Dette - Banque

 

 Asservissement

 

« En 1694, la Banque d’Angleterre fut créée, le modèle à partir duquel toutes les autres banques centrales d’Europe et plus tard aux Etats-Unis, furent mises en place. Peu après, débuta ce que les historiens modernes appellent la « modernité », ce qui en réalité signifie l’asservissement des peuples. Les financiers anglais n’apprécièrent pas que les premières colonies américaines aient émis leur propre monnaie et aient fait montre d’hostilité à l’égard de la Banque d’Angleterre. La tentative de l’Angleterre d’abolir la devise américaine fut également une des causes majeures de la Révolution Américaine. Dans une large mesure, la prospérité expérimentée par l’Amérique au 19ème siècle fut précisément due à l’absence d’une banque centrale. Nous ne devons jamais oublier, comme le rappelle l’auteur, que la campagne présidentielle d’Andrew Jackson fut conduite sous la bannière : « VOTEZ ANDREW JACKSON, PAS DE BANQUE ! » L’année de mauvais augure pour les USA, ainsi que pour le monde entier, fut celle de la création de la Banque de réserve Fédérale en 1913, qui précipita indirectement le monde occidental dans les deux guerres mondiales qui suivirent, puis dans une centaine d’autres guerres locales autour du monde. »

 

Stephen Mitford Goodson, Histoire des Banques Centrales (2015)



La dette de l'Etat français

 

"Si l’Etat est endetté, « la France » ne l’est pas, car s’il y a bien 1600 milliards d’euros de dettes [plus de 2000 aujourd’hui], il y a aussi 1600 milliards d’euros de créances. Et on peut estimer qu’elle est détenue à 80% par les 10% les plus riches de la population. La dette publique c’est ainsi un impôt à l’envers : le contribuable (donc les Français) rémunère grassement l’épargne garantie sans risque des plus aisés de la population ! En fait, ceci est un formidable système pour « voler les pauvres pour donner aux riches », la version « moderne » de Robin des bois en somme. Soyons ainsi rassurés, nous ne laisserons aucune « dette à nos enfants », nous laisserons de grosses dettes aux enfants des « pauvres » à rembourser aux enfants des « riches ». »

 

 

Olivier Berruyer, Stop ! Tirons les leçons de la crise (2011)

 

Histoire des banques centrales, Stephen Mitford Goodson (2015)
Histoire des banques centrales, Stephen Mitford Goodson (2015)


Banque d'Etat


"En 1919, les 48 Etats des Etats-Unis se virent offrir l'opportunité de mettre en place leur propre banque d'Etat. Le Dakota du Nord fut le seul Etat à accepter cette offre.


Contrairement aux 49 autres Etats qui souffrent d'un taux de chômage toujours croissant, celui du Dakota du Nord a baissé et est actuellement le plus bas du pays, à 2,7%. L'Etat est également celui qui détient le taux de faillite d'entreprise le plus bas des Etats-Unis. En septembre 2012, le Dakota du nord dégageait un surplus budgétaire de 1,6 milliards de dollars.


Le secret de son succès réside dans sa banque d'Etat. La mission de la banque est de fournir un service financier qui soutient l'agriculture, le commerce et l'industrie. Selon la loi, l'Etat doit déposer tous ses fonds auprès de la banque, qui lui paie un taux d'intérêt compétitif.

La banque reverse à l'Etat l'intégralité de ses profits, lesquels en 2011 se montèrent à 60 millions de dollars. Plus de 460 millions de dollars ont été versés à l'Etat sur les 11 dernières années. La plupart de ses fonds sont utilisés pour compenser les réductions d'impôts. La banque fournit également un marché secondaire pour les emprunts immobiliers, des garanties aux nouvelles entreprises et des crédits aux fermiers à un taux d'intérêt d'1% par an. Le Dakota du Nord n'a pas connu de crise du crédit ni de gel des crédits, car la banque fournit à l'Etat son propre crédit. En ayant établi sa propre souveraineté économique, le Dakota du Nord est devenu l'Etat le plus prospère et financièrement viable de tous les Etats-Unis."


