Etats-Unis et Dollar

 

Valeur

 

« Dans la plupart des langues, le terme valeur désigne « ce pour quoi on est digne d’estime sur le plan moral, intellectuel, physique, etc. », « ce qui est posé comme vrai, beau, bien, selon des critères personnels ou sociaux, et sert de référence, de principe moral ».

Depuis le XIIIe siècle, le mot valeur désigne également le caractère mesurable d’un bien en tant qu’il est susceptible d’être échangé (la valeur d’un bijou, la valeur marchande, la valeur ajouté ou d’échange). Quelques siècles plus tard, tout se passe comme si le langage économique avait ramené toutes les valeurs à la seule valeur d’échange. Les êtres humains, les manifestations de la vie, la nature, la terre, les objets : tout est désormais défini et évalué par rapport à une échelle de prix. C’est ainsi qu’aux Etats-Unis, par exemple, le salaire net de l’individu, le nombre et la marque de ses voitures, le montant de la cotisation à son club sont les seuls critères de son « évaluation » : What is your worth ? (Combien valez-vous ?, c’est-à-dire Quel est votre salaire annuelle ?). »

 

Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté (2003)

 

HIstoire des banques centrales, Stephen Mitford Goodson (2015)
HIstoire des banques centrales, Stephen Mitford Goodson (2015)


Le dollar ou la mort

 

"Depuis 1971, lorsque les Etats-Unis ont abandonné l'étalon-or pour le pétrodollar avec la connivence de l'Arabie Saoudite, toute tentative de supplanter le dollar américain comme la monnaie de réserve dominante, s'est vue bloquée et opposée avec violence.

 

En novembre 2000, Saddam Hussein décréta que toutes les transactions d'hydrocarbure seraient libellées en euros, car il ne souhaitait plus commercer en usant de la "monnaie de l'ennemi". Comme cela fut par la suite démontré, la supercherie des armes de destruction massive ne fut qu'un faux prétexte et ce fut bien cette décision monétaire qui couta à Saddam Hussein sa vie et la destruction de son pays.

 

Dans des circonstances similaires, Kadhafi annonça en 2010 la création d'un dinar-or pour le paiement de toutes les transactions étrangères sur une région incluant 200 millions d'habitants. A cette époque, la Lybie possédait 144 tonnes d'or. Ce qui était proposé n'était pas en soi un retour à l'étalon-or per se, mais la mise en place d'une nouvelle unité de mesure concernant les exportations pétrolières et les autres ressources qui devaient être réglées en dinars-or. Kadhafi avait franchi la ligne rouge et en a payé le prix ultime.

 

Depuis 2007, l'Iran a exigé que les paiements soient effectués en euros. Le 17 février 2008, la Bourse du Pétrole Iranienne utilise principalement l'euro, le rial iranien et un panier de devises non-américaines pour ses échanges d'hydrocarbures, de produits pétrochimiques et de gaz. La première cargaison pétrolière fonctionnant sous ce nouveau système fut vendue à travers ce marché en juillet 2011. Cet évènement doit être considéré comme la cause principale des menaces israéliennes et américaines répétées à l'égard de l'Iran."

 

Comprendre le pouvoir, Noam Chomsky
Comprendre le pouvoir, Noam Chomsky

 

Propagande capitaliste

 

"La population américaine était très sociale-démocrate après la guerre (2e G. mondiale) -elle était très en faveur des syndicats, de plus d'intervention du gouvernement dans la réglementation de l'industrie, probablement la majorité pensait même que l'industrie devrait être publique- et le milieu des affaires en était terrifié, ils étaient morts de peur. Dans leurs publications, ils écrivaient des choses comme : "Nous avons cinq ou six ans à peu près pour sauver le système des entreprises privées." Une de leurs actions a consisté à lancer aux Etats-Unis un vaste programme de propagande visant à inverser ces attitudes. A l'époque, cela faisait partie de ce qu'on appelait "la bataille perpétuelle pour l'esprit des hommes", qui doivent être "endoctrinés par le discours capitaliste"; je cite mot pour mot les écrits des relations publiques. Donc au début des années 1950, l'Advertising Council dépensait des sommes exorbitantes pour une propagande en faveur de ce qu'ils appelaient "the American way". Le budget des relations publiques pour l'Association nationale des fabricants a été, je crois, multiplié par vingt. Environ un tiers des manuels scolaires étaient fourni par des entreprises, vingt millions de personnes se sont retrouvées chaque semaine à visionner des films de propagande traitant des relations au travail. Ils ont poursuivis avec les "méthodes scientifiques pour briser les grèves" développées à la fin des années 1930 : consacrer des ressources considérables à la propagande plutôt qu'aux Goon Squad et aux casseurs de genoux. Et tout cela était lié à la croisade "anticommuniste" à l'époque -voilà le véritable sens de ce que l'on appelle le "maccarthysme", commencé bien avant l'implication de Joseph McCarthy et vraiment lancé par le milieu des affaires, les membres libéraux du Parti démocrate, etc. C'était une manière d se servir de la peur et du chauvinisme pour tenter de saper les droits des travailleurs et le fonctionnement de la démocratie."

