pour les archivistes et les historiens. Et les psychanalystes : car comment peut-on continuer à faire "comme si"... ?"

  

Kou l'ahuri, Jacques Duboin (1934)
Kou l'ahuri, Jacques Duboin (1934)

 

Economie de guerre

 

"La gaîté disparut lorsque l'un de nous fit allusion aux intentions de ceux qui proposent de combattre la misère à coups de matraque et de faire cracher du pouvoir d'achat aux mitrailleuses.

- Et la possibilité d'une guerre ? lança un autre par une association d'idées qui nous parut assez naturelle.

Ce fut Adéodat qui répondit. - La guerre ?... Entre les grandes nations industrielles, n'est-ce pas ?... Entre les nations qui viennent d'entrer dans l'ère de l'abondance ?... On se battait autrefois comme des chiens qui n'ont qu'un os à ronger. Va-t-on se battre, demain, parce qu'il y a trop de tout pour tout le monde ? Ma foi, c'est bien possible, puisque les hommes sont aujourd'hui au-dessous des crétins de jadis. Cependant, je ne peux pas le croire. Quel en serait le but ? Le vainqueur ajouterait à ses stocks invendables tous les stocks invendus du vaincu ? Voilà un genre d'opération qui ne devrait pas tenter ceux qui inspirent la politique extérieure. Qu'ils la prépare d'accord, puisque cela leur procure des commandes, mais qu'ils la fasse faire par les copains !... Pourquoi les anciens combattants français et allemands, qui savent ce que c'est, ne s'entendent-ils pas pour l'apprendre aux autres ?

- Moi aussi, je me refuse à croire à la guerre, dis-je à mon tour. Ceux qui y songent sont des bêtes fauves qui n'osent même pas dire leur pensée. Mais je ne dis pas que certains bénéficiaires de la rareté ne seraient pas enchantés qu'une bonne petite épidémie, frappant adroitement au foyer de tous les chômeurs, vienne éliminer gentiment les trente millions de sans-travail, avec leurs femmes, les gosses et les vieux parents à leur charge. C'est leur disparition, soudaine et définitive, qui permettrait une belle déflation massive du budget des dépenses de tous les Etats ! On pourrait alors procéder à de fameux allègements fiscaux ! Quelle reprise !"

  

Comprendre le pouvoir, Noam Chomsky
Comprendre le pouvoir, Noam Chomsky

 

Concurrence libre et faussée

 

Les Etats-Unis ont pu développer l'industrie sidérurgique il y a un siècle parce qu'ils violaient radicalement les règles du marché "libre" et ils ont pu redresser l'industrie sidérurgique au cours des dix dernières années (années 1980) grâce à des mesures telles que la restriction des importations étrangères, le démantèlement des syndicats -ce qui permis une baisse des salaires- et l'application brutale de tarifs douaniers exorbitants sur l'acier étranger. Les reaganiens ont toujours parlé avec enthousiasme des "tendances du marché", mais ils refusaient de les laisser fonctionner, et ce pour une raison très simple : s'ils avaient laissé fonctionner les tendances du marché, les Etats-Unis n'auraient plus d'industrie de l'automobile, ou d'industrie des microprocesseurs, ou informatique, ou électronique, parce qu'ils auraient été complètement écrasés par les Japonais. Les reaganiens ont donc barré l'entrée des marchés américains et investi une quantité énorme de fonds publics. D'ailleurs, ils ne s'en sont pas du tout cachés dans le milieu des affaires, bien que de la population oui. Quand il était secrétaire des finances, James Baker a proclamé fièrement en 1987 devant une assemblée d'hommes d'affaires que Ronald Reagan "a accordé à l'industrie américaine plus de mesure de sauvegarde qu'aucun de ses prédécesseurs en plus d'un demi-siècle" -ce qui était bien trop modeste, en fait ; à cette époque, Reagan a probablement accordé à l'industrie plus de mesure de sauvegarde que tous ses prédécesseurs réunis.