Le capitalisme un génocide structurel, Garry Leech (2012)
Le capitalisme un génocide structurel, Garry Leech (2012)

 

Concurrence libre et faussée

 

"On ne peut réduire la cause de la souffrance immense qui résulte de la faim à une simple pénurie alimentaire mondiale ou à la surpopulation. Cette souffrance est avant tout la conséquence directe des politiques néolibérales qui entraîne une répartition inégale de l'offre mondiale de nourriture. les nations africaines ont été obligées de suivre la même voie que la plupart des pays du Sud. Elles ont, malgré elles, donné la priorité aux cultures d'exportation aux dépens des culture destinées à la consommation intérieure. Cette politique a provoqué une insécurité alimentaire massive et la prolifération du nombre d'affamés. Au milieu des années 1960, en pleine période de décolonisation,  l'Afrique était un exportateur net de denrées alimentaires. L'une des raisons de cette inversion spectaculaire est liée aux conditions d'attribution des prêts du FMI et de la Banque Mondiale, qui exige de ces pays qu'ils transforment leurs cultures pour produire des denrées non-alimentaires destinées à l'exportation, afin de générer une quantité suffisante de devises pour couvrir les intérêts de leur dette. En 1986, le ministre américain de l'agriculture, John Block, affirmait que "l'idée selon laquelle les pays en développement devraient se nourrir eux-mêmes est un anachronisme. Ces derniers assureraient mieux leur sécurité alimentaire en s'en remettant aux produits agricoles américains disponibles, dans la plupart des cas à des coûts plus bas". Block n'a pas mentionné que les produits agricoles américains étaient moins chers uniquement grâce aux subventions massives que le gouvernement des Etats-Unis accorde à ses groupes agro-industriels. Parallèlement, les conditions d'attribution des prêts du FMI et de la Banque Mondiale ne permettaient pas aux gouvernements africains de soutenir de manière analogue leur propre agriculture."

 

La guerre des monnaies Hongbing Song (2013)
La guerre des monnaies Hongbing Song (2013)

 

La World Conservation Bank (WCB)

 

"Il faut noter que jusqu'en 1987, la dette totale des pays en voie de développement atteignait 1300 milliards. Le concept de la World Conservation Bank était de "remplacer la dette par des ressources naturelles". Le plan des banquiers internationaux était de refinancer cette dette de 1300 milliards due par les pays en voie de développement. Comment ? En transférant leurs dettes sur les comptes de la WCB. De cette façon, les pays endettés utiliseraient leurs terres en garantie et ils pourraient obtenir une extension de leurs crédits, et même se voir accorder de nouveaux prêts pour devises faibles. Les terres encerclées par les banquiers internationaux se situaient en Amérique Latine, en Afrique et en Asie et représentaient 30% de la surface terrestre.

Dans les années 1970, les pays en voie de développement qui souscrivaient des prêts auprès du FMI et des banquiers internationaux n'apportaient d'autre garantie que la confiance qui leur était accordée. Après le déclenchement de la crise de la dette, les banquiers internationaux eurent des difficultés à mettre en oeuvre le règlement de faillite. Mais dès que la dette fut déposée dans la World Conservation Bank, les créances douteuses se transformèrent en actif de qualité. Etant donné que la WCB possédait des terres en garantie, dès qu'un pays en voie de développement se trouvait incapable de rembourser sa dette, ces terres appartenaient à la World Conservation bank. Et les banquiers internationaux qui contrôlaient ces terres de grande superficie pouvaient logiquement en devenir les véritables propriétaires. les ressources mis en gage n'étaient pas seulement les sols, mais également l'eau et les autres ressources naturelles présentes dans le sous-sol."

 

Blythe Masters, Pierre Jovanovic (2011)
Blythe Masters, Pierre Jovanovic (2011)

 

Produits dérivés

Credit default Swaps

 

"Voyez l'extraordinaire ironie de cette histoire : les Américains avaient accusé Saddam Hussein de cacher des armes de destruction massive sachant parfaitement qu'elles n'existaient pas. Pour cela, Saddam a été pendu haut et court. Et pendant que l'US Army a fait semblant de rechercher ces armes inexistantes en Irak, sur leur propre sol, une véritable "arme financière de destruction massive" [les produits dérivés], selon le milliardaire Warren Buffet qui a immortalisé la formule, était fabriqué en grande série par toutes les banques et instituts financiers des Etats-Unis et vendue indirectement à des millions de braves Américains sous forme d'inoffensives cartes de crédit ou de prêts bancaires, qu'ils fussent voiture, immobilier ou consommation."