 

Le capitalisme malade de sa monnaie, E. Husson et N. Palma (2009)
Le capitalisme malade de sa monnaie, E. Husson et N. Palma (2009)

 

Le Dollar

 

Jacques Rueff a dit un jour : "Choisissez l'ordre monétaire ou vous aurez l'esclavage". La formule devrait être précisée : "Choisissez le bon gouvernement monétaire ou vous aurez l'esclavage". En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes bien dans un ordre monétaire, celui de l'étalon dollar. Mais cet ordre est particulièrement asymétrique, car il implique le privilège exorbitant du pays qui détient, par là même, le droit d'acheter les biens et les services du monde avec du simple papier. Or, ce sont les automatismes du système de l'offre et de la demande, de la loi quantitative, qui poussent ce système vers sa propre fin. Mais, pour la conscience dominante, il n'y a d'autres solution que d'assurer la permanence et la continuité de cet ordre, quel que soit le prix à payer ; même si c'est au prix de la liberté et du bonheur des autres nations.

 

Pétrole une guerre d'un siècle, William Engdahl (2007)
Pétrole une guerre d'un siècle, William Engdahl (2007)

 

La Chevrolet 1958

  

     "A la fin des années 50 aux USA, alors que le fermier de l'Iowa ou le machiniste qualifié de Cincinnati n'avaient pas la moindre idée des enjeux qui dominaient les derniers jours de la présidence Eisenhower, les immenses banques new-yorkaises, largement orientées vers l'international, se préparaient à délaisser l'investissement en Amérique pour se tourner vers des pâturages plus verdoyants.

Henry Ford avait déclaré un jour qu'ils paieraient volontiers les salaires industriels les plus élevés, vendrait les voitures aux prix les plus bas et ce faisant deviendrait l'homme le plus riche du monde, tout en utilisant la technologie la plus moderne. Malheureusement, au début des années soixante, les voix les plus influentes de la politique américaine avaient oublié la leçon de Ford. Elles étaient trop obsédées par l'appât du gain rapide qui consiste à acheter bon marché pour vendre cher. A la fin des années cinquante, l'establishment américain avait abandonné toute ambition d'investissement en faveur de la reconstruction des villes américaines, d'une politique d'éducation de sa classe laborieuse, ou de modernisation de l'outil industriel et d'amélioration de l'économie nationale.

Au lieu de cela, les dollars s'en furent hors des Etats-Unis pour saisir les "occases" qu'étaient les industries dynamiques d'Europe de l'Ouest, d'Amérique du Sud ou des économies asiatiques émergentes.

Après la crise de 1957, les grandes industries et les banques américaines s'alignèrent progressivement sur le "modèle" de la politique industrielle britannique. La fraude systématique sur la qualité des produits devint à la mode. Le "monétarisme" de Milton Friedman et autres économistes n'était rien de plus qu'une extension généralisée du principe britannique d'après 1846 , "buy cheap, sell dear", dans l'économie et la production américaines.

La fierté du travail bien fait et l'engagement pour le progrès industriel commencèrent à céder face aux critères de rendement financier calculé chaque trimestre pour satisfaire les actionnaires de la compagnie.

