Guerre économique

 

 

Guerre économique 

 

« La SNCF a été accusée par deux élus démocrates de l’Etat du Maryland d’avoir collaboré avec l’Allemagne nazie en transportant des déportés vers les camps de la mort. Ces parlementaires exigèrent de la SNCF qu’elle indemnise les familles de déportés. Ils légitimaient leur approche par l’initiative d’un ancien déporté d’Auschwitz, auteur d’une pétition qui a récolté plusieurs dizaines de milliers de signatures. Cette attaque informationnelle s’est ajoutée à d’autres qui ont déjà fait perdre à la SNCF des contrats comme la construction d’une ligne grande vitesse entre les villes d’Orlando et Tampa. Ce genre de polémique n’est pas à sens unique. Les compagnies de chemin de fer américaines ont joué au cours du XIXe siècle un rôle important dans la conquête de l’Ouest américain marqué par l’extermination des tribus indiennes. A partir du moment où des élus américains réclament l’indemnisation des déportés, il serait équitable de réclamer l’indemnisation des familles indiennes déportées dans le cadre de l’expansion territoriales des Etats-Unis d’Amérique sur le continent nord-américain. La timidité de la partie française sur ce dossier est pour le moins significative de notre incapacité à mener des guerres de l’information sous-jacentes aux affrontements économiques. »

  

 

Christian Harbulot, Fabricants d’intox (2016)

 

 

 

La perfidie de l'invincible Albion

 

"Le retour à la paix après la défaite de Waterloo n'élimina pas la menace que faisait peser l'économie britannique sur notre politique de développement. Londres envoya en France un homme d'influence, John Bowring pour dénoncer la politique protectionniste de la France. Pour promouvoir le free trade, cet agent d'influence parcourut la France en cherchant des points d'appui à partir des anciennes terres anglaises. Il cibla dans un premier temps des acteurs économiques faciles à convaincre. les producteurs de vin du Sud-Ouest, opposés aux taxes qui pénalisaient leurs exportations, souhaitaient leur suppression et soutinrent son initiative.

L'innovation de Bowring fut le déclenchement d'une guerre de l'information en faisant publier des dizaines d'articles dans les journaux français. Son efficacité rhétorique porta sur l'angle d'attaque qu'il choisit : Bowring présenta le libéralisme comme une idée d'avenir et le protectionnisme comme une idée du passé. Il ne remporta pas immédiatement la victoire car il fut expulsé. Mais le milieu affairiste proche de Napoléon III relaya ce message en imposant la modernisation de l'appareil industriel comme le seul levier de développement crédible. La réussite de la stratégie d'influence menée par John Bowring se traduisit dans les faits par une disparition du débat sur la finalité des affrontements économiques entre Londres et Paris. La polémique amorcée sur la nuisance de l'impérialisme marchand britannique se perdit au début du second Empire dans l'application des idées libérales qui devint la grille de lecture universelle du fonctionnement de l'économie de marché. Ce mode de raisonnement a réduit la vision de la puissance à la protection du territoire et à l'approvisionnement extérieur en ressources stratégiques."