 

Les secrets de la monnaie, Gérard Foucher (2012)
Les secrets de la monnaie, Gérard Foucher (2012)

 

Dette d'Etat

 

"Le procédé, quand on est un responsable d'Etat, est simple comme bonjour : on écrit des sommes d'argent sur des morceaux de papier (c'est la somme que l'on désire emprunter) et on promet d'en rendre plus (ce sont les intérêts que l'on s'engage, au nom du pays, à verser aux prêteurs).

Les reconnaissances de dette émises par les hommes d'Etat se transforment en monnaie utilisable par deux circuits différents.

Première possibilité : des épargnants investissent leur épargne en dette d'Etat (obligation, bon du trésor) -précisions que cette épargne n'aurait pas pu exister s'il n'y avait pas eu de monnaie mise en circulation en amont- et cette épargne est alors réinjectée par le gouvernement dans les dépenses d'Etat, éducation, défense... et dans les intérêts de la dette.

Deuxième possibilité : les reconnaissances de dettes sont acceptées par des banques. Les banques achètent ces papiers non pas avec de l'argent existant, mais en utilisant leurs réserves existantes comme garantie pour créer l'argent nécessaire et le donner aux Etats. C'est donc de toute façon de l'argent nouveau qui entre dans les comptes de l'Etat, et que l'Etat peut dépenser. Aucun compte n'est réduit, aucun compte n'est débité de quoi que ce soit. la banque se crée à elle-même de l'argent pour acheter la dette de l'Etat...

Les créanciers-prêteurs (banquiers, particuliers, entreprises ou autres états) se présentent chaque année aux gouvernements, non pas pour récupérer la mise, mais pour demander les intérêts convenus. Les hommes d'Etat sont bien entendu dans l'incapacité totale de rembourser le capital, qui a été instantanément dépensé. Ce qui compte, c'est le flux. Il faut payer les intérêts. Ils en sont bien incapable aussi, puisque la raison même de la création des reconnaissances de dette, au départ, était d'obtenir de l'argent frais pour couvrir le surplus de dépense par rapport aux rentrées d'impôt.

Donc, les Etats vont prendre de nouveaux morceaux de papier, inscrire dessus le montant des sommes à payer en intérêts pour l'année en cours, et ils vont les donner à de nouveaux prêteurs. Les nouveaux prêteurs donnent l'argent de leurs économies, les politiciens le prennent, et ils le rendent aux anciens créanciers !

L'année prochaine, il faudra bien entendu payer les nouveaux intérêts aux nouveaux créanciers, alors les Etats émettront de nouvelles reconnaissances de dettes pour trouver l'argent pour payer les intérêts en cours. Etc., etc., etc."

 

Six, Anonyme, Zones sensibles (2013)
Six, Anonyme, Zones sensibles (2013)

 

"La chute de Dick Fuld, dit "Big Dick" [PDG de l'ex banque Lehman Brothers] fut aussi grandiose que son ascension.

 

Accro aux emprunts et certain de sa supériorité, Fuld endetta Lehman Brothers d'une manière vertigineuse de telle sorte que lorsque ces dettes se retrouvèrent adossées aux produits toxiques liés aux subprimes, Lehman ne valut plus rien. Fuld avait réussi à multiplier par 17 la capitalisation boursière de la banque depuis qu'il en était le PDG, une prouesse qui en rendit plus d'un méfiant.

 

En 2007, quatorze ans plus tard, l'action de Lehman brother chuta de 70% en quelques mois seulement. Contrairement aux efforts qu'elle avait consentis pour sauver d'autres banques, comme Merrill Lynch, la Banque Centrale américaine refusa de venir en aide à Lehman malgré un dîner en tête à tête entre Henri Paulson, le secrétaire d'Etat au Trésor américain, et un Dick Fuld qui sortit très enthousiaste de la rencontre.