 

Apocalypse du Progrès, Piuerre de La Coste (2014)
Apocalypse du Progrès, Piuerre de La Coste (2014)

  

"Puisque le défrichement du nouveau monde, contrairement à celui de l'ancien, s'effectue en dehors des ordres monastiques, la "création de valeur" est ainsi disponible pour les investissements, les emprunts, les spéculations, et la nécessité de rentabiliser l'argent investi. le colon américain rend gloire à la toute puissance de Dieu, en édifiant une cathédrale de travail dressée vers le ciel, plutôt qu'une cathédrale de pierre au coeur de la Cité. Un monastère à ciel ouvert sans cloître ni cellule, plutôt qu'un grand domaine monastique voué à la prière et au recueillement. pour les moines-soldats du progrès, la liberté d'entreprendre doit nécessairement s'accompagner de la meilleur organisation possible. l'ensemble des efforts des individus, dans cette "nation d'entrepreneurs" (Tocqueville) doit s'auto-organiser de manière parfaite. C'est "la main invisible du marché" selon Adam Smith, écossais de la période des Lumières, qui explique théoriquement cette articulation de la liberté et de la nécessité au niveau macro-économique. Comme la doctrine calviniste originelle, cette théorie n'a rien d'évident, ni de naturel, ni même de logique. L'addition des égoïsmes, aiguillonnés par l'appât du gain, devrait correspondre aux besoins exprimés par tous, nous dit Smith. La justification du libre-échange en est la conséquence. Smith montre que l'autorégulation est d'autant plus parfaite que le marché est large. Or, l'entrepreneur américain, inspiré par le puritanisme originel, ne craint pas la concurrence, pas plus que le marchand britannique. Le système anglo-saxon est le plus efficace. Il s'impose à tous, protestant ou non. Chacun, du nouveau candidat à l'immigration dans le nouveau monde, au maître de forge de la vieille Europe, doit s'aligner sur ses résultats, son rendement, ses bénéfices, ou périr."

 

Le capitalisme un génocide structurel, Garry Leech (2012)
Le capitalisme un génocide structurel, Garry Leech (2012)

 

Capitalisme et surproduction

 

"Le Capital a également cherché à élargir sa sphère de circulation en accroissant les besoins sociaux de ces travailleurs. Mais c'est dans ce processus que la contradiction inhérente du capitalisme, cité par Marx, devient visible. L'exigence du capital de pousser les salaires vers le bas pour accroître la plus-value grâce à des niveaux de productivité toujours plus élevés, et donc des salaires toujours plus bas, entre en conflit avec la capacité des travailleurs de consommer à un niveau suffisant la quantité toujours croissante de biens produits.

En outre, les avancées technologiques permettent au Capital de produire à des niveaux d'efficacité toujours plus élevés et avec de moins en moins de travailleurs et, par extension logique, de moins en moins de consommateurs. En conséquences, ainsi que Marx l'a expliqué, il y a "une tension constante entre la taille restreinte de la consommation sur une base capitaliste et une production qui s'efforce constamment de surmonter ces barrières immanentes", et le résultat est "la surproduction, la contradiction du Capital développé".

La pénurie d'emplois a forcé les gens à s'engager dans une lutte désespérée pour leur survie économique dans les villes, ce qui a contribué à accroitre la criminalité et  le nombre d'actes de violences, ce que Davis a appelé " la violence quotidienne de l'exclusion économique"."

 

Lettre au Français, Maurice Allais, Marianne (2008)
Lettre au Français, Maurice Allais, Marianne (2008)

   

     "Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.

 

Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé « des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore – pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.

 

Il faut délocaliser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd’hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu’il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résulte des délocalisations, elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.

 

Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services.

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouvements qui se généralisent, j’en suis d’accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L’essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l’est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.

 

Crise et mondialisation sont liées

Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu’est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c’est une erreur folle.

Pour ma part, j’ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences !

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.

Un prix Nobel… téléspectateur

Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années.

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel… téléspectateur, Je me retrouve face à ce qu’affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.

Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la politique.

Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?

Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? S’agit-il seulement de leur part d’ignorance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs."

Maurice Allais.