L'Américain moyen n'avait pas besoin de regarder au-delà de sa voiture familiale pour comprendre ce qui se passait. Après 1957, plutôt que de procéder aux investissements nécessaires à la modernisation des usines et de l'équipement pour améliorer la productivité, Détroit commença à procéder à des manipulations. En 1958, la quantité d'acier nécessaire pour produire une Chevrolet de la General Motors fut divisée par deux par rapport au modèle de 1956. Inutile de dire que le taux de mortalité sur les autoroutes augmenta. L'industrie nationale de l'acier accusa le coup. Les haut-fourneaux qui, en 1955, produisaient 19 millions de tonnes d'acier pour l'industrie des transports, n'en fournirent plus que 10 millions en 1958. Au début des années soixante, "ce qui était bon pour la General Motors" était devenu mauvais pour l'Amérique et pour le monde ; en revanche les travailleurs américains payaient cette Chevrolet 1958 beaucoup plus cher.

Les enjoliveurs et les chromes profilés surdimensionnés vanté par les publicitaires contribuèrent à masquer la réalité d'une industrie américaine qui courrait au suicide, abusant le consommateur pour maximiser des profits déclinants. Mais, tout comme l'ivrogne qui tombe du vingtième étage en pensant qu'il profite d'un vol gratuit, la plupart des Américains ne réalisèrent les véritables implications de ce tournant "post-industriel" des années soixante qu'une ou deux décennies plus tard."

 

Les secrets de la Réserve Fédérale, Eustace Mullins, Le retour aux sources (2010)
Les secrets de la Réserve Fédérale, Eustace Mullins, Le retour aux sources (2010)

 

La Réserve Fédérale (banque centrale américaine)

 

     "Le témoignage du Gouverneur Eccles expose le coeur de la machine monétaire que Paul Warburg avait révélée à ses collègues banquiers incrédules, en 1910, à Jekyll Island. Pour tout commentaire, la plupart des Américains disent qu'ils sont incapables de comprendre comment opère le système de la Réserve Fédérale. C'est au-delà de leur compréhension, non pas parce que c'est trop complexe, mais parce que c'est si simple. Si un escroc vient vers vous et vous propose de vous faire une démonstration de sa machine merveilleuse à fabriquer l'argent, vous l'observez tandis qu'il place un morceau de papier blanc et produit un billet de 100 dollars. C'est le système de la Réserve Fédérale. Ensuite, vous proposez d'acheter cette machine merveilleuse à fabriquer l'argent, mais vous ne pouvez pas. Elle appartient aux actionnaires privés des banques de la Réserve Fédérale, dont les identités peuvent être rattachées partiellement mais pas complètement, à la "London Connection".

Le 6 juin 1960, lors des auditions de la Commission Bancaire et Monétaire, le député Wright Patman, son président, interrogea Carl E. Allen, le président de la Banque de Réserve Fédérale de Chicago.

 

PATMAN :

"Alors, M. Allen ! Lorsque la Commission sur le Marché ouvert de la Réserve Fédérale achète pour 1 million de dollars d'obligations vous créez de l'argent sur le crédit de la nation pour pouvoir payer cette obligation, n'est-ce pas?"

 

ALLEN :

"C'est exact".

 

PATMAN :

"Et dans ce cas, le crédit de la nation est représenté par les billets de banque de la Réserve Fédérale, n'est-ce pas? Si les banques veulent de l'argent réel, vous donnez des billets de banque de la Réserve Fédérale en paiement, non?"

 

ALLEN :

"Cela pourrait se faire, mais personne ne veut des billets de banque de la Réserve Fédérale."

 

PATMAN :

"Personne n'en veut car les banques préfèreraient avoir le crédit dans leur réserve."

 

C'est la partie la plus incroyable de l'opération de la Réserve fédérale et la plus difficile à comprendre. Comment une personne ordinaire peut-elle saisir le concept, selon lequel il y a des gens dans son pays qui ont le pouvoir d'entrer une écriture dans un registre stipulant que leur gouvernement leur doit désormais, par exemple, un milliard de dollars, et celui de collecter le principal et les intérêts de ce "prêt"?

[...]