 

Mais Henry Paulson était l'ancien PDG de Goldman Sachs, ennemi juré de "l'arrogant" Lehman Brothers. Et puis, il fallait bien montrer au monde entier que les autorités savaient donner des leçons. Après avoir refusé plusieurs offres de rachat que Fuld jugeait déshonorantes eu égard à la valeur de ce qui était devenu "sa" banque, après avoir siphonné dans les dernières 24 heures les 6 milliards de liquidités de ses filiales européennes dans une tentative désespérée pour survivre encore un peu, la banque se mit en faillite le 15 septembre 2008. Le 16, ses 26000 employés furent liquidés et commencèrent à faire leurs cartons sous les objectifs sidérés des caméras de télévision. Jamais la chute d'un des plus prestigieux établissements bancaires américains n'avait été imaginée jusqu'ici, selon le fameux principe too big to fail.

 

"Big Dick" qui gagnait au sommet de sa gloire 17000 dollars par heure, subit humiliations, crachats et déshonneur.

 

"Pendant des années on nous a dit que si vous les banquiers vous étiez autant payés, c'est parce que vous étiez plus intelligents que tous les autres, commenta un ancien investisseur, mais maintenant il s'avère que vous n'êtes pas intelligent du tout, et nous payons tous pour votre stupidité."

 

Stop ! tirons les leçons de la crise, Olivier Berruyer, Yves Michel (2011).
Stop ! tirons les leçons de la crise, Olivier Berruyer, Yves Michel (2011).

  

     "L'Islande a ouvert le bal en 2009, avec une incroyable histoire qu'il convient de résumer. Le pays a décidé de se reconvertir en plaque tournante de la finance internationale dans les années 1990, afin de diversifier ses sources de revenus traditionnelles (pêche et tourisme). Son secteur bancaire est donc parti à la conquête du monde. En sept ans, le petit secteur financier islandais a été multiplié par vingt, pour représenter onze fois le PIB du pays.

Une des principales banques du pays, Landsbanki est ainsi parti à la conquête de l'Angleterre et des Pays-Bas, via sa filiale bancaire en ligne, IceSave, qui proposait de rémunérer l'épargne entre 6,5% et 8% par an. Attirés par ces taux exceptionnels, soit disant "sans risque", ce sont près de 300000 personnes crédules qui ont confiés leurs économies à cette banque, issue d'un pays de 320000 habitants...

Avec la crise financière de l'automne 2008, Landsbanki et ses consoeurs ont été balayés, en raison de pertes gigantesques. L'Etat islandais les a nationalisées pour les sauver de la faillite.

les gouvernements anglais et néerlandais ont alors décidé de rembourser intégralement leurs épargnants (alors que rien ne les y obligeait, chacun étant responsable de ses actes, surtout quand il consiste à confier ses économies à un pays plus petit qu'un arrondissement parisien...). Et ils se sont alors tournés vers le gouvernement islandais, en exigeant de façon abrupte le remboursement de respectivement 3,7 milliards de dollars et 1,9 milliards de dollars.

Un accord a été signé en juin 2009 entre les gouvernements, où l'Islande s'engageait à rembourser 3,8 milliards de dollars sur quinze ans. Cette somme gigantesque représentait 40% du PIB islandais (alors en récession historique de près de 7%), soit près de 50000 euros par foyer, et était majorée d'intérêts annuels de 5,5%.

Pour bien comprendre, imaginons simplement que BNP Paribas ait fait des investissements malheureux auprès de clients islandais, et que le gouvernement islandais exige alors 8000 milliards d'euros au contribuable français pour rembourser ses propres épargnants imprudents...

Après de longs débats, il s'est trouvé une majorité au parlement islandais pour accepter le 31 décembre 2009 les demandes anglaises et néerlandaises, sous des pressions internationales et du chantage étatique qu'on pensait avoir oublié depuis la guerre...

