Pascal Bernardin

 

 

 

Le conformisme 

 

« La tendance au conformisme a été étudiée par Asch dans sa célèbre expérience. On présente au sujet testé une ligne tracée sur une feuille et trois autres lignes de différentes longueurs. Le sujet doit alors déterminer celle de ces trois lignes dont la taille est identique à celle de la première. Par exemple, la ligne-étalon mesure quatre pouce et les lignes à comparer trois, cinq et quatre pouces. L’expérience se déroule en présence de compères de l’expérimentateur qui doivent également répondre à cette question. Les compères, dont le véritable sujet de l’expérience ignore le statut réel, donnent tous, lors des essais critiques, la même réponse fausse, déterminée avant l’expérience. Le sujet doit donc également donner une réponse fausse ou s’opposer à l’avis unanime du reste du groupe. L’expérience est répétée plusieurs fois, avec des lignes-étalons et des lignes à comparer différentes. Parfois les compères donnent la bonne réponse (essais neutres).

 

Près des trois quarts des sujets véritablement testés se laissent influencer lors des essais critiques et donnent une ou plusieurs réponses fausses. Ainsi, 32% des réponses fournies sont fausses, alors que la question ne présente, naturellement, aucune difficulté et que le taux de bonnes réponses en l’absence de pressions est de 92%. Il s’avère également que les sujets conformistes, interrogés après l’expérience, ont pour la plupart fait confiance à la majorité et ont décidé de se ranger à son avis, malgré l’évidence perceptive. Leur principale motivation est un manque de confiance en eux-mêmes et en leur propre jugement. D’autres sujets se sont conformés à l’opinion du groupe pour ne pas paraître inférieurs ou différents. Ils n’ont alors pas réellement conscience de leur comportement. Enfin, la perception d’une petite minorité des sujets testés a été modifiée ; ses membres ont vu les lignes telles que la majorité les décrivait. Ajoutons que le sujet n’encourait aucune sanction en cas de réponse fausse tout comme, dans l’expérience de Milgram, rien ne s’opposait à ce qu’il arrêtât l’expérience. »

 

 

Pascal Bernardin, Machiavel pédagogue, (1995)