Ainsi que le député Patman le formule : "Un dollar représente une dette d'un dollar due au Système de la Réserve Fédérale. Les banques de la Réserve Fédérale créent de la monnaie à partir du vent pour acheter au gouvernement de Etats-Unis des bons du Trésor, prêtant avec intérêt l'argent en circulation, en entrant dans les registres de la comptabilité nationale une ligne de crédit sur le compte du Trésor des Etats-Unis. Celui-ci rédige une obligation portant intérêt pour 1 milliard de dollars. La réserve Fédérale lui accorde alors un crédit d'un milliard de dollars en échange de cette obligation et crée à partir de rien une dette d'un milliard de dollars que le peuple américain est obligé de payer avec les intérêts."

Portman poursuit : "D'où le Système de la Réserve Fédérale sort-il l'argent avec lequel il crée les réserves bancaires?

Réponse : "Il n'obtient pas cet argent, il le crée. Lorsque la Réserve Fédérale rédige un chèque,  elle crée de l'argent. la Réserve Fédérale est entièrement une machine à fabriquer de l'argent. Elle peut battre monnaie ou émettre des chèques."

Paul Craig Roberts, économiste américain.
Paul Craig Roberts, économiste américain.

 

     "Les preuves montrant que les Etats-Unis sont un Etat en faillite s'accumulent plus vite que je ne peux les répertorier.

L'une des caractéristiques décisives d'un Etat en faillite est que les escrocs sont placés à l'intérieur du gouvernement, et utilisent ce gouvernement pour protéger et promouvoir leurs intérêts privés. Une autre caractéristique déterminante est l'inégalité croissante des revenus, lorsque ces "insiders", ces initiés, manipulent la politique économique pour assurer leur enrichissement au détriment de tous les autres.

Les initiés de la finance qui ont la main sur le Trésor, la Maison Blanche et la Réserve Fédérale ont transféré aux contribuables le coût de la catastrophe qu'ils ont provoquée. Les Banksters sont toujours en place.

Existe-t-il un autre pays dans lequel, au vu et au su de l'opinion publique, une petite minorité utilise de façon aussi flagrante le gouvernement au bénéfice d'intérêts privés, aidé par une coterie d'économistes adeptes du "marché libre", prêts à justifier le pillage, au motif que le "marché fonctionne au mieux" ?

Si rien n'est fait, "cela va se produire à nouveau". Mais rien ne peut être fait. Les escrocs tiennent le gouvernement."

 

Comprendre l'Empire, Alain Soral, Editions Blanche (2011)
Comprendre l'Empire, Alain Soral, Editions Blanche (2011)

    

     "Opposé acharné à la prise de contrôle de la démocratie américaine par la banque, le président Andrew Jackson, qui survécu en 1835 à une tentative d'assassinat, fera graver comme épitaphe : "J'ai vaincu la Banque" sur sa pierre tombale !"

 

 

     "John-Fitzgerald Kennedy, en juin 1963 signe l'Executive Order 111110, décret présidentiel qui, pour se débarrasser de la FED*, impose un nouveau système adossant le dollar à l'argent métal. Aussitôt sont mis en circulation pour plus de 4 milliards de dollars en billets de 2 et 5 dollars, et autant de billets de 10 et 20 dollars sont imprimés. Le 22 novembre de la même année, Kennedy est assassiné, le décret EO 11110 aussitôt annulé par son successeur et les billets de 2 et 5 dollars retirés de la circulation."

                                                                     

*Ndr, FED : Réserve Fédéral Américaine. Banque centrale des Etats-Unis a actionnariat privé qui détient le monopole de la création monétaire.

 

Enquête sur la loi du 3 janvier 1973, Pierre-(Yves Rougeyron (2013)
Enquête sur la loi du 3 janvier 1973, Pierre-(Yves Rougeyron (2013)

 

Le dollar

    

"Le billet vert remplace l'or dans les échanges internationaux à partir de 1945. [...]

La promesse que la quantité de dollars imprimés par les américains était limitée par la quantité d'or reposant à Fort Knox. Une promesse qui ne sera pas tenue quand il leur fallut payer la note de la guerre du Vietnam. Les Alliés, et particulièrement le Général De Gaulle, commencèrent à avoir des doutes sur la capacité de Washington à tenir ses engagements. C'est à dire fournir autant d'or que de dollars émis. [...]

Le Général De Gaulle demandera aux Etats-Unis l'échange des dollars détenus par la France en or physique, au cours de 35 dollars, et envoya les navires de la Marine Nationale chercher les lingots."