L'histoire aurait pu en rester là, mais le peuple islandais s'est révolté. Plus de 25% des islandais ont alors signé en quelques jours une pétition demandant au président Olaf Ragnar Grimson de ne pas ratifier la loi. Il a alors refusé en janvier 2010, et a convoqué un référendum. Le 6 mars 2010, 93% des électeurs ont voté non, refusant le déraisonnable accord de remboursement. En septembre 2010, le parlement a demandé que l'ancien premier ministre Geir Haarde et plusieurs ministres soient traduits en Haute Cour de Justice en raison de "négligences flagrantes" durant la crise de 2008.

Le 9 avril 2011, les électeurs ont de nouveau refusé à 60% un second accord. Les négociations patinent depuis lors."

 

Enquète sur la loi du 3 janvier 1973, Pierre-Yves Rougeyron, Le jardin des livres (2013)
Enquète sur la loi du 3 janvier 1973, Pierre-Yves Rougeyron, Le jardin des livres (2013)

 

"Lorsqu'une banque a peur de ne pas être remboursée par l'Etat qui demande crédit, que fait-elle? Réponse: Elle augmente ses tarifs. Que peut faire l'Etat? Il paie, il doit accepter car il a donné ou abandonné son pouvoir monétaire aux banques, il devra donc faire des économies "montre l'exemple" et augmenter ses prélèvements sur la population et ce jusqu'au point de faillite s'il le faut. Si les banques refusent le crédit? Alors, c'est le défaut de paiement.

Que fait une banque malade? Au bord du défaut de paiement? Réponse : elle demandera à l'Etat de la renflouer et ce en empruntant à d'autres banques. Quand les banques gagnent, elles endettent un peu plus l'Etat, et lorsqu'elles font de mauvaises affaires, elles endettent un peu plus l'Etat.

Mais que fait la Banque Centrale? Elle est indépendante, c'est la règle? Elle peut aider les banques (à des taux bas). Mais en revanche elle n'a pas le droit d'aider un seul Etat car...c'est la règle."

L'impôt sur le capital, Maurice Allais
L'impôt sur le capital, Maurice Allais

 

"Il est aujourd'hui pour le moins paradoxal de constater que, pendant des siècles, l'Ancien Régime avait préservé jalousement le droit de l'Etat de battre monnaie, et le privilège exclusif d'en garder le bénéfice, la république démocratique a abandonnée pour une grande part ce droit et ce privilège à des intérêts privés."

 

De la Françafrique à la Mafiafrique, François-Xavier Vershave, Tribord (2004).
De la Françafrique à la Mafiafrique, François-Xavier Vershave, Tribord (2004).

 

    "Il y a eu, à la fin des années 1970, ce qu'on a appelé "la dette du tiers monde". En fait, il y avait trop d'argent dans les caisses de l'Occident et des pays pétroliers ; il fallait le recycler. Donc, on a poussé ces pays à s'endetter. On leur a dit : "Tout ça, c'est cadeau ; on va vous faire une nouvelle forme d'aide publique au développement, on va vous prêter à 3, 2, voire même 0% et la différence avec le taux d'intérêt normal, on va compter ça comme de l'aide. Sauf que quand ces prêts sont en partie ou totalement détournés, quand ces prêts vont dans des comptes en Suisse ou dans des paradis fiscaux, comme c'est le cas le plus souvent, avec quoi va-t-on rembourser ? L'argent a disparu et on n'a rien produit avec... Le cas du Congo-Brazzaville est caricatural, c'est une espèce d'alchimie extraordinaire. Voilà un pays qui avait beaucoup de pétrole. Ce pétrole, on le pompe, on l'achète presque pour rien, on n'en déclare pas une partie. Et donc, peu à peu, ce pays perd son pétrole. Mais en même temps, la dictature au pouvoir et ses amis de la Françafrique ont de gros besoins d'argent. Donc, au bout d'un certain temps, on ne se contente plus de la production présente mais, avec l'aide d'un certain nombre de banques, on va se faire prêter sur gage  le pétrole qui sera produit dans deux ans, trois ans, dix ans... Résultat, ce pays finit par avoir une dette qui est égale à trois fois sa production totale annuelle. [...] Et puis, en plus, avec une partie de cet argent, on achète des armes pour armer les deux clans de la guerre civile, qui va détruire le pays dans les années 1990."