La crème, elle est fournie ?


En marge du létal Traité transatlantique, se négocient d’autres traités, dans la même discrétion et pour le même malheur des peuples. Parmi ces traités, notons le projet d’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada : l’Accord Economique et Commercial Global (AECG). Les minces informations qui suintent à propos de l’AEGC, en font une sorte de copier-coller du Traité transatlantique mais avec cette fois-ci le Canada dans le rôle du mieux armé pour phagocyter son « partenaire ». Et, sur son site gouvernemental, la feuille d’érable ne s’en cache pas. La vérité peut parfois venir du cœur… un peu comme quand David Boyle, un des dirigeants de Fox News, déclarait en 1997 :

« Nous avons déboursé 3 milliards de dollars pour ces chaînes de télévision. Nous déciderons ce que sont les informations. Les nouvelles sont ce que nous vous disons qu’elles sont. »

Le gouvernement canadien annonce donc sur son site que cet accord se traduira par un meilleur accès au secteur des services de l’U.E. Il explique notamment que « l’AECG offrira au secteur automobile canadien de nouveaux débouchés sans précédent et permettra de faire augmenter de beaucoup les exportations vers l’Europe. En outre, l’élimination des tarifs assortie de règles d’origine souples profitera aux fabricants de véhicules et de pièces d’automobiles. » Et au détriment de qui pensez-vous que ces gains de nouveaux marchés se feront ?

L’arrivée d’une nouvelle concurrence n’a jamais fait doubler la consommation.

Parce que jusqu’à preuve du contraire, on ne conduit qu’une voiture à la fois.

Le gouvernement canadien affirme aussi fièrement que « dès l’entrée en vigueur, presque 94% des lignes tarifaires deviendront exemptes de droits, notamment le blé dur (jusqu’à 190 $ la tonne), les autres types de blé (jusqu’à 122 $ la tonne) et les huiles. Ces mesures et d’autres réductions tarifaires pour le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire seront particulièrement avantageuses pour plusieurs régions du Canada. » Et, bis repetita placent, au détriment de qui pensez-vous que ces gains de nouveaux marchés se feront ?

Jusqu’à preuve du contraire, on ne dîne qu’une fois par soir.

Et pourtant, l’Histoire nous donne des leçons qu’on n’ose écouter. Même l’Histoire récente. Mais, elle non plus, on ne l’écoute pas ! Ou tout du moins, on la fait ignorer de la plèbe. Il existe depuis 1994 un accord similaire avec le futur traité transatlantique et son neveu canadien. C’est l’ALENA, un traité de libre-échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Un traité qui a radicalement ruiné le Mexique. Les produits agroalimentaires américains subventionnés ont inondé son marché, détruisant l’emploi et le tissu social de tout le pays. Qui nous parle actuellement des misères de l’ALENA dans les grands médias ? Personne. Des misères qui ont d’ailleurs aussi touché le Canada, le troisième larron de l’ALENA.

 

            « Prenez l’accord de libre-échange des Etats-Unis avec le Canada : au cours des premières années, le Canada a perdu 200 000 emplois industriels au profit du Sud-Est des Etats-Unis pour des raisons de coûts salariaux moindres et des droits du travail moins contraignants. »

Comprendre le pouvoir, Noam Chomsky (2005)

 

Maintenant, vous comprenez l’empressement des Canadiens avec leur AECG… Il faut bien que la feuille d’érable se refasse la cerise sur le dos du coq de service, cet animal si fier mais qui chante même quand il a les pieds dans la merde.

 

"Le Capital amènera la guerre civile chez les pauvres. "

 Michel Clouscard

 

Lectures au peuple de France, Janvier 2015