Lettre aux Français, dans le magazine Marianne (2008), Maurice Allais

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(1) L’Europe en crise. Que faire ?, éditions Clément Juglar. Paris, 2005.
(2) Notamment La crise mondiale aujourd’hui, éditions Clément Juglar, 1999, et la Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique, éditions Clément Juglar, 1999.

Psychologie des foules, Gustave Le Bon, Ultraletters (2013).
Psychologie des foules, Gustave Le Bon, Ultraletters (2013).


Comment imposer l'impôt

 

    "Si un législateur veut, par exemple, établir un nouvel impôt, devra-t-il choisir celui qui sera théoriquement le plus juste ? En aucune façon. le plus injuste pourra être pratiquement le meilleur pour les foules. S'il est en même temps le moins visible, et le moins lourd en apparence, il sera le plus facilement admis. C'est ainsi qu'un impôt indirect, si exorbitant qu'il soit, sera toujours accepté par la foule, parce que, étant journellement payé sur un des objets de consommation par fractions de centime, il ne gêne pas ses habitudes et ne l'impressionne pas. Remplacez-le par un impôt proportionnel sur les salaires ou autres revenus, à payer en une seule fois, fût-il, théoriquement dix fois moins lourd que l'autre, il soulèvera d'unanimes protestations. Aux centimes invisibles de chaque jour se substitue, en effet, une somme relativement élevée, qui paraîtra immense, et par conséquent très impressionnante, le jour où il faudra la payer. Elle ne paraîtrait faible que si elle avait été mise de côté sou à sou ; mais ce procédé économique représente une dose de prévoyance dont les foules sont incapables."

Enquète sur la loi du 3 janvier 2013, pierre-Yves Rougeyron, Le jardin des livres (2013)
Enquète sur la loi du 3 janvier 2013, pierre-Yves Rougeyron, Le jardin des livres (2013)

 

"Les buts des théories Keynésiennes étaient "l'euthanasie des rentiers" et de mener le combat contre les "capitalistes sans travail". En 1950 la Banque d'Angleterre a même été nationalisée par Hugh Dalton."

 

 

 "Du point de vue des financiers, l'inflation a une terrible conséquence ; elle grignote la rente de l'épargnant et avec elle le revenu du financier au seul profit du travailleur salarié."

Enquête sur la loi du 3 janvier 1973 (2013), Pierre-Yves Rougeyron

American war machine, Peter Dale Scott, Demi-lune (2012)
American war machine, Peter Dale Scott, Demi-lune (2012)

 


     "Dans sa phase empirique, la théorie monétariste de Milton Friedman à l'Université de Chicago était une correction apportée à l'idéologie fiscale keynésienne, qui, utilisée abusivement dans des situations délicates, créait de l'inflation. Mais il suffit de peu de temps pour que le néolibéralisme de l'Ecole de Chicago devienne lui aussi une idéologie utilisée à outrance. L'intervention du gouvernement américain en est responsable, anxieux qu'il était d'utiliser la doctrine Friedman afin d'ouvrir sournoisement les marchés étrangers aux investissements américains.

Aujourd'hui existe un consensus qui rassemble de plus en plus : le fondamentalisme de marché, loin de régler les problèmes des pays en développement, les aggrave. Amy Chua, qui travailla un temps pour une banque américaine sur un projet de privatisation au Mexique, adhère à ce nouveau consensus. Dans son livre, elle blâme la promotion faite par les Etats-Unis de ce qu'elle appelle le "capitalisme du laisser-faire" pour expliquer l'augmentation de la pauvreté dans les années 1990. Elle critique la campagne des Etats-Unis et du Fonds monétaire international en faveur de la libéralisation des marchés, une campagne qui "n'inclut que très rarement des mécanismes de redistribution".

En fait, "laisser-faire" est un terme trop complaisant. le terme "capitalisme sauvage" semble plus adapté pour décrire ce que nous avons vu advenir : une mondialisation soutenue par les gouvernements, qui bénéficie aux proches de chaque gouvernement à Washington -comme Halliburton et Enron-, et qui en retour, favorise aussi les proches du gouvernement du pays avec lequel les affaires sont réalisées."